CHAPITRE XVIII
Époque de Dftoelétien et de «es sueeeaseura . jusqu'à In mort tle ConMtttntiu.
Probe était à peine mort que les peuples de la Germanie, contenus par la crainte du grand homme , se soulevèrent de nouveau de tous côtés.
Carus, nommé par Probe préfet du prétoire , fut élu à sa place par 1 armée. 11 nomma Césars ses deux fils, dont l'un, Carin, fut envoyé dans la Gaule, pour contenir les peuples du Nord, et l'autre, Numérien, suivit l'empereur dans rillyrie et ensuite en Asie. Les Sarmates et les Quades avaient , en effet , traversé le Danube et voulaient pénétrer en Italie. Carus et Numérien marchèrent à leur rencontre et les forcèrent de reculer. Les Sarmates, disent les annales romaines, eurent à essuyer une perte de seize mille hommes tués et de vingt mille prisonniers.
La déclaration de guerre des Perses appela Carus en Orient, et il laissa le soin de l'Occident à Carin.
Lorsqu'après la mort de Carus et l'assassinat de Nu- 284. raérien , Dioclétien eût été nommé empereur par les légions, et que dans les plaines de la Mœsie, il vint dis- 285. puter l'empire à Carin, qui, après plusieurs combats, où il eut même l'avantage , fut tué près de Margos par ses officiers, la Gaule était agitée par les troubles des Bagaudes, nom qu'avaient pris les paysans révoltés sous la conduite d'Élien et d'Amand, qui , tous deux , avaient pris le litre d'Auguste.
Dioclétien, qui ne se trouvait pas en état de soutenir
286. seul toutes les guerres dont l'empire était menacé , s'associa, Tannée suivante, Maximien, avec lequel, comme simple officier et comme général , il avait lié une étroite amitié, affection qui continua de les unir sur le trône. Comme s'ils avaient voulu faire connaître aux peuples la force qu'ils allaient employer contre eux , ils prirent l'un le surnom de Jupiter, l'autre celui d'Hercule.
Maximien passa dans la Gaule , qu'il vint heureusement à bout de paciûer. Il avait à peine achevé la soumission des Bagaudes, que les Bourguignons , devenus voisins des Allemanes, s'unissant à ces derniers, et que les Hérules, restés dans le Nord , se joignant aux Cabiones, peuple 1 voisin des Angles et des Saxons , entrèrent dans cette province.
La coalition des Saxons, dont le nom va aussi désormais retentir dans les annales , paraît s'être formée en arrière de celle des Francs, en même temps que celte dernière. L'histoire n'a point éclairci non plus quel événement politique donna à la nation primitive, qui d'abord porta ce nom et qui est déjà citée par Pline et par Ptolémée , la prépondérance qu'elle exerça sur les peuplades limitrophes, jusqu'à leur imposer son nom 2 collectivement.
Les Saxons habitaient les trois îlots de Norlstrandt, de Busen et d'Heiligisland dans l'Océan germanique, et la
1. Le mémo sans doute que Tacite, Gmnania, c. 40, mentionne sous le nom d'Aviones.
2. Les uns ont dérivé ce nom des anciens Saken qui habitaient les bords de l'Indu» ; les autres de Sahcs (Sachs) , arme courte et tranchante dont ces peuples se servaient ; les troisièmes de Sassen , sedentés, qui ne voudraient dire que les habitants de la contrée. La seconde opinion me parait la plus probable. Dans VBistoria Brittonum, de Kennius, le prince saxon Uengisl donne cet ordre à ses gens : ftimed eure Sahes, prenez vos sahcs (vos armes, vos sabres). — Schaten. I , c. p. 117, affirme que de son temps encore , en Wcstphalie, ou se servait dans quelques endroits du mot Sachs pour exprimer un couteau
cote qui s'étend entre l'Elbe et l'Eydcr, où se trouvent les trois districts de Ditmar, de Stomar et d'Holstein. Ils réunirent ensuite à eux d'autres peuplades septentrionales qui, à mesure que les Francs s'avancèrent sur le territoire de l'empire, occupèrent les terres qu'ils abandonnèrent, et ainsi du Nord refluèrent de plus en plus vers le Sud.
Cette coalition devint terrible aux Romains par les pirateries qu'elle exerça sur les côtes de la Bretagne et de la Gaule. Tandis que les Allemanes et les Bourguignons, manquant de vivres dans les provinces qu'ils avaient ruinées et dépérissant par lés maladies , étaient obligés de se retirer, et que Maximien battait les Hérules et les Cabiones, elle infestait, ainsi que les Francs, toute la mer du Nord.
Le Batave Carausius, officier de marine expérimenté , fut envoyé contre eux avec une flotte considérable. 11 se mit en croisière près de Boulogne ; mais il ne tarda pas à être soupçonné de s'approprier lui-même, au détriment du trésor et des particuliers , le fruit des captures qu'il faisait sur les Barbares. On prétend que Maximien donna Tordre de le tuer. Soit que l'amiral se sentit en effet coupable, soit que cet ordre, dont il fut averti, irritât sa bravoure, il se rendit maître de Boulogne, et cinglant vers la Bretagne avec sa flotte , dont les équipages lui étaient tout dévoués , il jeta le gant aux Romains et s'y déclara lui-même empereur. Toutes les Jégions stationnées dans l'île le reconnurent. Maître du détroit, il affermit sa puissance, Gt des traités avec les Germains, dont il se nommait le compatriote, le frère, et leur donna même des vaisseaux et des officiers qui les guidèrent dans leurs expéditions. Non-seulement ils inquiétèrent alors tout le littoral de la Gaule, mais les Francs s'emparèrent aussi
de la Data vie qu'ils gardèrent pendant quelque temps.
