‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 79 sur 123 · Lex Gundebada · texte numérisé non relu

Lex Gundebada

en se promettant l'un et l'autre de vivre en paix. Mais l'ambitieux Glovis ne tint pas parole. Il prit les armes en 507 , au nom de la foi catholique , et fit le vœu, en quittant Paris, d'élever une église aux deux apôtres St. Pierre et St. Paul, afin qu'ils protégeassent cette expédition entreprise contre l'arianisme dont il prétendait purger la Gaule. Son fils Theuderich , que nous nommons Thierry, le suivait, ainsi qu'une division de Francs auxiliaires, que Sigebert, roi de Cologne, lui avait envoyée sous la conduite de son fils Cloderich. Gundebaud, roi des Bourguignons, se déclara aussi pour Clovis.

Alarich concentra son armée dans les environs de Poitiers, où il attendit que les Francs vinssent l'attaquer.

Clovis, après s'être emparé de Tours, où par un nouvel acte politique , il fit de riches donations au tombeau de St. Martin, marcha contre lui, et lui livra aux bords de la Vienne, dans la plaine de Vouillé, une bataille qui fut décisive. Alarich fut tué en fuyant. Quantité de seigneurs de l'Auvergne et de l'Aquitaine, et entre autres Apollinaire, fils du célèbre Sidoine, ensanglantèrent le champ de bataille.

Clovis ne s'arrêta plus qu'à Bordeaux , où il prit ses quartiers d'hiver, laissant à son fils le soin de soumettre le Rouergue, le Quercy et l'Auvergne. L'armée des Goths démoralisée se retira jusqu'à Narbonne où , pour le malheur du royaume , ses rangs se partagèrent en deux partis. Les uns se réunirent autour d'Amalarich, jeune enfant de cinq ans, que le roi avait eu de son épouse Théodikusa, et les autres, sous prétexte que les circonstances étaient trop graves pour que le sort de l'État fût remis entre des mains si débiles, proclamèrent roi Giselich, fils naturel qu'Alarich avait eu, avant d'être marié, d'une dame de sa cour. Amalarich et ses adhérents se sauvèrent

508. en Espagne. Clovis vint à Toulouse au printemps suivant et s'empara de cette capitale et du trésor. 11 laissa à son fils le soin de continuer de chasser les Gothsetalla lui-même mettre le siège devant Angouléme dont il se rendit maître. Arrivé à Tours, il y reçut des ambassadeurs d'Anaslase qui , au nom de l'empereur, lui apportèrent les titres et les ornements de patrice, de consul et même d'Auguste. Orné de la pourpre qu'il revêtit et la couronne en tête, il se rendit ainsi à cheval depuis l'abbaye de St. -Martin jusqu'à la cathédrale, afin de rendre à Dieu des actions de grâces de ses victoires.

Par ce titre de patrice que les empereurs accordaient aux princes de l'Occident, ils voulaient sans doute conserver une apparence de souveraineté sur les pays qui autrefois avaient fait partie de l'empire.

509. Les Golhs furent partout repoussés. Gundebaud, roi des Bourguignons, s'empara de Narbonnc , qu'il livra au pillage ; Giselich se vit forcé de fuir avec le reste de son armée jusqu'en Espagne où il se renferma dans Barcelonne.

L'armée combinée des Francs et des Bourguignons vint alors mettre le siège devant Arles. #

510. Théodorich, qui n'avait pu à temps porter du secours à son gendre et qui avait lui-même à craindre pour la sûreté de ses provinces, prit maintenant les armes au nom de son petit-fils; il envoya au delà des Alpes un corps d'armée commandé par le général Iba. Ces troupes vinrent débloquer la ville d'Arles, et gagnèrent sous ses murs une bataille sanglante, où plus de trente mille Francs et Bourguignons restèrent sur la place. La suite de cette victoire fut la perle de tout ce que les Francs avaient dans la Provence et dans le Langudoc ; Orange , Avignon et plusieurs autres lieux de la Durance furent aussi enlevés aux Bourguignons.

Iba poursuivit Giselich en Espagne, et le réduisit à une telle extrémité que ee prince passa en Afrique, pour demander du secours aux Vandales.

Son arrivée causa assez d'embarras à la cour de Carthage qui, partagée entre ce qu'elle devait à la reine- habituée à se mêler de toutes les affaires de l'État, et par respect pour laquelle on ne pouvait ostensiblement écouter les prières du prince , et entre les intérêts de la couronne , à qui le pouvoir de Giselich devait porter moins d'ombrage que la redoutable puissance de Théodorich tenant dans sa main le sceptre des Wisigoths que son petit-fils ne pouvait encore manier, n'osa ni lui refuser ces secours ni les lui accorder ouvertement. On lui donna de l'argent, pour le mettre en état de remonter son parti, et il reparut en effet bientôt dans l'Aquitaine , où sans doute les Francs, pour susciter des embarras à Théodorich, lui fournirent des hommes et des armes. Mais étant entré sur le territoire espagnol, il fut de nouveau défait par lba, sous les murs de Barcelonne, et pris en fuyant, 511. fut envoyé dans une des forteresses de la Gaule , où il resta en captivité le reste de sa vie.

