‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 66 sur 123 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

lie» Vandales en Afrique, les Franes dan» 1» Gaule, le» Saxon» en Bretagne.

L'Espagne était toujours occupée en grande partie par les Vandales qui , en 421 , avaient tenté de soumettre les Suéves , et les avaient même assiégés dans les montagnes d'Oviédo et de Léon. Cependant ils avaient été repoussés par jEster, comte d'Espagne, qui les avait battus à Braga.

Castin , général de la cavalerie , et le comte Boniface, le même qui avait défendu Marseille contre Ataulf, furent alors envoyés contre eux. Mais ces deux généraux, n'ayant pu s entendre, Boniface avait passé en Afrique, d'où , tandis que la guerre continuait entre les Romains et les Vandales , qui finirent par battre à leur tour Castin sous les murs de Tarragone, il entretint des relations avec ces derniers. Il épousa même une princesse de leur maison royale, femme de la plus grande beauté, qui, en

lui donnant la main , renonça, dit-on, à l'arianisme dont les Vandales comme les Gotbs , leurs voisins , faisaient profession ; car le christianisme n avait pas tardé à sucséder au culte d'Odin chez tous les nations germaniques qui étaient entrées dans la Gaule.

A l'avènement de Valentinien III, ces Vandales, devenus tout-puissants dans la péninsule, pillèrent les Iles Baléares , et s emparèrent de Carthagène et d'Hispalis , la moderne Séville, capitale de la Bétique. 425.

L empire d'Ocçident était plus que jamais la proie de l'intrigue et de l'anarchie.

Honorius avait à peine cessé de vivre , que Jean , premier secrétaire d'État , avait à Rome pris la pourpre impériale , et avait appelé les Huns à son secours, ^tius qui , ainsi que Caslin , avait pris son parti , les conduisait en Italie , lorsque la chute et la mort de Jean, contre lequel Théodose , qui voulut conserver à sa fa* mille l'empire d'Occident, envoya des troupes, le mirent dans la nécessité de renvoyer ces étrangers, auxquels il parvint à persuader de retourner sur le Danube. Les Goths qui , à la même époque , sans que l'histoire en assigne la cause, vinrent mettre le siège devant Arles, furent aussi repoussés par lui. La cour lui pardonna en faveur de ce double service.

Boniface s'était en Afrique opposé au tyran , et il avait conservé cette province au jeune Valentinien, à qui Théodose envoya la pourpre, et qui fut maintenant reconnu dans tout l'Occident. Caslin se retira auprès de lui.

Mais la jeunesse de l'empereur ne lui permettant point de régner par lui-même , ce fut entre les mains de Placidieque tomba tout le pouvoir, ou plutôt entre celles d'vEtius et de Boniface , dont la rivalité fut si nuisible à

426. JFAïus , nommé maître général de la milice , ne tarda pas à acquérir toute la confiance de l'impératrice-mère, et n'eut pas de peine à lui persuader que Bonifacc voulait attirer à lui la souveraineté de l'Afrique. 11 la porta à signer le rappel de ce général. Mais en même temps il lit écrire sous main à Boniface que ses ennemis à la cour travaillaient contre lui , et que sâ tête était en danper s'il paraissait en Italie. Boniface, qui reçut à la fois cel avis et Tordre de se rendre à Ravenne , tomba dans le piège quVEtius lui tendait pour le pçrdre ; il entraîna par sa défection le malheur de la province qui lui était conûée. Sur son refus de paraître , la guerre lui fut déclarée au nom des deux empereurs. Ne se sentant point assez fort pour résister seul à la puissance romaine, il envoya en Espagne , auprès des deux princes vandales Gundcrich et Geiserich, pour leur faire la proposition de passer en Afrique , leur offrant de partager avec eux la province*en trois parts, sous la condition d un traité d'alliance offensive et défensive.

428. Le traité fut conclu sans que Gunderich, qui péril pendant cet intervalle, pût le remplir.

Mais Geiserich , son frère naturel , qui parait avoir trempé dans le complot de sa mort , et qui , après le meurtre de la veuve et des enfants de Gunderich , réunit à lui toute la nation , vint s'établir sur les côtes guerrières de l'Afrique.

