‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 65 sur 123 · I. VandelUia · texte numérisé non relu

I. VandelUia

résistance , dans la nuit du 24 août 410. L'incendie éclaira cette nuit affreuse où toute la ville fut livrée à la mort et au pillage. L'ordre cependant fut donné d'épargner ceux qui , sans armes , s'étaient réfugiés aux pieds îles autels. Les églises furent respectées ; mais la terreur était si grande que beaucoup de ses habitants se sauvèrent jusqu'en Afrique et en Judée, et assombrirent encore le tableau des malheurs qui avaient frappé celte superbe cité.

Les Goths ne restèrent que peu de jours dans Rome 1 et ravagèrent ensuite la Campanie , dont Alarich suivit les côtes et d'où il voulut passer en Sicile pour conquérir l'Afrique. Mais ses vaisseaux furent repoussés par la tempête , et tandis qu'il délibérait sur ses entreprises futures, il mourut subitement prés de Cosenzo , âgé seulement de trente-quatre ans. Les captifs qui suivaient l'armée furent employés à détourner le cours du I&seno, cl ce fut au milieu du lit de ce torrent que les eaux re- . couvrirent ensuite de nouveau, que fut enterré le roi wisigoth, dont la tombe devait rester ignorée de la postérité , comme sont ignorés d'elle les plans qu'il avait conçus.

A sa place fut élu Ataulf , prince doué des meilleures qualités, mais qui , se laissant entraîner par l'amour que lui inspira Placidie qui , lors de la prise de Rome , était tombée au pouvoir d' Alarich, fut bientôt entraîné par elle à traiter avec Honorius. 11 abandonna l'expédition de Sicile et resta en Italie.

La Gaule était toujours la proie de l'anarchie et des étrangers.

1. Scion Marcelin , dans sa Chronique, six jours ; selon Orose, trem jours.

Honorius profita, d'un côté , des embarras où se trouvait Constantin que Géronce tenait assiégé dans Arles , et de l'autre , du répit que les Goths lui laissèrent, pour tenter de remettre cette province sous son autorité. 11 y envoya un corps d'armée sous la conduite des généraux Constance et Ulphila. A l'approche de ces troupes, beaucoup de soldats de Géronce désertèrent leurs drapeaux pour se joindre à elles , et ce dernier se vit lui-môme contraint de repasser en Espagne où il se donna la mort.

Constance vint mettre le siège devant Arles. 411

Ayant appris qu'un renfort de Francs et d'AUemanes était èn marche pour secourir la place sous les ordres d'Ecdobic que Constantin avait nommé son préfet du prétoire, il traversa le Rhône et s'avança à sa rencontre. Ecdobic , mis en fuite , fut tué en se sauvant. Constantin, après avoir soutenu le siège pendant quatre mois, n'ayant plus aucun espoir de secours , se réfugia dans une église pour y déposer la pourpre et la couronne» et s'y fit sacrer prêtre, dans l'espérance que cet acte lui sauverait la vie. Elle lui fut en effet assurée , ainsi qu'à son fils , par la capitulation qui suivit. Mais , contre la foi du traité et tandis qu'on les conduisait en Italie auprès d'Honorius, le dévot empereur les fit massacrer l'un et l'autre. 412

Pendant ces événements, un Gaulois puissant, du nom de Jovin , se fit déclarer empereur à Mayence , soutenu par Goar, roi des Alains qui étaient restés dans la Gaule, et par Gunthacar, roi des Bourguignons auxquels s'étaient jointes plusieurs tribus franques etallemanes. Honorius, ou plutôt son ministre, profita, des circonstances pour délivrer l'Italie des Goths, en implorant le secours d'Ataulf contre ces peuples , et en offrant à son ambition la conquête de la Gaule et sa possession. Sarr, mécontent de la cour, avait,

lui aussi, pris le parti de Jovin. Il fut le premier en présence des Goths qui le prirent et le mirent à mort. Toute la Gaule cilérieure tomba au pouvoir d'Alaulf, qui maintenant traita avec Jovin, mais qui bientôt, reprenant les armes contre lui et contre Sébastien , frère que ce prince gaulois s'était associé à l'émpire, s'empara successivement de l'un et de l'autre. Il envoya à Honorais la téte de Sébastien, et ayant, peu de temps après, assiégé Jovin dans Valence, il l'envoya aussi à Tempe- 415. reur qui le lit mettre à mort.

