I . Tributi nominc. Priscus , p. 47, B
l'a approché pendant le temps qu'il était en ambassade à sa cour, nous le peint : petit de corps, mais fort des v épaules, avec une grosse tête, de petits yeux, et un nez camard , frugal , simple dans ses goûts, dans ses vêtements, dans ses armes, ne mangeant et ne buvant que dans une écuelle et une coupe de bois, tandis que l'or et l'argenterie couvrait la table de ses convives. Sa cour en effet était splendide ; et quand aux jours de féte il réunissait à un festin les grands du royaume, c'était le Barde qui charmait celte noblesse guerrière, es chantant, au son des instruments, les strophes qui rappelaient les actions d'éclat de son prince. De tous les enfants qu'il avait de ses deux épouses, c'était, dit Priscus, le plus jeune qu'il affectionnait le plus, parce que les augures lui avaient prédit que le ciel le destinait à lui succéder. Aussi terrible il était envers l'ennemi, aussi bon il était envers ceux qu'il avait pris sous sa protection. Conformément aux coutumes de sa nation, il rendait lui-même la justice à ses sujets. Sa sévérité était exemplaire, et n'était point toujours exempte de cruauté ; elle était nécessaire peut-être pour tenir sous le joug tant de nations différentes que la force seule pouvait contenir. L'unique gloire de tous ces peuples était celle des armes. Attila sut profiter de leur enthousiasme pour les mener à la conquête du monde. Son sabre était pour eux le signe certain de la victoire. 11 les mena, une seconde fois en 447, dans l'IUyrie, dont il renversa la plupart des villes. Il battit le général Arnegisèle sur les bords de l'Ulte dans la Dacie riveraine, et après une autre bataille sanglante remportée dans la Chersonèse , il força Théodose à un nouveau traité par lequel le tribut annuel de sept cents livres d'or que l'empire s'était jusqu'alors engagé à payer, fut porté à deux mille et cent livres.
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La cour de Constantinople , impuissante à lui résister, chercha à se défaire d'Attila par un assassinat. Mais le roi fut à temps instruit du complot et se contenta de^ faire à l'empereur des reproches pleins de dignité.
Théodose mourut lui-même en 450, laissant pour héritière de sa couronne sa sœur Pulchérie , princesse de cinquante-deux ans, qui, déjà du vivant de l'empereur, avait pris une part active au gouvernement , et qui épousa maintenant le général Marcien
Attila se préparait à attaquer de nouveau l'Orient, quand une ambassade de Geiserich vint l'inciter contre le roi des Wisigoths dans les Gaules , et lui fit abandonner son premier projet, pour se. ruer sur l'Occident. Le roi des Vandales avait fait épouser à son fils Hunerich la fille du roi des Wisigoths, et sur de simples soupçons que cette princesse avait voulu l'empoisonner, il lui avait fait couper le nez et les oreilles , et l'avait, ainsi mutilée, renvoyée à son père. Théodorich ne respirait que vengeance, et la guerre eût immanquablement éclaté entre les Wisigoths et les Vandales, si, par ses insinuations et ses présents, Geiserich n'eût porté les Huns à le prévenir. Attila se rendit d'autant plus facilement aux prières du roi vandale, que des raisons politiques le tenaient indisposé contre la cour de Havenne, et qu'en attaquant les Wisigoths, il trouvait un prétexte de marcher contre l'empire.
Honoria, sœur de Valenlinien , dont l'histoire a enregistré les faiblesses, lasse en effet de vivre dans le célibat et sans influence à la cour de son frère, avait lait offrir sa main à Attila , et ce prince avait à cet effet entamé des négociations avec l'empereur que celui-ci avait repoussées.
