‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 30 sur 123 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Tableau de la Germanie romaine*

La colonisation de la Dacie fut une des grandes œuvres de Trajan. 11 fit pour cette contrée ce qu'Auguste et ses successeurs avaient fait pour les pays conquis du Rhin et du Danube.

Là , l'occupation avait d'abord été militaire. Avant l'arrivée de César sur le Rhin n'existaient, aux bords du fleuve, que les bourgades celtiques où la population germaine, qui avait passé dans la Gaule, s'était établie au milieu de la population primitive, et qui avaient conservé les noms que leur avaient donnés leurs premiers habi-

tants. Ce furent ces lieux qui , par leur position , attirèrent nécessairement les premiers l'attention des Romains, et qui furent aussi les premiers fortifiés par eux. Lorsqu'Auguste vint sur le Rhin , il posa lui-même le camp de Vétéra ; et plus tard Drusus éleva tout le long du fleuve cinquante castels qui protégèrent son cours. La plupart furent placés au-dessus des bourgades déjà existantes , dont la population augmenta dès lors par l'importance que leur donnèrent les garnisons romaines, et qui finirent par devenir des municipes plus ou moins considérables. De ce nombre fut celui de Vétéra , la cité de Mayence, celle de Worms, Spire, Argentorat, et ces florissantes colonies des Rauraques et de Trêves auxquelles Auguste imposa son nom, et celle de Cologne, à qui Agrippine donna le sien.

La même chose eut lieu sur la rive droite du Danube, où la colonie d'Augsbourg, où Ratisbonne, Linz, Carnuntum 1 et tant d'autres cités se développèrent , et où , comme dans les contrées rhénanes, les institutions romaines , les arts , l'industrie , le commerce rendirent ces villes aussi populeuses que florissantes. Des travaux d'utilité publique , des temples , des aqueducs , des canaux , des routes , s'élevèrent , furent creusés , et se croisèrent en tous sens , réunissant les cultes , liant les communications et protégeant les échanges; l'agriculture se développa, et, tandis que la Germanie barbare nourrissait à peine ses habitants , la Germanie colonisée envoyait déjà à l'Italie le superflu de ses produits.

Trajan opéra pour la Dacie la même révolution politique. Il envoya dans Zarmizgethusa une colonie romaine qui prit à la fois le titre d'Ulpienne , de Trajane, et de

). Aujourd'hui lieimbourg , non loin de Vieuue.

Dacique, et couvrit toute cette contrée de routes et de monuments. L'un des plus célèbres fut le pont du Danube , qui joignit la Mœsie à cette province , œuvre co-. lossale d'Apollodore de Damas, située, selon toute propabilité, entre Szôrény et Csernecz.

En même temps , il plaçait une colonie à Vétéra qui alors prit aussi le nom de Trajane , et fortifiait sur le Taunus les abords du Mein sur lequel la frontière romaine vint s'arrêter et que son successeur traça plus tard jusqu'à Ratisbonne.

Entre la Germanie supérieure et la Vindélicie s'étendaient les sommets agrestes de la Forêt-Noire et de l'Albe qui, sans former de province à part, avaient déjà çà et là reçu quelques établissements sous les empereurs de la famille flavienne. La vallée du Rbin et les plateaux du Neckar, en grande partie déserts par la retraite des Suèves sous Marbod, s'étaient partout repeuplés de colons gaulois auxquels Rome avait accordé des terres, et que protégeaient militairement les légions des provinces limitrophes.

Adrien continua l'œuvre de Trajan, en colonisant cette 117 • contrée qui, du partage des terres qui s'en était fait, 453 avait reçu le nom de champs décumates1. Pour mettre un obstacle au* irruptions des Barbares, il prolongea depuis Cologne jusqu'à Ratisbonne la ligne de fortifications qui renferma tout le pays, et qui , au Nord prit le nom de rempart rbétique , et à l'Est celui de rempart d 'Outre-Rhin. En arrière de cette ligue se développa sous les Antonins la vie active dont font foi tant de monuments et d'inscriptions retirés du sol, et se formèrent des villes dont les plus considérables furent la cité de

1 . Voir mes Établissements romains iwr le Rhin et sur le Damtbe.

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Bade , et la colonie de Sumlocène 1 dont les annales ne nous dévoilent pas la fondation , mais dont les fouilles sont venues nous révéler l'importance et l'antique splendeur. L'esprit de justice qui régnait dans Hadrien fît que les Germains, dont il sut acquérir l'estime et qui même le prirent plus d'une fois pour arbitre de leurs différends, ne mirent point d'entraves à ces travaux de limitation. La longue paix dont jouit l'empire sous son successeur Antonin-le-Pieux , qui ne fut interrompue sur le Danube que par les courses qu'y firent quelques peuplades germaniques, Daces et Scythes, consolida cette colonisation de la rive droite du Rhin dont s'augmentèrent alors les deux gouvernements militaires de la Germanie supérieure et inférieure.

Mais pendant cette longue suspension d'armes se formèrent d'un autre côté au Nord, au Sud-Ouest et à l'Orient, ces grandes coalitions de petits peuples qui, mus par une politique que leur dicta l'expérience du passé, mirent la paix à profit pour rendre plus redoutables leurs forces contre leur ennemi commun. Dans toutes leurs guerres contre Rome, nous avons vu jusqu'à présent toutes les hordes isolées , tantôt s'agrandissant par leurs conquêtes • sur d'autres hordes, tantôt par les émigrants qui , mus par un spontané mouvement, s'associèrent à l'une ou l'autre d'entre elles. Nous les verrons maintenant toutes compactes , puissantes , réunies sous un même nom en ligues d'autant plus formidables que ce n'est point seulement la défense qui va faire mouvoir leur politique, mais l'esprit de conquête contre lequel en vain le colosse romain se défendra.

Tandis que Rome colonisait ses possessions germani-

i. C'est aujourd'hui Rotteubourg.

ques , toutes ces grandes associations de tribus s'organisaient sous les noms de Francs, d'Allemanes, de Bourguignons et de Goths, et réunissaient leur force pour mieux la perdre. Quand, après un siècle de repos, l'histoire nous montre de nouveau les légions en présence des nations germaniques , c'est avec ces grandes fédéralions que nous les voyons combattre , fédérations dans lesquelles se confondirent la plupart des petits peuples dont les annales historiques nous ont jusqu'alors entretenus.

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