Cependant les négociations entamées entre Ataulf et la cour romaine pour un traité définitif, traînant en longueur, il se rendit maître de Narbonne, de Toulouse, de Bordeaux, qui ouvrit volontairement ses portes, échoua toutefois devant Marseille, défendue par le géné- . ral Boni face, et, pour couper court aux réclamations d'Honorius qui exigeait qu'on lui rendît sa sceur Placidie, la fille de Théodose , quoique déjà le roi eût réglé en Italie son mariage avec cette princesse , il l'épousa publiquement à Narbonne, au mois de janvier 414. La plus grande pompe présida à la cérémonie. Un lit de parade fut érigé , décoré de tous les trophées qu Ataulf et son père avaient pris sur les Romains. Attale, cet empereur qu'Alarich avait fait et déposé, composa l épitbalame, et l evêque goth Sigesar administra le sacrement et fut nommé instituteur des enfants qui naîtraient. J

Les Romains , pour mieux pouvoir agir contre cette puissance qui menaçait d'envahir toute la Gaule , firent alliance avec les Bourguignons que la révolte de Jovin avait attirés dans les provinces du Rhin, et, par un traité, cédèrent à Gunthacar la vallée du fleuve et les Vosges. Worius devint la première capitale de ce nouveau royaume.

Constance vint alors attaquer les Golhs prés de Nar- Im n ne et conduisit les opérations de la campagne qu'il entreprit contre eux avec un tel succès qu'il les força de se retirer en Espagne. Ils pillèrent, en partant, Bordeaux. Les Alains, qui s'étaient joints à eux, les abandonnèrent pendant qu'ils faisaient le siège de Bazas. Ataulf traversa les Pyrénées et vint porter secours à Barcelonne dont il s'empara, et où, pendant qu'il se pré- 415. parait à la conquête de la péninsule , le poignard d'un assassin le .frappa.

Cette mort vengea celle de Sarr, dont le frère Singerieh fut'élu roi par une faction des Wisigoths.

Singerie h arracha des mains de Sigesar les enfanls qu' Ataulf avait eus de son premier mariage , et les fit impitoyablement massacrer. Il tint une espèce d'entrée triomphale, et força Placidie, cette fille des Césars, veuve d' Ataulf, à marcher à pied devant son cheval. Mais peu de jours après,- il fut lui-même assassiné.

Wallia s'empara du royaume, et continua encore quelque temps la guerre avec Honorius. Mais la flotte qu'il équipa pour passer en Afrique ayant été dissipée par une tempête dans le détroit de Cadix, et voyant une espèce de jugement de Dieu dans ce malheur qui , pour la seconde fois, repoussait les Wisigoths de cette terre , 416. il fit la paix avec lui. 11 lui renvoya Placidie, et lui livra Attale auquel l'empereur fit couper deux doigts de la main et qu'il relégua, ainsi mutilé, dans l'Ile de Lipari. Les Romains firent aux Wisigoths une cession de terres, leur donnèrent deux cent mille mesures de froment, et se servirent d'eux pour punir les autres peuples germains qui tenaient toujours les plus belles provinces de l'Espagne.

Wallia les attaqua en effet, leur livra plusieurs san- 417

418. glanls combats dans la Lusitaoie et dans la Bétique, et assujettit totalement les Alains , dont il tua le roi Atax , et qui se confondirent avec les Golhs sous le nom de Gothalanes, nom qui s est transmis à la province de Catalogne. Ceux des alains qui échappèrent se mirent sous ie sceptre des rois vandales qui , depuis ce tefnps , prirent toujours le titre de rois des Vandales et des Alains.