Théodorich prit alors à lui la tutèle de son petit- fils , et réunit à son sceptre celui des Wisigoths, qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort. 11 retint, pour se payer des frais de la guerre , les villes de Provence qui avaient fait partie du royaume des Wisigoths, et renouvela à ce sujet la préfecture du prétoire des Gaules, qu'il donna avec le titre de palrice à Libérius, un de ses favoris.

Les Francs, par le traité qui suivit, conservèrent l'Auvergne , les deux Aquitaines et la ville de Toulouse ; la Durance redevint la frontière entre les Bourguignons et les Oslrogolhs.

Clovis avait, en 509, porté le siège de son gouverue-

ment dans la cité de Paris , ville si heureusement située au centre de ses États, et qui, déjà à cette époque , était extrêmement commerçante.

La politique de ce prince avait jusqu'alors été ambitieuse , mais franche ; elle devint maintenant , avec l'ambition quelle conserva, perûde et sanglante.

Les diverses tribus franques du Nord et du Rhin, entrées dans la Gaule avec les Saliens, avaient conservé leur indépendance, et nous avons vu Sigebert, roi des Francs ripuaires , dont le royaume embrassait le cours du Rhin depuis Mayence jusqu'au delà de Cologne, et depuis la Moselle jusqu'aux frontières de la Tburinge , s'allier à lui contre les Wisigolhs. Ce royaume subsistait depuis l'époque de Valentinien III, où, comme nous l'avons dit , étaient à la fois tombées sous leurs coups les villes de Mayence, de Cologne et de Trêves. Clovis excita contre le roi le propre fils de ce malheureux prince, ce même Cloderich, qui avait commandé les Francs ripuaires pendant la guerre des Wisigotbs, et qui fit maintenant assassiner son père pendant qu'il chassait dans les vastes forêts du Buchwald ; ensuite , Clovis fit tuer à son tour ce fils indigne, tandis qu'il s'emparait des trésors paternels qu'ils étaient convenus de partager ensemble, et marchant sur Cologne dont il n'eut point de peine à se rendre maître, il se fit élever sur le bouclier par la nation.

Ces Francs ripuaires cependant ne furent point enclavés dans le reste de la monarchie franque et conservèrent leur nationalité, leur nom, leurs lois, soit que leur code écrit ait été promulgué par Sigebert, qui, dans ce cas, dut avoir adopté le christianisme , soit qu'il ne l'ait été que plus lard sous le fils de Clovis.

À côté des États de Sigebert étaient ceux de Chara-

rich et de son fils, dont l'histoire n'a conservé les noms que pour nous apprendre le traitement cruel qu'ils eurent à supporter de la part de Clovis. Pour s'emparer de leurs terres , il se rendit maître par surprise de ces deux princes et les força d entrer l'un et l'autre dans les ordres sacres. Le Gis de Chararich ayant imprudemment exprimé la menace qu'il se vengerait de cet affront, Clovis le fit tuer avec son père. Il usa de la même perfidie envers Raganaire1, roi de Cambray, qui l'avait , comme nous l'avons dit , assisté à la bataille de Soissons, et qui jusqu'alors était resté fidèle à ses anciens Dieux. Sous prétexte de convertir son peuple au christianisme , il corrompit quelques officiers de ce prince, qui le lui livrèrent avec son frère Richard. L'un et l'autre perdirent la tête sur le billot. Tout le peuple fut contraint d'adopter la foi chrétienne que St. Rémi lui prêcha en présence des piques de l'armée. Renomer, roi du Mans, fut ensuite assassiné dans sa propre ville, ainsi que plusieurs autres petits princes et parents de Clovis dont il se défit pour réunir leurs terres à sa monarchie. Par ces coups d'Etat qui ternirent la fin de la vie de ce prince, toutes les tribus franques furent réunies sous le même sceptre.

Après avoir convoqué le synode d'Orléans, le premier concile qui se tint sous les rois francs, et qui fut le dernier acte politique de Clovis , en l'honneur duquel le clergé inventa tant de miracles et qui cependant, comme Constantin, n'embrassa le christianisme que par des raisons d'État il mourut à Paris le 25 novembre 511, également admiré et détesté. Mais les évéques, en haine de l'arianisme , l'avaient favorisé dans ses conquêtes ; la reconnaissance qu'il leur montra, et qui devint la prin-

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