Maximien donna Tordre d'équiper une nouvelle flotte.
Tandis que sur tous les chantiers de marine et dans les arsenaux régnait la plus grande activité , une autre horde de Francs s'avança jusque dans les environs de Trêves, et les Àllemanes entrèrent dans la Rhétie. Mais
288. les armes romaines furent encore partout victorieuses, et s'avancèrent, au Nord, jusqu'au delà du Rhin, au Sud, jusqu'aux sources du Danube. Génobon , roi d'une des peuplades de la coalition des Francs , vint lui-même en personne faire sa soumission.
289. . L'expédition maritime eut des résultats moins heureux. Tous les efforts de Maximien échouèrent devant l'habileté de Carausius qui battit ses vaisseaux, et qui le força de faire avec lui un traité, et de lui céder la Bretagne à condition de la défendre contre les Barbares.
Les querelles qui s'élevèrent à cette époque dans l'intérieur de la Germanie, et qui mirent en présence les principaux peuples de cette contrée , depuis l'Elbe jusqu'au Danube, suspendit pour quelque temps leurs attaques contre les Romains. Les Goths tombèrent sur les Bourguignons qui, refoulés sur les Allemanes , furent secourus par eux. En même temps les Goths thuringiens 1 et les Thaifales , autre peuple de la coalition gothique, s'unirent contre les Vandales et les Gépides. Nous ignorons la cause de ces troubles domestiques que les Romains virent avec plaisir, et qui ne nous sont connus que par la mention qu'en font leurs annales. Les Bourguignons , entrés sur le territoire des Allemanes , refusèrent», à ce qu'il parait, d'en sortir plus tard , et ces derniers furent
1. Cités indifféremment dans l'histoire sous les noms de Thervingi, de Theruingi et de Thoringi. — Voyez Joruaudcs , Mainertin , Marcelin , les iVofif . imperii , etc.
obligés de faire les plus grands efforts pour les en chasser.
Mais ces guerres des Barbares ne durèrent pas assez longtemps pour le repos de l'empire qui se vit bientôt menacé d'une nouvelle invasion. Les Perses étaient prêts à combattre. En Égypte, Achillée avait pris les marques de la dignité souveraine, et l'Afrique était elle-même occupée parles Quinquegen tiens, cinq nations coalisées qui s'étaient emparées de cette province. Maximien n'osait quitter la Gaule , de peur des entreprises de Carausius toujours maître de la Bretagne, et des incursions des Francs et des Altemanes qui , malgré toutes leurs défaites, malgré tous les traités , profitaient presque chaque fois des eaux basses du Rhin, ou des glaces qui le solidifiaient, pour le traverser. Afin d'opposer partout une force moins divisée, Dioclétien résolut de changer la constitution de l'empire , 2t)2. cl, en donnant le titre d'Auguste à Maximien, de s'associer encore deux Césars, qui reçurent les titres d'empereurs, de pères de la patrie, de grands pontifes, et la puissance du tribunat dont n'avaient joui jusqu'alors que les empereurs régnants ; afin de resserrer les liens qui devaient les unir, le premier reçut pour épouse Valéria , fille de Dioclétien , et le second, Théodora , fille de Maximien. Ainsi l'empire se vit gouverné par quatre empereurs, qui en firent le partage. Dioclétien retint pour lui tout ce qui était au delà de la mer Egée ; donna à Galère, son gendre, la Thrace et rillyrie ; l'Italie , l'Afrique et les lies qui sont entre deux , à Maximien Hercule , et à Conslance tout le pays d'au delà des Alpes, c'est-à-dire, les Gaules, la Bretagne, l'Espagne et la Mauritanie Tingitane qui était une annexe de cette dernière province. Nicomédie , Sirmium , Milan et Trêves devinrent les sièges de ces quatre gouvernements, dont les décrets cependant se donnèrent au nom des empereurs réunis.
Chaque prince ayant son déparlement , îl leur fut plus facile de résister aux Barbares. Galère maintint la ligne du Danube; Maximien passa en Afrique, et Constance résolut de réduire les Francs qui occupaient la Batavie ,
293. et qui avaient aussi pris pied dans les marais de l'Escaut. Il entreprit de bloquer Boulogne , et après un siège long et opiniâtre, s'en étant rendu maître , il marcha contre ces peuples. 11 en transplanta plusieurs milliers dans les champs déserts d'Amiens, de Beauvais, de Troyes et de Langres, à l'exemple de Maximien, qui déjà avait transplanté bon nombre d'hommes de leur coalition dans les terres de Trêves et des Ncrviens, dont la guerre avait décimé les habitants. Carausius reçut pendant ce temps la mort de la main d'Alecte, un de ses officiers, qui prit comme lui le titre d'empereur. Les Allemanes , qui de nouveau avaient renversé les fortifications de Probe, inquiétaient aussi les frontières. Constance passa le Rhin et vint les attaquer sur leur territoire ; il leur livra, sur la rive droite du Danube , non loin de Gunsbourg , une bataille sanglante, dont le champ est encore désigné par tradition 1 dans la contrée , et où l'un de leurs rois tomba en son pouvoir. Dioclétien , uni à Galère , défendait pendant ce temps le Danube, et après plusieurs combats contre les Quades, les Marcomans, les Sarmates, les Carpes et les Bastarnes , dont une grande multitude fut répartie dans la province romaine, il érigea, pour les contenir, les deux forteresses frontières (VÂcincum et de
216. Bononia2. Les Carpes, vaincus de nouveau par Galère, se soumirent entièrement au peuple romain , et vinrent en masse habiter la Pannonie, à côté des colons de leur