Pré* d'Y en ne et du couvent de St. Maurice
11 y fit nuit et jour chanter les saints cantiques» et par les largesses qu'il fit au couvent et les prières qu'il ordonna, chercha à alléger le poids de sa conscience, et à écarter de lui la vengeance céleste.
Cependant les trois rois de Neustrie, ânimés par la reine Clotilde, veuve de Clovis, que le meurtre d'Hîlperich, son père , avait rendue l'ennemie de toute la race de Gundebaud, prirent les armes sous prétexte de venger
525. cette mort et l'assassinat de Sigerich. Ils entrèrent eu Bourgogne» et livrèrent une bataille à Sigismond et à son frère Gundemar. Sigismond, vaincu, alla de nouveau se cacher dans l'abbaye de St. Maurice. Mais sa retraite fut bientôt découverte, et il en fut arraché par ses propres sujets qui, indignés contre lui, le livrèrent à Clodomir. Le roi franc l'emmena prisonnier avec sa femme et les deux enfants qu'il en avait eus, et les fit renfermer dans un château près d'Orléans.
Gundemar, qui était parvenu à s'échapper, rassembla les débris de l'armée bourguignonne, et profitant du répit que lui laissèrent les Francs, il reprit sur eux la plupart des villes dont ils s'étaient rendus maîtres.
524. Clodomir, pour l'en déposséder, se ligua maintenant avec Thierry, roi d'Austrasie, qui, beau-fils de Sigismond, voulut se mettre en possession d'une partie de ses États. Clodomir, avant de partir, fit mourir Sigismond, sa femme et ses enfants qui , par son ordre , furent précipités dans un puits1. Cette action barbare déplut à Thierry, qui résolut de s'en venger, sans cependant rompre avec son frère. Leurs deux armées firent leur jonction , et vinrent attaquer Gundemar près de Vienne,
1. Leurs corps eu furent plus lard retirés et transportés à St. Maurice où Sigismond est adoré comme un saint.
Dogle
dans la plaine de Véséronce. Clodomir qui, au commencement de l'action , s engagea mal à propos , et que les siens abandonnèrent , gagnés peut-être par Thierry, fut tué par les Bourguignons qui le reconnurent à sa longue chevelure. Ils lui coupèrent la tète qu'ils plantèrent sur une longue perche en vue de toute Tannée. Cet aspect rendit les Francs si furieux, que, fondant avec un nouvel enthousiasme sur les Bourguignons, ils les enfoncèrent et^n firent un affreux carnage.
Cependant Gundemar parvint encore à repousser Thierry et à reprendre la partie de ses Élals que ce dernier lui avait enlevée. Il fut facilité dans cette conquête par le partage que les trois frères de Clodomir firent du royaume d'Orléans, au préjudice des trois fils de ce prince, dont deux furent massacrés, et le troisième, Clodoald, fut renfermé dans un couvent près de Nogent-sur-Seine1.
Mais en même temps Théodorich, roi d'Italie, dont la politique, en présence de ces événements, ne pouvait rester oisive, envoya sur la Durance quelques troupes sous les ordres de Thaluit. Ce général se rendit maître de tout le Sud de la Bourgogne. Il s empara des diocèses de Cavaillon, d'Apt, de Carpentras, d'Orange, de Gap et de Genève, tous évêchés dont les prélats avaient, en 517, assisté au concile d'Épauna, et dont les évêques assistèrent maintenant à celui qui , avec l'assentiment de Théodorich, fut tenu dans la ville d'Arles.
L'Orient avait changé de souverain.
Depuis la chute de l'empire d'Occident,, vers lequel avaient reflué toutes les populations guerrières qui avaient si souvent troublé les provinces de l'Est , Constantinople n'avait plus eu tant à redouter les incursions des Ger- »
• . Il y est invoque sous le nom de St. Cloud.
mains. Cependant les Bulgares, peuple slave venu des rives du Volga, ravagèrent la Thrace en 499, et ne se retirèrent, en 504, qu au prix d une rançon qu'Anastase se vit obligé de leur payer. Ils se rabattirent alors sur la Pannonie. Mais Théodorich les en chassa à son tour par ses généraux , les battit près de Sirmium , et remit toute rillyrie occidentale sous le sceptre du royaume d'Italie.
* Ayant donné Tannée suivante quelques secours à Moudon, prince qui, à la tète d'une tribu d'Huns, saccagea la Macédoine et la Thessalie, et défit même l'armée du consul Sabinîen qui avait marché contre lui, il s'attira le courroux d'Anastase qui , pour user de représailles , envoya contre l'Italie une flotte de cent vaisseaux de guerre et d'autant de légères embarcations, montée par huit mille hommes de troupes qui en devaient piller les côtes.