Jamais capitaine plus heureux , plus habile , plus audacieux , n'avait levé son étendard contre Rome. Il rassembla une armée de cinquante mille combattants f. Vandales et Alains , auxquels se joignirent des Gotbs, des Suèves et d'autres Germains , avides de butin , de gloire

1. Scion Viclor, De persécutions \Htndal ira , h. I", c. 1, il y availfo lout quatre- viugt mille âmes, vieillards, enfoui», etc.

et de périls. Il n'était point encore embarqué que les Suèves , sous la conduite dUermigar , entrèrent dans le pays qu'il venait d'abandonner. Geiserirb retourne sur ses pas , poursuit les Suèves , qui se retirent à son approche, et leur fait essuyer, non loin de Mérida, une défaite sanglante à la suite de laquelle Hermigar périt lui-même, en fuyant, dans les flots du Guadiana. 11 traverse alors le détroit, et débarqae, au mois de mai 429, sur la terre d'Afrique, où, à son arrivée, tout est dans l'épouvante et la consternation, et où bientôt s'élèvent de toute part l'incendie et le pillage.

Boniface ne fut pas longtemps sans être instruit de l'intrigue dont il avait été le jouet, et n'eut pas de peine à se justifier auprès de l'impératrice et à rentrer en grâce auprès d'elle. Il se repentit alors d'avoir attiré ces étrangers dont il tenta en vain d'arrêter la marche par la persuasion ou par les armes. Geiserich s'avança à la conquête du pays , vint mettre le siège devant Hippone dont il s empara, après quatorze mois de blocus, prit le rocher sur lequel Cyrte s'élevait florissante , et , dissipant l'année romaine et les secours qui vinrent d'Italie et de Constantinople , sous la conduite d'Aspar, il contraignit les Romains à traiter avec lui sous les murs d'Hippone, et à lui céder, pour trois ans, une partie de ses conquêtes. . 433.

Pendant que l'Afrique était ainsi ravagée, les Juthungues firent une incursion dans la Rhétie ; quelques troubles éclatèrent dans le Norique ; et les Francs, auxquels maintenant commandait Clodion, inquiétèrent les provinces gauloises encore intactes.

iEtius , qui était la cause première des malheurs de l'Afrique, échappa d'abord à sa disgrâce, à cause des éminenls services qu'il rendit dans la Gaule. Tandis qu'il

combattait les Francs , il reçut en ambassade le savant évôque Idace 1 , que les habitants de la Galice , en différend avec Hermanarich , roi des Suèves , lui envoyèrent pour implorer sa médiation. Mais la popularité dont il jouissait dans l'armée, sa grande réputation militaire, les vues ambitieuses qu'on lui prétait, alarmèrent la cour qui, redoutant sa trop grande puissance, rappela d'Afrique le comte Boniface, afin de le lui opposer. Boni face fut nommé maître général de la milice. JEiius voulut se soutenir contre lui ; et il en résulta une espèce de guerre •civile qui entraîna une bataille où le parti de Boniface eut le dessus, mais où ce général fut si fortement blessé gu'il mourut trois mois après. Son gendre Sébastien fut mis à sa place. Toutefois Miius, qui alla se réfugier dans la Pannonie auprès des Huns, sut faire jouer les ressorts de sa politique avec un tel succès, qu'il parvint à le renverser et à rentrer en faveur à la cour , où il reparut en 434.

L'année suivante , il marcha contre les Bourguignons qui s'avancèrent dans la Belgique , conduits par leur roi Gunthacar, et auxquels se joignirent une foule d'aventuriers, Huns, Sarmateset Germains. Cette guerre qu'ensanglantèrent plusieurs combats, ne fut terminée qu'en

Alors commença celle des Wisigoths, qui, après une paix de dix ans , vinrent tout à coup assiéger Narbonne. Les embarras qui en résultèrent pour les Romains dans la Gaule furent encore augmentés par le soulèvement des Bagaudes ou paysans qui , écrasés d'impôts , et las des

1. U nous reste de lui les Festi inlegri dans la Labbei bibliotheca manuscrijrtorutn twva. Paris, 1657, vol. F, t. Ier, et dans le Gravit thésaurus antiq. rtnn., t. XI, p. 24<i , et sa Chronique dans le Thésaurus temporum de Joseph Scaliger.

vexations auxquelles ils étaient en proie, prirent les armes pour s'en délivrer. iElius, dans ces circonstances difficiles, eut recours aux Huns avec lesquels il entretenait toujours des relations amicales ; il en prit plusieurs milliers à sa solde. L'arrivée de ces troupes étrangères dans la Gaule fut plus fatale aux villes et aux campagnes que n'aurait pu l'être l'ennemi. Partout leur passage fut marqué par des violences de toute espèce. Cependant elles aidèrent le général Litorius à battre les Goths sous les 456. murs de Narbonne, et continuèrent d'être d'un grand secours pendant les trois campagnes qui suivirent.

iEtius, en 438 , gagna une seconde bataille sur les Goths, dans laquelle il en resta huit mille sur la place.

