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A la même époque, Dèce était proclamé empereur par les légions de la Mœsie, et Philippe, en le combattant, trouvait la mort sur le champ de bataille.
Dèce se rendit dans la Gaule pour y apaiser quelques troubles. Les Goths profitèrent de son absence pour repasser le Danube et pour ravager de nouveau la Mœsic et la Thrace. Ils vinrent, au nombre de soixante-dix mille hommes, mettre le siège devant Novi. Cniva, leur chef, forcé de le lever par les manœuvres de Tribonius Gallus, envoyé contre lui, se rabattit sur Nicopole, autre place forte du Danube, dont il tenta également de s'emparer. Mais le jeune Dèce , fils de l'empereur, vint de même à temps débloquer celte ville. Les Goths traversèrent alors le mont Hœmus qui séparait la Mœsie de la .Thrace , et se dirigèrent sur Philippolis , ville grande et populeuse , où ils devaient trouver d'immenses richesses. En vain Dèce voulut s'opposer à leur marche. Battu par Cniva dans les environs de Bacrea , il se vit contraint de repasser les montagnes et de se replier sur l'armée de Gallus. Celte bataille ouvrit aux Goths le chemin de Philippolis» laquelle, après un siège long et opiniâtre , qui, s'il en faut croire les annales , coûta la vie à cent mille de ses habitants , tomba enfin en leur pouvoir. Ils dévastèrent alors toute la Thrace et entrèrent même jusque dans la Macédoine , où Pris< us , frère de Philippe , qui en était gou-
verneur, et qui s'était déclaré empereur après la mort de son frère, noua avec eux des intelligences.
Dèce apprit à Rome ces sinistres événements et vint aussitôt en personne au secours des provinces envahies. Son premier soin fut d'occuper les défilés de la Thessalie, afin d'empêcher les Golhs de pénétrer dans l'Achaîe et dans le Péloponèse; et pour, d'un autre côté, leur couper la retraite, .il laissa Gallus sur le Danube avec des forces assez imposantes pour en barrer tous les passages : dispositions qui montrent que le plan de ce prince n'était plus simplement de repousser ces étrangers , mais de les anéantir. Lui-môme se mit avec son fils à la tête du 251. corps d'armée d'opération. Les Germains, battus en plusieurs rencontres, prirent enfin position non loin d'Abratom, dans un lieu avantageux pour la défense et que protégeaient d'immenses marais. Dèce chercha en vain à les en débusquer. Son fils engagé avec sa division dans ce terrain mouvant , et ne pouvant bientôt ni avancer ni reculer, tomba percé de flèches. Lorsqu'on l'annonça à l'empereur : cle sort d'un seul homme, dit-il, ne décide pas d'une victoire.» Mais bientôt lui-môme fut renversé ' par les traits de l'ennemi. Dès lors tout fut perdu pour les Romains, qui, assaillis de toute part et écrasés, furent mis dans la plus épouvantable déroute.
Cette victoire affermit la puissance des Golhs qui, depuis ce temps, devint de plus en plus redoutable aux Romains.
Gallus, qui succéda à Dèce, acheta deux une paix
honteuse, et ils se retirèrent avec armes et bagages,
emmenant tout le butin qu'ils avaient fait, et même les
prisonniers les plus importants. Gallus s'engagea à leur
payer un tribut annuel, condition, sans doute, que les
circonstances le forcèrent d'accepter, mais qui devait être
un appât pour ces peuples de revenir à la première occasion favorable.
. 252. En effet, son règne qui ne dura que dix-huit mois, ne se passa point sans que les Golhs et les Buriens 1 , les Bourguignons , les Carpes et les Scythes mêmes , ne vinssent de nouveau inonder toutes les provinces romaines du Danube et en piller les villes et les campagnes. Émilien , qui commandait dans la Pannonie , les combattit avec vigueur et fut proclamé empereur par ses soldats. 253. Gallus le fit déclarer par le sénat ennemi de l'État, et envoya Valérien au delà des Alpes pour mener contre lui les légions de la Gaule et de la Germanie. Mais Émilien le prévint , et s' empressant de faire la paix avec les Golhs, il marcha lui-même sur l'Italie. Gallus s'avança à sa rencontre jusqu'à Terni, où les deux armées se joignirent; une sédition s'élant élevée parmi ses soldats, auxquels Émilien avait fait promettre une plus forte paie, il fut massacré par eux avec son fils.