Cet état d'hostilité se renouvela lors de la révolte que, sous prétexte de s'opposer à l'hétérodoxie des Eutychiens, et de soutenir les dogmes du concile de Calcédoine, le général Vitaliep, Goth de nation et descendant du célèbre Asper, entreprit, en 514, à la tête des Huns et des Bulgares. Théodorich soutint le parti de ce général et lui envoya des secours. Constantinople fut un moment menacé.
L'empereur, pour avoir la paix, fut obligé de céder, de promettre de rappejer les évêques qu'il avait voulu chasser, et de convoquer à Héraclée un concile libre t auquel l'évèque de Rome serait invité de se rendre.
Cependant la réunion des deux églises de Rome et de Constantinople ne put avoir lieu pendant le reste du règne d'Anastase, qui mourut trois ans après en 518. A sa place, Justin, Thrace de nation et originaire d'illyrie , fut mis sur le trône par les soldats de la garde du pré-
toire au préjudice de plusieurs grands seigneurs parents d'Anastase.
Justin renoua , au nom de l'empire , des relations d'amitié avec Théodorich. Il adopta son gendre Eutarich, (ils de Borimond, que le roi avait appelé auprès de lui en Italie, et à qui il avait donné pour épouse sa fille A malasuintba. Il partagea avec ce prince le consulat en 519. Toute dispute religieuse cessa, et il laissa aux sectateurs d'Arius en Orient la même liberté de conscience et de culte que Théodorich laissait aux catholiques en Italie.
Mais en 523 , parut un édit impérial qui retranchait aux Ariens cette liberté, et qui ordonnait la confiscation de toutes leurs églises. La nouvelle de cette persécution fut d'autant plus sensible à Théodorich, qu'il lui fut rapporté en même temps que plusieurs des principaux sénateurs romains avaient noué avec la cour de Constantinople des relations hostiles à son gouvernement et aux Goths. Le patrice Albin fut arrêté sur l'accusation du référendaire Cyprien. Le célèbre Boèce, cet écrivain philosophe , l'un des hommes qui font le plus d'honneur à sou siècle, prit en vain sa défense ; accusé lui-même auprès du prince d'être l'un des chefs du complot , il fut jeté dans les fers et bientôt après mis à mort. Son beaupère Symmaque, qui avait été préfet de Rome et consul, fut décapité à Ravenne.
Théodorich envoya à Constantinople le pape Jean avec 525. l'évêque de Ravenne, celui de Fano, et trois autres prélats et quatre sénateurs.
c Sachez, dit-il entre autres au pontife romain, en de congédiant, que mon intention n'est pas de rester «spectateur oisif de ces événements. Vous n'ignorez pas « que je suis ennemi de toute persécution, et que j'ai non- « seulement accordé aux peuples de l'Italie, mais que j'ai
«encore permis aux Goths de suivre tel culte que leur «conscience préférait ; qu'à ma cour la dispensât ion de> «grâces ou des emplois n'a jamais dépendu de lune ou «l'autre religion ; mais si l'empereur ne peut se résoudre «à changer de sentiment, je me verrai forcé de changer «aussi de conduite. Il peut, à 1 égard de ses coreligion- « naires, prendre telle disposition qu'il lui plaira, quoiqu'il «soit naturel que chaque homme adore la Divinité de «la manière qui lui parait la plus convenable. Mai> «pour ce qui regarde ceux qui suivent la même religion «que moi, je crois qu'il est de mon devoir de les pro- « léger et de leur accorder en cette circonstance les se- «cours dont Dieu permet que ma puissance dispose. Allez «donc, cher évêque, auprès de l'empereur, et en mon nom. «et au vôtre, représentez-lui l'injustice de sa conduite; «je ne doute point que la considération qu'il porle à «votre siège ne lui fasse favorablement écouter vos «prières. »
Jjes instructions du pape étaient d'obtenir de Justin que les Ariens récupérassent leurs églises et leur liberté, et qu'il rat permis à ceux qu'on avait contraints de se convertir au catholicisme , de reprendre leur ancien culte.
Jean obtint de l'empereur le premier point , aûn que les catholiques d'Italie ne fussent point inquiétés; mais il ne put le porter à permetlre que ceux qui avaient été forcés d'adopter les conclusions du concile de Nicée pussent à volonté retourner à l'arianisme. Ce dernier point était celui auquel Théodorich tenait le plus. Au retour de l'ambassade, il conçut quelques soupçons contre le pape et ses alfidés , et il les fit tous jeter en prison , où 526. l'évêque de Rome mourut Tannée suivante, le 18 mai-
A sa place fut élu par les Romains, d'après les désirs
du roi, le pape Félix qu'Athalarich, successeur de Thèodorich, sanctionna.
