‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 33 sur 123 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Alternance. — Gotha. — France.

Cependant la coalition des Allemanes , coalition dont l'histoire va nous entretenir pour la première fois, avait réuni au Sud-Est des Cattes une foule de petits peuples d'origine suévique qui tous, ayant les mêmes intérêts à se lier, formaient aux frontières romaines une puissance considérable. Il est probable que, sentant leur faiblesse dans l'état d'isolement où elles se trouvaient, toutes ces tribus, voisines des nouvelles possessions que Rome avait acquises entre le Rhin et le Danube dans le Sud-Ouest de la Germanie , avaient réuni leurs forces pour mieux lui résister en cas d'attaque. Tous les hommes (cdlemœnr ner, allemani, disaient les Romains) étant soldats pour défendre l'indépendance de leur territoire , il est probable que les noms de toutes les diverses tribus qui composaient la coalition , s'étaient confondus dans ce seul

nom signiGcatif. Mais, à part l'alliance qui les unissait , rien n'avait été changé à leur ancienne constitution politique. Toutes avaient conservé leur gouvernement séparé, leur assemblée nationale, leur loi, leur chef. Aussi, les verrons-nous souvent par la suite combattre séparément , et quelquefois aussi , dans des circonstances majeures, élire un heersog sous lequel toutes les tribus seront réunies.

Lorsque Caracalla, après sa campagne de Bretagne et après le meurtre de son frère Géta , vint dans la Gaule et passa dans la Germanie , il eut des relations avec les Allemanes, qu'il caressa d'abord, afin de s attirer leur confiance, mais que sa folle cruauté souleva bientôt contre lui. *

L'historien Dion Cassius, qui fait de cet empereur un tableau si extraordinaire et qui nous le représente imitant les moeurs des Germains,* se parant de leur costume et jusque de leur chevelure blonde, et choisissant parmi eux les plus beaux hommes pour sa garde, ne craint pas de prétendre que les chants magiques des Allemanes avaient fini par troubler l'esprit de ce prince. S'il était une force qui pût contre lui déchaîner l'enfer, ce n'était point certes les moyens surnaturels employés par ces peuples, mais bien plutôt sa conscience et l'ombre courroucée de son père, celle de son frère toute dégoûtante de sang, et l'image de sa mère sur le sein de laquelle il l'avait fait égorger. Mais l'histoire qui a pris soin de consigner les vices de ce prince, a oublié dans ses pages de mentionner le bien que, pendant son séjour au delà du Rhin, il fit aux pays enclavés dans la Gaule, où plusieurs pierres milliaires et d'autres restes de monuments publics prouvent les soins de son administration. 11 a dû résider à Bade, cette cité à laquelle il donna le nom

d'Aucélicnne 1 et d'où sans doute il entreprit ses diverses expéditions. Dion cite tout particulièrement celle à la- 213. quelle prirent part les Cennes2 qui faisaient eux-mêmes

1. On sait que Caracalla prit lui-même le nom de Marc-Aurèle- Antonin.

Page 1