Mais Litorius, auquel il céda le commandement, s'étant 459. l'année suivante avancé contre eux jusque sous les murs de Toulouse , paya de sa liberté sa défaite.

Théodorich , contraint de reculer jusque dans sa capitale, fit faire par ses soldats des prières publiques , afin d'implorer .l'assistance de Dieu , et cependant envoya quelques êvêques dans le camp romain, afin de proposer la paix au général. Mais Litorius, plein de suffisance et qui, comme beaucoup de grands de l'époque , tout en feignant d'avoir foi au christianisme, était encore imbu des superstitions païennes, quelques sévères que fussent les lois à leur sujet, rejeta ces propositions avec d'autant plus de hauteur que quelques augures lui avaient promis la victoire. Sa honte n'en fut que plus grande, lorsque, tombé au pouvoir de l'ennemi, il vint dans Tou* louse orner le triomphe du vainqueur.

La bataille qu'il perdit ouvrit aux Goths tout le pays jusqu'à la Loire. Partout les habitants les reçurent comme des libérateurs. L'Italie pouvait être menacée. Dans ce danger , la paix refusée devant Toulouse fut proposée

par Avitus, alors préfet du prétoire des Gaules , et elle ne tarda pas à être conclue.

440. /Etius, pour opposer une barrière, aux Wisigoths du côté du Rhône , donna le pays de Valence aux Alains restés dans la Gaule, et qui , depuis leur défection d auprès d'Ataulf, paraissent avoir toujours fidèlement servi les Romains. Ils s'en partagèrent les terres. Le peu d'habitants qui était encore dans la contrée se vit obligé de fuir avec son avoir.

Cependant Gciserich, à l'écoulement du traité, avait repris les armes , et s'étant emparé de Carthage au mois d'octobre 4-39, il y avait transporté sa cour.

Cette ville qui, sous la domination des Romains, s était relevée aussi florissante et aussi belle qu'elle l'avait été sous ses fondateurs primitifs, était le centre d'un immense commerce. Elle renfermait dans ses murs une foule de monuments somptueux , un cirque , un théâtre et des écoles où la grammaire, la rhétorique, la philosophie, les langues et les arls libéraux étaient enseignés. Ses édifices publics étaient superbes, et son port était rempli de vaisseaux.

Geiserich, qui, pour ne point laisser aux Romains trop de points stratégiques de défense , avait rasé toutes les villes d'Afrique, à l'exception deCyrleeld'Hippone, épargna les monuments de Carthage. Cependant il en traita durement les habitants qui, par un édit, furent obligés de livrer sans délai , et sous peine de la vie , leur or, leurs pierreries et tout ce qu'ils avaient de plus précieux. Les nobles et les sénateurs furent envoyés en exil ; il fit le partage entre ses soldats des terres proconsulaires et de la Zeugitanc, et se réserva à lui-môme le territoire de By- ♦ zace, d'Abarilanè, et les parties adjacentes de la Numidie et de la Gétulie. En même temps commença l'intolérance

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religieuse qui donna lieu à la persécution contre le catholicisme, en ruina les églises , et en poursuivit les prêtres et les docteurs.

Déjà sous le régime romain s'étaient élevées les disputes du clergé qui avaient donné lieu de la part des empereurs à plusieurs décrets, dont la sévérité fut maintenant employée contre ceux mêmes en faveur desquels ils avaient été rendus. Geiserich fit servir ces rescrits à la cause même de l'arianisme contre lequel ils avaient été donnés ; quiconque n'était point arien, ne put avoir d emploi à la cour; Les églises catholiques furent pillées , et leurs prêtres quittèrent en grand nombre le pays , entre autres, Quoduitdée, évêque de Carthage, qui alla se réfugier à Naples. Mais la foule,, qui n'avait de religion que l'apparence , suivit le torrent , et le schisme fut bientôt répandu dans toute la province d'Afrique dont les Vandales se rendirent alors maîtres sans résistance.

Geiserich, au milieu de ces disputes théologiques , et tout en se faisant le réformateur des mœurs qui , sous l'empire des Romains, s'étaient relâchées jusqu'à' la dissolution, mit à profit la position qu'il venait de prendre en conquérant.

L'empire de la Méditerranée lui était ouvert; et bientôt la puissance des Vandales sur cette mer fut aussi redoutable que l'avait été autrefois celle des Carthaginois. Ils passèrent en Sicile, mirent le siège devant Païenne et s'emparèrent de Lilybée 1 . Leurs vaisseaux coururent tous les parages, se rendirent maîtres de la Corse et de la Sardaigne , et traversant le détroit , allèrent jusque dans l'Océan piller les côtes d'Espagne. L'armée navale que Théodose envoya contre eux , fut plus à

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