‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 31 sur 123 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Guerre des Iflarcomani.

Âpres la mort d'Antonin-le-Pieux , lui succéda Marc- 161. Aurêle- Antonio qui s'associa à l'empire iElius Vérus. Rome eut alors deux Augustes , comme elle avait deux consuls, coutume qui fut depuis suivie à plusieurs reprises* et qui fut le préliminaire de la division de l'empire en Orient et en Occident.

Le commencement de leur règne fut troublé par une 162. irruption des Cattes qui s'avancèrent jusque dans la Rhétie, et par les pirateries que les Chauques, exercèrent sur les c6tes de la Belgique et de la Bretagne. Victorin repoussa les premiers, et Julien, depuis empereur, sévit contre les seconds. Julien passa lui-même alors dans la Germanie où il força les Cattes à demander la paix.

Mais alors éclata la guerre des Marcomans, guerre 165. longue et terrible que les historiens ont comparé à celle

des Cimbres, et à laquelle prirent part, non-seulement ces Marcomans dont elle porta le nom parce que ce peuple était le plus rapproché des frontières , mais encore les Quades, les Bastarnes, les Alains, les Hermondures, les Goths, les Buriens, les Vandales et une foule d'autres peuples qui, refoulés, dit-on, par d'autres nations du Nord, vinrent tous se ruer sur l'empire. Les uns, se réunissant à leurs compatriotes, firent cause commune avec eux ; les autres , passant du côté des Romains, demandèrent pour prix de leurs services des terres à cultiver. Rome eut pendant quinze ans à soutenir une des luttes les plus terribles dont ses annales fassent mention.

466. Vérus revenait vainqueur des Parthes, lorsque les premières bandes, traversant le Danube, dont les garnisons avaient en grande partie été dirigées sur l'Asie , et ne trouvant qu'une faible résistance, s avancèrent jusqu'à Aquilée. Elles hésitèrent cependant en apprenant la fin des hostilités en Orient; et à l'arrivée des deux empereurs sous les murs de cette place , elles s'empressèrent de se retirer. Plusieurs peuples envoyèrent même leurs députés, afin de traiter de la paix. De ce nombre furent les Quades qui avaient perdu leur roi et qui s'engagèrent à n'en point élire un autre qui ne rat agréable aux Romains.

Les deux empereurs passèrent en Pannonie, d'où bientôt Vérus reprit le chemin de l'Italie. Mais les hostilités ne tardèrent pas à recommencer. La peste faisait partout les plus grands ravages dans l'empire, et elle régnait avec une telle fureur dans Aquilée que lorsque les deux

169. Césars vinrent dans cette ville pour organiser les Opérations des campagnes qui allaient s'ouvrir, ils se virent contraints de fuir ses murailles. Vérus mourut subitement en chemin. La maladie décimait les légions; et

w dans cette calamité, en présence d'un ennemi de plus ' i en plus menaçant , Marc-Aurèle eut recours aux moyens v-f extraordinaires. 11 enrôla dans l'armée tout ce qui était fci capable de porter les armes , gladiateurs , esclaves, et 4 jusqu'aux voleurs de la Dardanie à qui il promit le ] pardon de leurs crimes. Il remporta sur les Germains 170. • une victoire peu de temps après la mort de Vérus. Dans le même temps, les deux généraux Vindex et Candide arrêtaient un autre essaim de Barbares, Marcomans, Lombards, Obiens et autres peuples. La victoire que ces généraux remportèrent sur ces nations contraignit ces dernières à envoyer des députés à M\\ns Bessus, gouverneur de la Pannonie. Ballimar, roi des Marcomans , y vint en personne suivi de dix autres ambassadeurs pris chacun parmi l'un des dix peuples alliés.

Marc-Aurèle revint joindre l'armée an commencement 171. de Tannée 171 et établit son quartier-général à Carminlum, ville dpù il dirigea les trois campagnes qui se succédèrent contre les Marcomans, les Vandales, les Quades et les Iazyges , réunis à d'autres nations , et où , au milieu des soucis de la guerre , il trouva encore le temps d'écrire quelques-unes de ses pages philosophiques. Les Iazyges furent vaincus sur les glaces mêmes du Danube 173. où se livra contre eux une des batailles les plus meurtrières. Il les refoula, ainsi que lés Marcomans, sur la rive gauche du fleuve.

En même temps , Pertinax arrêtait dans leur marche sur r lia lie d'autres peuples du Rhin qui s'étaient ouvert un chemin par la Rhétie. Les femmes mêmes combattaient dans les rangs de ces Barbares, et plus d'une fut trouvée morte sur le champ de bataille.

Les Quades cependant tenaient toujours la campagne. 174. Marc-Aurèle traversa le Danube l'année suivante et vint les

combattre sur leur propre territoire. Peu s'en fallut , qu'arrivée dans un endroit aride où l'eau manquait, et accablée des chaleurs de l'été, toute l'armée ne pérît. Un orage bienfaisant que les païens attribuèrent à leurs magiciens, les soldats chrétiens qui servaient dans les légions à leurs prières, et dont Marc-Àurèle rendit grâce à Jupiter, la sauva de ce danger1. Les Quades furent vaincus et demandèrent la paix. L'empereur la leur accorda, ainsi qu'aux Marcomans, et plus tard aux lazyges.

