‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 87 sur 123 · C'est aujourd'hui la province de Constantine · texte numérisé non relu

C'est aujourd'hui la province de Constantine

3. Partagée elle-même en deux provinces , la proccmnUaire , dont Carthage était la capitale , et la Byzacéne , ainsi nommée de son che flieu Dyzacc.

4. Elle s'étendait depuis la province d'Afrique jusqu'à la CyrénaYqoc

sieurs de ses proches , n'acquit guère d'autre célébrité que celle que lui attirèrent ses persécutions contre l'Église catholique. Son épouse Eudoxie l'abandonna en 472 , et s'enfuit à Jérusalem où elle mourut la même année. Lui-même cessa de vivre en 484. La couronne passa alors à Gundamond, l'aîné de ses frères, d'après l'ordre de succession introduit par Geiserich , qui avait stipulé que le sceptre des Vandales devait toujours être porté par le prince le plus âgé de la famille royale.

Gundamond régna à la. même époque où Odoachar régna en Italie. 11 mit fin en 494 aux persécutions contre les catholiques, leur rendit leurs églises, et permit aux évéques qui avaient été chassés de revenir prendre possession de leurs sièges.

A ce prince succéda , en 496 , son frère Trasimond , roi dont les auteurs ses contemporains ont vanté l'esprit et qui, comme nous l'avons dit, en parlant de Théodorich, épousa Amalafrida, sœur de ce prince.

Les discussions religieuses recommencèrent sous' son règne , et le remplirent. Plusieurs prélals furent exilés en Saçdaigne. Les Vandales qui, en sortant des forêts germaniques, avaient signalé leur passage à travers l'empire romain par tant d'énergie et de valeur, amollis maintenant par la civilisation et le luxe qu'elle leur avait donné , tombèrent, au milieu de ces disputes théologiques, dans un énervement qui fut le précurseur de leur ruine. Peu avant la mort de Trasimond, ils essuyèrent les plus grandes pertes de m part des Maures de Tripoli, qui se révoltèrent.

Hilderich succéda à ce prince en Fan 523. Fils d'Hunerich, il avait, après la mort de son père, résidé quelque temps à Constantinople où il avait visité les parenls de sa mère, et s'était lié d'amitié avec Justinien, qui déjà alors jouait le plus grand rôle à la cour de Justin.

La politique changea avec les nouvelle» idées que ce prince, déjà âgé et le moins guerrier de tous les rois qu eurent les Vandales, avait puisées dans la capitale de TOccident. Quelques écrivains ont même prétendu qu'il avait adopté le catholicisme.

Quoi qu'il en soit , il rappela de leur exil les évèques catholiques et leur permit de s'assembler en conciles, aûn de régler de nouveau les affaires de leur église.

Le commencement de son règne Tut troublé .par la levée de boucliers qu entreprit la reine Amalafrida , soutenue par les Goths qui l'avaient suivie d'Italie, et qui, ayant trouvé un appui chez les Maures, toujours remuants et prêts à saisir chaque occasion de se soulever contre les étrangers, chercha à se faire un parti. On en vint aux mains près de Capsa , ville de commerce alors importante dans la province de Byzace. Mais le sort fut contre elle; la plupart des Goths restèrent sur la place, et elle-même bit faite prisonnière et retenu* captive jusqu'à sa mort.

En 529 eut lieu une seconde guerre contre les Maures de la Byzacène. Le vieux roi , d'un caractère doux, et paisible, impuissant à porter les armes, avajt confié le commandement de l'armée à son neveu Hoamer, homme d'une bravoure éprouvée, qui cependant, malgré ses talents militaires, fut vaincu par eux. Les malheurs de cette guerre furent sensibles aux Vandales , et la honte que leur causa leur défaite fut mise à profit par Gélimer. cousin du roi 1 et son futur successeur ; soule^mt contre le roi la nation , il se fit proclamer à sa place , s'empara de Carthagc , et parvint à se saisir d'Hilderich et de ses

1. Il élait fils de Gilaris, frère des deux rois Gundamond el Tratimond.

deux cousins, Édéraer et Hoanier, auquel dernier il lit crever les yeux (530).

Hilderich avait toujours entretenu les relations les plus amicales avec Juslinien qui , fait César par Justin affaibli par l'âge, et associé peu de temps après par lui à ' l'empire, avait, en 507, succédé seul à ce prince avec* son épouse Tbéodora. Soit qu Hilderich , comme il en fut accusé à la face de sa nation par Gélimer, eût noué des relations hostiles contre son peuple avec l'empereur et eût eu l'intention de faire tomber sur lui la couronne, des Vandales, au préjudice des membres de sa famille, soit que cette accusation ne fût inventée par Gélimer que pour servir ses projets ambitieux et rendre Hilderich plus odieux à ses sujets, toujours est-il que Justinien prit fait et cause pour ce prince, et envoya une ambassade à Gélimer pour le sommer de relâcher son légitime souverain.

La réponse de Gélimer n'ayant pas été favorable , Justinien, qui déjà sans cela avait pris la résolution d'extirper les restes du paganisme , et de sévir surtout aussi contre les hérétiques et principalement contre les ariens , saisit cette occasion pour porter par ses généraux la guerre en Afrique. En vain les grands de l'empire et le préfet du prétoire se déclarèrent dans le conseil contre cette expédition et tentèrent d'en détourner l'empereur ; Juslinien , pour mieux pouvoir agir contre l'Afrique , fit la paix avec les Perses, et par un double traité avec 535. Amalasuintha et Theudis , il se fit ouvrir les ports de la Sicile et de l'Italie , et tous ceux que les Goths possédaient sur la Méditerranée , dans la Gaule et dans l'Espagne.