Attila rassembla une immense armée, composée noo-
seulement de ses Huns, mais encore de toutes les nations germaniques que la force de ses armes tenait soumises ; il traversa toute la Germanie , renversant devant lui tout ce qui voulut s'opposer à son passage. Dix mille Bourguignons qui, sous leur roi Gunthacar, tentèrent d'arrêter sa marche, tombèrent jusqu'au dernier pour la liberté et pour la patrie , comme autrefois les Spartiates dans les Thermopyles. Attila, sur le Rhin, trouva les Francs partagés en deux factions sous deux princes qui se disputaient le pouvoir, et dont l'aîné vint lui demander son secours contre les Romains qui tenaient le parti du plus jeune. Clodion en effet avait cessé de vivre. Attila, avant de pénétrer plus avant, tenta une seconde fois les moyens de conciliation, et envoya dé* nouveau à Rome des ambassadeurs, afin de demander la main d'Honoria et une partie de l'empire. Ayant reçu comme la première fois une Réponse négative, il reprit la campagne, et se répandant comme un torrent dans toute la Belgique, il s'empara de Trêves, de Metz, de Tongres, d'Arras, et, toujours victorieux dans sa marche, vint jusqu'à Orléans.
Déjà il se préparait à traverser la Loire , lorsque Miïas qui avait rassemblé en Italie tout ce qu'il avait pu de soldats romains et d'alliés auxiliaires, vint, uni aux Wisigoths conduits en personne par Théodorich, se porter à sa rencontre.
Les Huns, obligés de lever le siège d'Orléans, se reti-r rèrent jusqu'en Champagne, où ils prirent position sur la Marne, dans la vaste plaine de Châlons.
L'armée combinée des Romains et des Wisigoths suivit son mouvement, et reprenant elle-même l'offensive, vint l'y attaquer.
Les Alains , sous la conduite de leur roi Sangibane , ayant devant Orléans provoqué par leur conduite douteuse
la méfiance d'iEtius et de Théodorich , furent disséminés parmi les troupes sur la fidélité desquelles ces deux chefs pouvaient compter. Dans les rangs des Romains , étaient Mérovée et ses Francs, tandis que dans ceux des Hios, était son frère Cléodebald, avec ceux de son parti. Attila rangea son armée en bataille , et se mit au centre , laissant le commandement des deux ailes, composées des peuples sarmates et germains, à Théodomir, prince ostrogoth, et à Arbarich, roi des Gépides, en la valeur et les talents desquels il avait surtout le plus de confiance. 451. La bataille qui se donna fut une desjlus meurtrières et des plus sanglantes dont la tradition ait conservé la mémoire. Le brave Théodorich périt en combattant ; ce qui excita à un tel point la fureur des WiSigoths que , s élançant sur les Huns à la suite de Thorismond, sans que ni leurs flèches, Ai leur innombrable cavalerie pussent les arrêter, ils en rompirent les rangs et décidèrent la victoire. Cependant la nuit sépara les deux armées , et les Huns se retirèrent dans leur camp, fortifié par leurs chariots.
Thorismond, fils de Théodorich, qui venait avec tant de couragé de venger son père, fut à sa place élevé sur le bouclier par sa nation ; il fit faire au héros de superbes funérailles. Mais les alliés ne profitèrent point de leur victoire. Au lieu de marcher sur le camp , d'où Attila n'osa plus sortir et où déjà il avait' fait empiler une immense quantité de selles, afin d'y mettre le feu et de s'y brûler en cas que l'ennemi pût y pénétrer , ils lui laissèrent ouverte la retraite. jEtius, jaloux de la gloire des Wisigolhs et content d'avoir délivré la Gaule , permit à Attila de rentrer dans la Germanie, et porta Thorismond à retourner dans ses États , afin que son frère ne pùt profiter de son absence pour s'en emparer. Thorismond
reçut pour indemnité un plateau d'or du poids de cinq cents livres, orné de pierreries, que Ton regardait comme la fameuse table de Salomon , prise par les Romains dans le temple.de Jérusalem.