Le nombre des prisonniers que ces peuples rendirent et qui, d'après les calculs de l'historien Dion Cassius, se monta à plus décent soixante-trois mille hommes, peut faire juger de l'importance de celte guerre et des traités qui la terminèrent. Les Quades reçurent des garnisons qui occupèrent militairement le pays et qui bientôt leur furent si onéreuses qu'ils tentèrent d émigrer en masse chez les Semnones. Les Marcomans et les lazyges s'engagèrent à ne point avoir de vaisseaux sur le Danube, et les seconds à livrer un contingent de huit mille cavaliers dont cinq mille cinq cents hommes furent aussitôt dirigés vers l'ile de Bretagne. Les premiers s'engagèrent de plus à ne former aucun établissement qui ne fût éloigné de trentehuit stades de la frontière romaine , les seconds même à

1. Il n'est pas sans intérêt do lire dans les* auteurs anciens le rôle que les magiciens ont dû jouer dans tonte cette guerre. La peste , la famine , les tremblements de terre , les phénomènes célestes qui se succédèrent, toutes ces circonstances purent surprendre l'imagination du peuple superstitieux. Mais Marc-Aurèle partageait-il cette superstition? Doit-on croire le conte que fait Lucien {Pseudomant. operum , t. l", p. 775) de ces deux lions que les magiciens ordonnércnl à l'empereur de Taire nager au delà du Danube , afin de mettre en fuite les Germains, et que ces derniers, qui les prirent pour deux gros chiens ou deux loups, abattirent à coups de massue? Marc-Auréle clait-il si crédule? et les lions de ce temps-là étaient-ils si faciles à abattre? Que de contes pareils il faudrait retrancher de l'histoire!

n'en point former qui ne fût éloigné du double de cette distance. Des places et des jours particuliers furent assignes aux Marcomans pour venir traûquer dans la province romaine ; coutume, du reste, que déjà la politique avait antérieurement introduite à l'égard des Herraondures aux confins de la Vindélicie. Mais d'un autre côté, plusieurs peuplades furent exemptées de tributs, et reçurent même des secours en blés ; d'autres obtinrent le droit de citoyen romain, d'autres la liberté de péage. Plusieurs reçurent même des terres, soit dans la Dacie, soit dans la Pannonie , dans la Mœsie , dans la Germanie et même en Italie, d'où cependant plus tard leur turbulence les fît transplanter autre part. Ces différents traités prouvent que , toute victorieuse qu'elle était , Rome se voyait dans la nécessité de faire quelque concession , et que les Germains atteignirent en partie le but de la turbulente politique qui leur avait mis les armes à la main.

Marc-Aurèle , pour perpétuer le souvenir de ses victoires, fit élever à Rome une colonne, à l'instar de celle de Trajan , où furent représentés dans des bas-reliefs les principaux événements de ses campagnes.

Mais cette paix qui venait d'être jurée pour l'éternité 17G. ne fut que de courte durée. De nouveaux différends ne tardèrent pas à s'élever. Les Marcomans, les Quades, les Bnriens et d'autres peuples alliés recommencèrent la guerre, qui appela de nouveau en 178 Marc-Aurèle sur le Danube. Paternus, envoyé contre eux par l'empereur, ga- 178. {ma une bataille qui fut disputée pendant toute une journée. Deux campagnes se suivirent , sans que ces peuples pussent être domptes. Marc-Aurèle , atteint d'une maladie, mourut à Vienne, lieu alors de peu d'importance, laissant à son fils Commode, à qui, en expirant, il re- 180.

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commanda de mettre à fin ce qu'il avait commencé, le soin de terminer cette guerre.

Les projets de l'empereur avaient été de réduire tout le pays ennemi en province romaine. Mais Commode était trop pressé de retourner à Rome où les plaisirs l'attendaient pour ne point se rendre aux avis de ses courtisans qui, non moins que lui, las du climat brumeux du Danube , lui conseillèrent de mettre un terme aux hostilités. Les Germains étaient eux-mêmes harassés. Après tant de combats qui depuis quinze ans s'étaient succédés, leurs ressources commençaient à être épuisées. La paix fut donc de nouveau conclue , paix par laquelle Rome rentra dans les limites du Danube et abandonna tous les châteaux forts quelle avait fait construire sur le territoire ennemi. Les Quades et les Marcomans s'engagèrent à livrer tous les transfuges et prisonniers romains, à ne tenir que tous les mois une assemblée nationale aux délibérations de laquelle un centurion romain devait assister, et à fournir un tribut et un contingent de troupes à l'empire. Ils jurèrent de vivre en paix avec les lazyges, les Buriens et les Vandales, devenus eux-mêmes amis du peuple romain.

Commode retourna à Rome, laissant à ses deux généraux , Albin et Niger, le soin de continuer l'œuvre de pacification avec les autres tribus qui habitaient au delà de la Dacie , et à laquelle l'or qui fut prodigué à ces peuples contribua autant que le firent les armes romaines.

186. Albin fut ensuite nommé au gouvernement des Gaules , d'où il fit une expédition contre les Frisons , et où

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