A cette nouvelle, les légions que Valérien conduisait à travers les Alpes , proclamèrent elles-mêmes empereur leur général.
Mais le sénat reconnut Émilien. Cependant, avant que Valérien , qui passa avec son armée en Italie , ne l'eût combattu , Émilien fut tué par ses propres soldats trois mois après la mort de Gallus.
Valérien, reconnu alors empereur par le sénat, donna le titre d'Auguste à son fils, et l'associa au gouvernement.
1. Burii: ainsi Domines par Tacite. Zoiirae, L. I, p. 43, en pariant de la présente expédition , les cite sous lo nom de Borani ; Grégoire Thaumaturge sous le nom de Barades. Ils habitaient le versant oriental du Eulengebirg , et le territoire de l'antique Eburum , pays de forêts d'où ils semblent avoir tiré leur nom (du mot bur ou bor, forêt) , et où ils s'étaient assis entre les Goths et les Vandales avec lesquels ils paraissent avoir eu une commune origine.
Jamais règne ne commença sous de plus sombres auspices.-Les Germains étaient prêts à fondre sur la Gaule; les Goths menaçaient la Thrace; et les Perses et les Scythes se préparaient à envahir les provinces d'Asie. •
Ajoutez à ces maux la peste, dont les Barbares, il est vrai, ne devaient pas être plus exempts que les peuples de l'empire, mais qui exerçait d'autant plus de ravages dans les villes romaines que la population y était plus
Valérien , dans ces circonstances difficiles, confia l'Occident à Gallien, et se réserva à lui-même les affaires de l'Orient. Trêves qui déjà était la préfecture du prétoire des Gaules, devint la résidence et le quartier-général du nouvel Auguste, au nom duquel Posthume, Gaulois d'origine, mais général expérimenté, conduisit les opérations guerrières qui se succédèrent pendant trois ans, et que seconda Aurélien qui fut plus tard empereur et qui 255 reçut à cette occasion le titre de restaurateur des Gaules.
Les Francs dans le Nord, et les Allemanes dans le Sud, passèrent le Rhin presqu'en même temps.
Ces derniers, depuis leurs défaites sous Maximin, n'avaient cessé d'inquiéter les Romains ; ils avaient renversé toutes les tours fortes du Taunus , de l'Odenwald et du » Neckar, et, après avoir franchi la ligne du grand rempart qu'ils avaient en partie détruit, Us avaient partout porté la flamme dans les établissements romains de la rive droite du fleuve. Leurs tribus s'étaient partagé jusqu'au Rhin les divers cantons de la Forêt-Noire et de l'Alb. Devenus audacieux à force de succès, ils se ruèrent sur la Gaule, pénétrèrent jusqu'à Langres , où ils portèrent également le meurtre , la flamme et le pillage , et ruinèrent une foule de villes dont, entre autres, Clermont. Ce ne fut que dans les environs d'Arles qu'ils purent être arrêtés.
Leur chef, fait prisonnier, termina sa vie dans les plus horribles tourments.
Pendant ce temps, d'autres Allemanes se jetaient sur la Rhétie et pénétraient jusqu'au delà des Alpes f.
Toutefois les Romains parvinrent à les faire sortir de la Gaule et à traiter même de la paix avec plusieurs de ces tribus.
Cependant les Marcomans, les Goths, les Quades et les Sarmates avaient aussi franchi la frontière romaine. Tout le Danube , depuis la Vindélicie jusqu'au Pont-Euxin ,
256. était le théâtre de leurs déprédations. Ulpius Crinitus, qui jusqu'alors avait , sans beaucoup de succès , été opposé aux Goths et aux Marcomans qui s'étaient avancés jusqu'à Thessalonique , fut remplacé dans le commandement de l'armée par Àurélien , qui remporta sur eux plusieurs avantages. Parmi les généraux placés sous ses ordres, apparaissent quelques noms germains qui se retrouvent chez les Francs ; ce qui semblerait prouver qu'après la paix faite avec ces peuples, beaucoup d'entre eux prirent du service dans l'armée romaine. Probe, alors tribun d'une légion, repoussa aussi les Quades et les Sarmates, et traversant même le Danube, porta la guerre « sur leur propre territoire.