Car au moment où ce prince allait user de représailles envers les catholiques , il mourut le 30 août à Ravenne.
De tous les souverains que la Germanie donna à l'Occident, nul ne fut doué de qualités plus brillantes que Théodorich. Maître d'un vasle État, comprenant, avec l'Italie,- la Sicile, la Provence, la Rhétie, la Vindélicie, le Norique et une partie de la Pannonie et de laDalmatie ; il rétablit dans ces provinces, par la longue paix qu'il entretint , et qui ne fut interrompue à l'extérieur que dans la Gaule et l'Espagne, les malheurs qu'elles avaient eu à supporter pendant les longues guerres qui avaient précédé la chute de l'empire. Les soins qu'il donna à la propriété , à l'agriculture , aux arts , à l'industrie , et au commerce en général , réparèrent en partie les infortunes du peuple vaincu. Un gonvernement énergique et une fine politique distinguèrent son administration , dont se ressentirent aussi bien ses propres sujets qui conservèrent leurs coutumes , leur langage , leurs armes et leur constitution germanique, que le peuple romain qui, à l'exception de quelques ordonnances que le roi promulgua , continua d'être régi par ses propres lois. Le sénat conserva la même autorité qu'il avait eue sous les empereurs; Rome eut son préfet qui la gouvernait au nom du roi, et par qui étaient réglées toutes les affaires qui avaient besoin de la sanction du sénat ou du peuple. Les Goths, de leur côté, exempts de toute contribution et corvée , mais soldats comme ils l'avaient de tout temps été dans leur patrie, étaient répartis dans les provinces sous des ducs qui , au-dessous d'eux , avaient des millenairc$, officiers dont le nom semble indiquer un com-
mandement de mille hommes qui leur était conûé. C'était à peu près la même répartition qui avait eu lieu en Afrique, chez les Vandales. A côté de ces hautes dignités étaient les comtes qui , distribués dans les différents districts des provinces, étaient chargés de rendre la justice. Cependant la fusion des deux peuples ne fut jamais tentée.
Théodorich, en fondant son État, en prenant , comme roi d'Italie , le pouvoir impérial , vit sans doute toutes les difficultés qu'il rencontrerait à l'essayer. Il dut attendre des circonstances et du temps qu'elle s'opérât. Mais les dernières ne se présentèrent point, et il ne vécut point lui-même assez longtemps pour que , par sa sage administration , il pût atteindre ce résultat.
La postérité ne fut point injuste envers lui , et elle a , comme le Gt son siècle , inscrit son nom parmi ceux des grands hommes , sans oublier les taches que jetèrent sur sa vie le meurtre d'Odoachar et de sa famille, et la sentence si peu clémente qu'il signa d'Albin et de Boèce.
Théodorich laissa en mourant son trône à son petitfils Athalarich , jeune enfant d'environ dix ans, que devaient guider les conseils de sa mère Amalasuinlha. Les dernières paroles que le roi prononça , comme règle de conduite, aux principaux personnages de sa nation qui entouraient sa couche , furent d'être fidèles à leur prince, de s'attacher le sénat et le peuple romain , et autant que possible de se conserver propice l'empereur d'Orient.
Le jeune roi envoya à Rome le comte Sigismer recevoir l'hommage des citoyens de celte ville, et les assurer en son nom de sa bienveillance. Par une circulaire adressée à toutes les autorités dans leurs provinces, il fut partout exigé que les Romains et les Goths se prêtassent mutuellement le serment d'être fidèles au nouveau gou-
vernement. Un ambassadeur fut envoyé à Constantinople, porteur d'une lettre d'Athalarieh , qui priait Justin d oublier les différends qui avaient existé entre lui et Théodorich , et de ne se ressouvenir que des bontés qu'il avait eues pour Eutharich , son père , qu'il avait adopté.
Le sceptre des Wisigoths, que Théodorich avait gardé jusqu'à sa mort , revint alors de droit à son autre petitfils Amalarich , jeune prince de dix-neuf ans qui, peu de temps après, épousa Clotilde, fille de Glovis. Les deux cours de Uavcnne et de Narbonne firent un nouveau traité au sujet de leur frontière , et il fut convenu que le Rhône séparerait les possessions respectives des deux États dans la Gaule.
Cependant le mariage d'Amalarich et de Clotilde fut malheureux. Les deux époux ne purent s'accorder, et il en résulta des scènes qui portèrent la jeune reine à se plaindre des violences de son mari à son frère Childcbert, roi de Paris, dont elle implora la protection.
Ce prince était alors à Clermont, où lavait appelé 331. Arcade, un des sénateurs d'Auvergne, et où il était entré sur le bruit qui s était répandu de la mort de Thierry qui, avec son fils Théodcbert et Clotaire, roi de Soissons, soumettait alors la Thuringe.
