CHAPITRE XXIII
Le mouvement de migration que les Huns avaient imprimé à la plupart des peuples de la Germanie, avait en grande partie changé l'aspect politique de cette vaste contrée.
L'empire des Ostrogoths sur le Danube et la mer Noire n'existait plus.
Quoique le nom de ces peuples soit cité parmi ceux des auxiliaires qu'Attila mena à sa suite dans les Gaules, ils n'étaient plus la nation dominante , mais ils étaient soumis à la suzeraineté des Huns sous lesquels, comme nous l'avons vu , s'était rangé leur roi Hunimond.
Ce prince laissa, en mourant , le titre de roi qu'il avait continué de porter , à son fils Thorismond qui tomba dans un combat contre les Gépides. Borimond , le fils de ce dernier, plutôt que de supporter le joug auquel sa nation était condamnée , préféra s'expatrier, et alla dans la Gaule se réfugier à la cour des Wisigoths.
Les Ostrogoths restèrent quelque temps saus roi , jus* qu'à ce que Walamir, prince de la maison de Winithar1, fut de nouveau élu.
11 était encore à la léte de la nation, lorsqu'Attila leva son étendard contre Rome, et il le suivit dans son expédition des Gaules avec ses deux frères Tbéodomir et Widemir.
i. Voir ci-avant, pape 199.
A côté des Ostrogoths combattirent aussi clans ces mêmes armées* les Thuringiens dont une partie , comme nous lavons vu , s'était réfugiée , pour échapper aux Huns, dans les montagnes de la Transylvanie, et qui, dans la succession des guerres incessantes qui avaient continué d'agiter tous les peuples germains et sarmates, après avoir pris part à l'expédition de Kadagaise , à qui l'histoire donne le titre de rot des Gotlis , sans qu'elle précise ni à quel peuple gothique il commandait, ni quel pays il habitait, vinrent s'établir au milieu des Semnones et des Hermundures dont le nom n'est plus alors cité , mais dont la contrée prit depuis ce temps le nom de Thuringe Depuis le Mein supérieur jusqu'aux confins du Harzwald et depuis la Saale jusqu'à la Werra, toute la contrée leur fut soumise.
Les Gépides, les Scirres, les Rugiens et les autres nations qui avaient autrefois pris part à toutes les expéditions des Goths , furent alors soumis aux Huns et les suivirent en Occident.
Les Huns étaient eux-mêmes désignés, selon les régions sur lesquelles leur domination s'étendait, en Huns d'Europe et Huns d'Asie. La succession des rois qui régnèrent sur leurs diverses tribus, aux noms près de quelques-uns d'entre eux, nous est inconnue. Tantôt en guerre avec les Romains, tantôt leurs alliés, ils s'avancèrent jusque dans la Pannonie, et leur fournirent des contingents pendant leurs guerres sous Théodose contre Maximin , contre les Juthungues et contre Eugène , pendant celle d'Honorius contre Radagaise, et pendant celle de Valentinien III contre les Wisigolhs.
1. Appelée Thoringia par Grégoire de Tours. — Or Mamcrte (Pamyyrici veteres ) désigne, tomme nous l'avons dit, par le nom de Tkoringi les Thcruingi de Jornandcs el d'Aminien.
Elzel, que nous nommons Atlila, commença à régner vers Tan 428 , conjointement avec son frère Bléda. Déjà Rua, leur prédécesseur, avait entamé avec Théodose des négociations de paix qui, reprises par ces deux princes , amenèrent un traité définitif dont les conditions furent ratifiées la même année à Margos, ville de la Mo3sie. L'empire, par ce traité, se fit tributaire des Huns, et s'engagea à ne porter secours à aucune nation barbare avec laquelle les Huns seraient en guerre , et à leur payer annuellement, à titre de tribut1, une somme de 700 livres d'or.
Cette paix fut cependant rompue en 442, •
Tandis que les Vandales continuaient dé soumettre l'Afrique, que les Perses, les Sarrasins, les Isaures, attaquaient l'Asie, Attila et Bléda, suivis d'une foule de rois soumis à leur suzeraineté, entrèrent dans rillyrie, prirent Nysa, Singedun et plusieurs autres villes, et portèrent la terreur jusqu'au fond de la Thrace. Cette irruption servit les Vandales, en forçant Théodose de rappeler l'armée qu'il avait en Sicile.
Bléda périt trois ans après, victime, dit le comte Marcelin dans sa chronique, des embûches que lui tendit son frère.
Attila réunit à lui tous les États de la vaste monarchie, dont le siège était au centre de la Dacie, à quinze journées de marche du Danube, vis-à-vis Viddine.
C'est là que, dans un palais construit en bois, mais d'une vaste étendue , et au milieu des richesses enlevées aux nations vaincues, vivait dans une remarquable simplicité cet homme extraordinaire dont le nom, quelques années plus tard, devait devenir si terrible. Prisais, qui