CHAPITRE XXV
lie» Ostrogotlui en Italie. — lflonarehie
franqiae. #
Théodorich qui, après la mort de Théodomir, avait pris le sceptre chez les Ostrogoths,» avait pour récompense des services qu'il avait rendus à l'empire d'Orient, lors de la révolte de Basilisque et de ses affidés, reçu le titre de patrice , celui de maître de la milice présente, et en 484 avait été fait consul , la plus grande dignité que l'empire pût lui conférer. Zénon , au rapport de J orna rides, l'avait adopté pour son fils et lui avait fait ériger à Constantinople une statue équestre devant le palais. Cependant, toujours insatiable de faveurs, pour me servir des expressions de la chronique de Marcelin , et n'ayant point, à ce qu'il parait, pu obtenir de l'empereur une nouvelle grâce qu'il en exigeait, il s'avança en 487 jusque près de la capitale, dans les environs de laquelle il y eut plusieurs lieux incendiés par lui.
Théodorich qui eût pu dicter des lois, se contenta d'obtenir de Zénon la permission de marcher avec son peuple à la conquête de l'Italie, qu'Odoachar, à qui l'empereur
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n avait cependant reconnu ouvertement ni le litre de roi, ni celui de palrice, tenait toujours asservie.
Zénon accepta avec d'autant plus de joie la proposition du prince goth, qu'en éloignant de ses États cet Jiôte incommode , il le jetait dans des provinces où le pouvoir impérial était cependant méconnu. Il ordonna, Tannée suivante , le départ des Goths , ordre qui sanctionna en quelque sorte la guerre que Théodorich alla porter en Italie. Zénon se réserva-t-il la possession du pays, au cas où la conquête viendrait à réussir? ou le roi s'empara-t-il de la péninsule au mépris des conditions stipulées entre les deux partis ? c'est une question sur laquelle les historiens grecs et ceux des Goths ne sont point d'accord *. Les premiers prétendent en effet que l'empereur l'envoya en Italie pour soumettre de nouveau celte province à l'empire; les seconds, qu'il l'y envoya afin de la soumettre à son profit et'de s'y for* mer un royaume. Quoiqu'il en soit de ces deux versions , excité d'un côté par Frédéric , prince des Rugiens, et de l'autre par Zénon, content de se débarrasser de ces étrangers turbulents, Théodorich rassembla sa nation, et lui communiquant son enthousiasme, quitta avec elle les environs de Novi en 489. Hommes , femmes , vieillacds, enfants, montés sur leur chariots, suivaient les guerriers que le prince guidait. L'immense colonne se dirigea lentement par la Messie supérieure, et tomba sur les Gépides qui , après la mort d'Attila , s'étaient , comme nous l'avons vu , emparé de la Dacie , et qui , après que les Ostrogoths eurent eu délaissé la Pannonie, s'étaient répandus sur la rive droite du Danube dans les
1. Voy. Jornandes, c. 5". — Procope , De bello gothico, L. I, c. 1. -Théophane, p. 113. — Dans Valérius, les passages de l'auteur anonyme. «
environs de Sirmium et de Singedun. Leur roi Trafstila , ayant tenté de lui barrer le passage sur les bords de l'Ulca, le moderne Plattensée 1 , perdit une sanglante bataille. Rien alors n'arrêta la marche des Goths au* delà des Alpes juliennes, jusque sur les rives du Lysonzo, où# Odoachar, averti de l'arrivée et des intentions de Théodorich, s'avança à sa rencontre.
Les Ostrogoths restèrent victorieux et poursuivirent 1 ennemi jusqu'à Vérone où il prit position ; les Hérules y furent défaits une seconde fois. Odoachar, contraint de fuir, alla se réfugier dans Ravenne. Théodorich marcha sur Milan, dont il s'empara, et y reçut la soumission de Tufa, maitre de la milice, qui se rendit à lui avec une 11)0. grande partie de l'armée ennemie. Epiphane, évêque de Pavie , vint aussi le trouver , dans l'intérêt sans doute de l'église qu'il représentait.
Tufa sut* si bien s'insinuer dans les bonnes grâces de Théodorich et acquit à un tel point sa confiance, que ce prince lui donua le commandement du corps d'armée qu'il envoya faire le siège de Ravenne.
Mais Tufa qui avait indignement trahi son maître , trahit Théodorich avec la même indignité. Il renoua des relations avec Odoachar , qui se rendit au devant de lui jusqu'à Faenza, et lui livra toutes les troupes qu'jj commandait, et qui, les poings liés, furent conduites prisonnières à Ravenne. Le prince Frédéric qui, sans doute, n'avait pas vu se réaliser les espérances qu'il s'était formées de cette expédition d'Italie, suivit son exemple el passa aussi du côté d Odoachar.
Théodorich , à la nouvelle de celte défection , se renferma dans Pavie et concentra toute son armée dans les principales places de guerre qu'il occupait.