Ayant appris le retour de Thierry , qui revenait victorieux , il s'empressa d'en sortir, et vint attaquer Amalarich dans Narbonne. Amalarich, serré de près, fit porter ses richesses à bord de ses vaisseaux pour fuir avec elles vers Barcelonnc. Mais ayant malheureusement perdu un temps précieux , il s'éleva une sédition dans Tannée dont il s'était depuis longtemps attiré la haine, et fut assassiné.
Comme il ne laissait point d enfant, Theudte qui, déjà sous la régence de Théodorich, avait eu le gouvernement du royaume, et qui s'était formé un parti, s'em-
para de la couronne. Il reprit sur les Francs le pays Conquis ; cependant il porta sa cour hors de la Gaule et fit sa capitale de Tolède , ville qui devint alors le siège de la puissance des Wisigoths.
La conquête de la Thuringe fut 1 événement le plus remarquable de cette époque.
Les relations de l'Àustrasie avec ce royaume avaient cessé d'être amicales depuis le temps où Hermannfried , perfide à sa parole , avait refusé de partager avec Thierry les conquêtes que les armes de ce prince l'avaient aidé â faire sur son frère. L'influence de Théodorich avait seule jusqu'alors empêché une rupture ouverte. Le vieux roi étant mort, Thierry prit pour prétexte le refus de ce partage , et s'alliant à Clotaire , roi de Soissons , il entra dans la Thuringe , suivi de son fils Théodebert. Hermannfried avait , de son côté , fait les plus grands préparatifs de défense. Mais après une campagne vivement disputée! il perdit sur les bords de 1 Uostrut , rivière qui prend sa source dans l'Eichsfeld et se jette dans la Saal, une bataille qui décida sa défaite et sa fuite.
Cependant il échappa à la poursuite de ses ennemis.
Thierry, rentré dans ses États, renoua avec lui des négociations et lui envoya des présents ; il sut à tel point se remettre dans sa confiance , qu' Hermannfried , à son invitation , se rendit auprès de lui à Zulpich pour traiter de la paix définitive. Mais un jour qu'il se promenait avec le roi franc sur les remparts de celte place, il tomba du haut des murailles dans les fossés et se tua dans sa chute. Y fuUil précipité par Thierry ou par Théodebert (car l'un et l'autre en furent accusés) 1 ? c'est
1. Mulii adferunt , Theoderici in hoc dolum manifettissime patvisx Grég. de Tours , L. III , c. 8. lUe (Hermenfridui) a Theudeberto , filin liieuderiri, interfectus «/ , etc. Fretlegarii Kpitom., c. T>?i.
•ogle
ce qu'il n'est pas possible d'éclaircir. La conduite que tint Thierry après la mort d'Hermannfried, permet toutefois de penser qu'il ne fut pas étranger à ce meurtre dont les résultats furent la conquête définitive de la Thuringe, au sein de laquelle il rentra à la tête de son armée, et d où l'ambitieuse reine Amalaberga se vit obligée de fuir 534. devant lui avec ses enfants.
Par cette conquête et le tribut qu'il imposa ensuite aux Variniens1 et aux Saxons, la plus grande partie de la Germanie, depuis les rives du Danube jusqu'à l'Elbe, fut soumise à la domination des Francs. Clotaire n'eut pour sa part que le butin et les prisonniers parmi lesquels se trouvèrent Amalafried et Radegonde , enfants de Berthar, dont les mal heurs- devaient plus lard éclater.
Radegonde, par sa beauté naissante, enflamma à la fois le cœur des deux rois , qui cependant laissèrent au sort à décider de sa possession. Il se prononça en faveur de Clotaire. Mais ce prince , dont tant d'amours occupèrent la vie, ne put la rendre heureuse, et il y eut bientôt entre les deux époux des orages qui Gnirent par causer la mort d' Amalafried que le roi fit injustement décapiter, et par provoquer l'exil de la reine. Elle prit le voile à Noyon et se retira à Poitiers , où elle fonda le célèbre couvent de la Sainte-Croix dont elle fut la première abbesse , et où , après une vie de douleur et de larmes, elle mourut dans un âge avancé (13 août 587.)
1- Selon le récit de Procope, leur roi Radigis avait demandé la main d'une princesse anglo-saxonne. Mais, quoique déjà fiancé avec «Ue, il épousa la fllle do Thierry. L'héroïne saxonne vint avec uno flotte sur les côtes de la Germanie , surprit son infidèle dans un bois el le força de l'épouser et do renvoyer sa rivale. Thierry vengea sa fille en soumettant la nation.