Attila toutefois ne suspendit le cours de ses aventureuses expéditions que le temps qui lui fut nécessaire à réparer ses perles. Tout à coup, et au moment où rempire s'y attendait le moins, il reparut dans la Pannonie , 452. s'avança jusqua Aquilée, qu'il renversa et dont il entraîna les habitants en esclavage, et traversant les Alpes dont aucun des passages n'était gardé, il se répandit en Italie. Toutes les villes des Vénètes tombèrent successivement en son pouvoir. La terreur que ses armes inspirèrent fut si grande que , craignant le sort de ceux d'Aquilée , les habitants de Padoue et des cités voisines se. réfugièrent en grand nombre sur les lagunes du Rialto , et jetèrent les fondements de la cité qui, de leur nom, prit celui de Venise. Les Huns entrèrent dans la Ligurie et s'emparèrent de Milan, de Pavie et des autres villes où ils portèrent partout le pillage et la dévastation. Arrivé dans le palais de Milan, Attila vit dans une des salles un tableau représentant l'empereur romain assis sur un trône d'or et ayant à ses pieds des Scythes réduits en esclavage. 11 en fit aussitôt la satire , en se faisant peindre lui-même sur le trône et ayant devant lui les deux empereurs romains qui versaient à ses pieds leurs sacs d'or.
Rome était dans la consternation, et déjà yEtius, qui désespérait du salut de celte capitale , avait conseillé à Valentinien de quitter l'Italie. On avait jeté dans les fers l'infortunée Honoria, accusée d'avoir, par ses instigations, porté Attila à venir faire le siège de la ville. Dans ce danger, les conseillers de la couronne ne virent d'autres ressources que de chercher par un traité à arrêter la
marche du vainqueur. Des ambassadeurs furent envoyés vers lui sur le Mincio , auxquels , s'il en faut croire la chronique de Prosper, se joignit le pape Léon, vieillard vénérable, avec les principaux membres de son clergé1. Les conditions du traité ne nous ont point été conservées; elles durent être avantageuses à Attila qui, en même temps qu'il menaça l'Orient, passa les Alpes et tomba d'abord sur les Alains, pour venger ensuite sur les Wisigoths la défaite que ces derniers lui avaient fait supporter dans les plaines de Chalons 2„ Mais Thorismond le prévint, et marchant avec la plus grande célérité à sa rencontre, il le chassa une seconde fois de la Gaule.
Les vallées de l'IIelvélie avaient en grande partie étédêpeuplées par le passage de tant d armées qui, depuis deux siècles, l'avaient à tant de reprises traversée. Attila, eose retirant, tomba sur les Suévcs du Danube, dont une tribu, fuyant dans les monts helvétiques et sur les bords du lac que traverse le Rhin, y trouva un refuge et donna à celte contrée le nom de Suisse, quelle continua depuis de porter3.
Attila se préparait à attaquer l'Orient, pour avoir négligé de lui payer tribut, lorsqu'il mourut subitement de la rupture d'une veine, selon quelques-uns , et selon
1. Cassiodore (Yariarum , L. 1, c. 4) cite au nombre de ces ambassadeurs son pére , el Carpilion , fils dVEtias , sans mentionner le pape- Un passage de la chronique de Prosper, tiré d'un manuscrit et édité par Sirmond el Duchéne , cite au contraire le 8. Père avec Avieo, personnage consulaire , et le préfet Trigétius. — Peut-être , pour concilier ces deux passages, faut-il penser qu'il y eut deux ambassades subséquentes.
2. Jornandcs est le seul écrivain qui mentionne cette seconde expédition des Gaules.
3. Schwab , Schwciz, Scbweden , — sont autant de mots synonyme* de Schwew, Suevi, que portèrent ces aneiens peuples , depuis le >ord jusqu'au Sud.
d'autres, de la raain d'une jeune fille du nom d'Ildegunde qu'il voulut épouser f. Toute sa nation pleura sa* mort el lui rendit les plus grands honneurs. Ces cavaliers innombrables qu'il avait conduits par toute l'Europe , firent tous le tour de sa dépouille mortelle qui, renfermée, dit-on, dans un cercueil d'orvet celui-ci dans un second d'argent recouvert d'un troisième d'airain, fut pendant la nuit confiée au sol. Tous ceux, dît-on encore, qui avaient travaillé à l'inhumer furent ensuite massacrés, afin que le lieu qui recélait sa cendre restât pour jamais ignoré.