CHAPITRE XVII
Bouleversement dans l'empire romain après la mort de Valérien. — Expédition* des Germains pendant eette période Jusqu'à la mort de Probe.
Valérien, délivré des peuples du Danube, tourna tous ses efforts contre les Perses. On sait la fin malheureuse de cette expédition , et la cruelle captivité de ce prince, dont. Sapor s'empara d'une manière si indigne, et que la mort seule délivra de ses tourments *.
Gallien était encore dans la Gaule lorsque la nouvelle lui en parvint. Il prit aussitôt le titre d'empereur et donna celui de César à son jeune fils Salonine , qu'il laissa, en partant, dans eette province sous la garde d'Albon, et au nom duquel le pays devait être administré.
Les Germains avaient en effet de nouveau traversé les Alpes, et leurs bandes s'étaient avancées jusqu'en Italie , où déjà l'une d'elles menaçait Ravenne. Vérone, et une foule d'autres villes étaient tombées sous leurs coups. Gallien, pour détourner le danger, suivit la politique que déjà ses prédécesseurs avaient suivie , et à laquelle les
1. S'éUtit avancé avec son armée dans la Mésopotamie, il fut vaincu par les Perses qui l'enveloppércut el tuèrent une partie do ses troupes. Valérien fut réduit à demander la paix à Sapor, el lui envoya des ambassadeurs avec des présents. Sapor ne les voulut point écouter, el dit qu'il fallait qu'il conférât avec Valérien. Ce malheureux prince se rendit au lieu de l'entrevue accompagné de peu de personnes , et fut aussitôt saisi et emmené prisonnier. Sapor le conduisit partout chargé de chaînes, et quand il voulait monter à cheval, il l'obligeait de se coucher par terre pour lui servir de marche-pied. Valérien vécut encore quelques années dans la captivité, el fut écorché vif selou Atrathia^ ou après sa mort, suivant les autres historiens.
Germains s'étaient déjà plus d une fois laissés prendre : il fit la paix avec l'un des princes les plus puissants , afin de pouvoir mieux résister aux autres. La nation dont il sut réunir les armes aux siennes, n'est point nommée dans les annales ; mais peut-être serait-il permis de penser que ce furent les Marconians, dont le roi Alaulf !, après avoir soutenu les Goths, devint en effet son allié, et dont la fille, la belle et blonde Pipara, fut si éperdument aimée de Gallien.
La révolte d'Ingénuus éclata dans ces circonstances difficiles , et fut le préliminaire des autres révoltes qui eurent lieu successivement dans tout l'empire.
Ce général , qui commandait dans la Pannonie et qui avait remporté quelques avantages contre les Sarmates , fut nommé Auguste par les légions de la Mœsie. Gallien se rendit aussitôt en Illyrie, et marchant à sa rencontre, le défit prés de Murse. La vengeance de l'empereur ne fut point satisfaite par la mort du coupable qui se tua lui-même ; il en poursuivit encore les adhérents dont le sang ruissela dans toute la Mœsie.
llégillien, Dace d'origine, et qui se tlisait descendant de Décebal , ne fut point intimidé par cet exemple , et voulut jouer le même rôle qu'Ingénuus. Sa fin ne fut pas plus heureuse, quoique pendant deux ans il se soutint en Illyrie.
A la même époque , Posthume , à qui Valére avait donné le titre de gouverneur des Gaules et de duc de la limite iransrUnane , prenait aussi sur le Rhin le titre d'Auguste, et faisant le siège de Cologne, il s'emparait de cette ville et mettait à mort le jeune fils de Gallien et Albon.