419. Wallia, après ces victoires, vint prendre possession de la province de Seconde-Aquitaine, qui lui fut cédée par traité , ainsi que quelques villes des provinces limitrophes ; il porta sa cour dans Toulouse qui devint la capitale du royaume, lequel prit le nom de Gothie. Ce royaume comprenait toute la partie de la Gaule baignée par l'Océan depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées, et tout le Nord-Est de l'Espagne, dont le Sud et l'Ouest continuèrent d'être partiellement occupés par les Romains à côté des Suèves et des Vandales. '

L'île de Bretagne, abandonnée à elle-même, avait secoué le joug, et, à son exemple, les Armoricains avaient chassé les magistrats romains et s'étaient formés en républiques libres (410). Les Francs que Jovin avait attirés dans la Seconde-Germanie y avaient pris pied, et il ne restait plus aux Romains dans la Gaule que les provinces les plus rapprochées de l'Italie et le centre du pays jusqu'en Belgique.

Les Francs du Rhin s'avancèrent en 420 jusqu'à Trêves. Repoussés par Castin que Constance envoya contre eux, ils ne quittèrent plus cependant la rive gauche du fleuve et, s emparant de Cologne, de Maycnce et des autres villes, ils s'y établirent sous le nom de Ripuaires.

Les Saliens cependant se répandirent jusqu'aux rives . de l'Océan.

La tradition leur donne alors pour roi Faramond, que Ton dit fils de Marcomer, et à qui Ton attribue la loi salique qui devint la loi fondamentale de la nation !.

Toutes les tribus, dit-on encore, se réunirent sous ce prince en une commune fédération.

11 dut être dans la nature des* choses qu'en se mettant toutes, ou du moins en grand nombre (car les Francs ripuaires ou du Rhin ne furent point alors encore unis aux Francs saliens), qu'en se mettant, dis-je, un grand nombre sous le même sceptre, ces tribus qui avaient à cœur de conserver leurs libertés, fissent jurer au prince de les leur garder intactes, et voulussent avoir de lui une garantie qui assurât le pacte fait entre lui et la nation. Ce fut cette loi, discutée sans doute alors dans rassemblée générale des tribus, qui, lorsque les Francs eurent fait la conquête du reste de la Gaule, devint le fondement de la loi écrite, laquelle, avec les changements que les circonstances exigèrent, fut plus tard rédigée sous Clovis dans la langue des vaincus, en conservant toutefois dans la langue franque les formules principales du texte auquel le roi Childebert et Clotaire firent encore par la suite quelques additions.

Constance qui, en 417, avait épousé la veuve d'Ataulf, 421 . fat, pour prix de ses services , associé à l'empire par Ho-

1. Le nom de Saliens semble leur être venu de la position qu'occupait la peuplade prépondérante de leur coalition, assise sur les bords <to laSaal , petite rivière qui se jette dans le Mein. Clovis, en recevant le baptême de saint Rémi , fut lui-même encore appelé Sicam- *>re par le prélat (voy. Grégoire de Tours). Or, les Sicambres Sieg- Eintcohner , habitants de la Sieg , s'étendaient depuis le Rhin jusqu'à la Saal , et il est probable que le nom do Saliens, porté par les divers peuples réunis qui, plus tard , allèrent s'établir dans les terres basses de l'Yssel et de l'Escaut , fut conservé par eux pour se distinguer des antres peuples de la confédération franque qui s'arrêtèrent sur le Khin.

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norius. Placidie reçut le titre d'Auguste, et le jeune Valentinien, son fils, enfant qui alors avait environ deui ans, reçut celui de César. Mais Théodose, à Constantinople, refusa de reconnaître ce nouvel empereur ; et la guerre eût éclaté entre les deux empires, si la mort de Constance n'en eût rendu inutiles tous les préparatifs.

Honorius ne lui survécut pas longtemps , et mourut lui-même à Rome le 23 août 423.

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