Deux révoltes éclatèrent à la même époque ; l'une à Tripoli , qu'un ancien sujet romain , du nom de Pudence, souleva contre l'autorité des Vandales ; et l'autre dans l'ile

de Sardaignc que Gélimer avail , sous la condition d'un tribut annuel, confiée à Godar, Goth de nation, et que ce chef audacieux , qui prit le titre de roi , tenta de mettre sous sa propre dépendance. L'un et l'autre envoyèrent demander des secours à Justinien.

* L'empereur confia le commandement de l'expédition à Bélisaire, maître de la milice d'Orient, que ses victoires, ses vertus , et plus tard sa disgrâce ont rendu si célèbre.

La flotte, composée de cinq cents vaisseaux de transport, servis par vingt mille matelots, et de quatre-vingtdouze dromones ou vaisseaux de guerre, conduits par deux raille rameurs , portait une armée de terre de cent mille hommes d'infanterie et de cinq mille chevaux, en partie romains et en partie troupes auxiliaires.

Bélisaire était porteur d'un manifeste adressé par Justinien aux Vandales, afin de justifier le but de l'expédition qu'ils ne devaient point regarder comme une rupture de la paix jurée par l'empereur Zénon , mais comme uniquement entreprise dans l'intérêt de leur légitime souverain.

La flotte, sortie des eaux du Bosphore, se dirigea vers la Sicile où, en vue des côtes, le général envoya à Syracuse son secrétaire Procope 1 prendre des renseignements sur la situation des Vandales; elle alla jeter l'ancre dans Camarina. Au retour du secrétaire qui lui rapporta que le roi, loin de s'attendre à être attaqué sur le sol africain, n'avait pris aucune disposition pour la sûreté des côtes , Bélisaire fit remettre à la voile, et touchant les Iles de Gozzo et de Malte, aborda le lendemain à Caputuada. située à cinq journées de marche au Sud de Carthage.

Le débarquement s'opéra sans la moindre résistance.

1 L'historien.

by VjOOqIc

Gélimcr avait, peu de temps auparavant, envoyé son frère Tzazo en Sa nia igné, avec un corps d'armée considérable ; il venait d'expédier une ambassade à Theudis, roi des Wisigoths , pour proposer à ce prince un traité d alliance. Lui-même se trouvait alors à Hermionc, ville de la province de Byzace , où il apprit en même temps le débarquement des Grecs, et la prise de Leptis et d'Hadrumète.

Il envoya aussitôt Tordre à son frère Ammatas, qu'il avait laissé à Carthage , de faire tuer Hilderich et les principaux de ses adhérents , et avec les troupes dont il disposait de marcher au-devant de l'ennemi, tandis que lui-même, avec les corps auxquels il avait à la hâte donné l'ordre de se rassembler, il inquiéterait ses derrières. Il détacha en route son neveu Sibamond , qui , avec ses troupes, devait prendre l'ennemi en flanc. Le rendez-vous général fut assigné près de Carthage, au delà de Decina , où les montagnes en se rapprochant , forment un défilé que l'armée impériale devait traverser.

Mais Ammatas s'avança imprudemment sans que la colonne qui devait sortir de Carthage et le suivre, pût le soutenir; il paya de sa vie cette témérité. Sibamond, de son côté , rencontra dans sa marche une division d'Huns auxiliaires qui le mit eri fuite.

Non soutenu par ces deux généraux, Gélimer qui s'approchait avec le gros de l'armée, craignit de s'aventurer, et sans inquiéter l'armée romaine dans le passage du défilé, où la victoire eût facilement pu lui rester1, il se replia sur Bulla, aux frontières de la Numidie. Bélisaire s'avança donc sans résistance jusqu'à Carthage, dont les portes lui furent ouvertes par les habitants. 11 se contenta

• Au rapport de Procopc.

de désarmer les Vandales qui s'y trouvaient, et qui, sans chef et incapables de défendre la place, s'étaient tous réfugiés dans les églises. 11 vint prendre possession du palais, où tout avait été préparé pour la réception du roi, et où les tables avaient été dressées pour le festin royal qui servit au vainqueur.

En même temps la flotte qui avait suivi les côtes entrait dans le port dont les chaînes qui en défendaient rentrée venaient d'être baissées.

La ville fut aussitôt remise en état ; ses muraillles forent réparées. Bélisaire en épargna autant que possible les habitants, dont un grand nombre descendait de provinciaux romains ; il chercha aussi à s'attacher les chefs des Maures qui habitaient la Mauritanie , la Numidie et la Byzacène. Les empereurs leur avait toujours envoyé, sous la domination romaine, les insignes de leur dignité consistant en un bâton de commandement en vermeil . une espèce de couronne d'argent entouré de bandelettes du même métal, un manteau blanc qu'une agrafe d'or retenait sur l'épaule droite, et une chaussure brodée en or. Les rois vandales s'étaient aussi fait un devoir de leur envoyer ces ornements. Bélisaire leur fit parvenir ces objets au nom de l'empereur Justinien , en y ajoutant d'autres présents en argent, afin d'acheter d'eux , sinon leur coopération, du moins leur neutralité.

Tzazo, après avoir, avec la plus grande énergie, dompté la révolte de la Sardaignc, repassa en toute hâte en Afrique et vint trouver son frère à Bulla. Ils concentrèrent sur ce point tout ce qu'ils purent réunir de troupes des différentes provinces, et se préparèrent à faire le siège de Cartbagc. Mais Bélisaire les prévint, et marchant à leur rencontre , il leur livra près de Tricamara une bataille où, dés le commencement de l'action, Tzazo fut tué. (fc-

limer, repousse, se retira dans son camp, d'où la nuit suivante, accompagné seulement de quelques personnes de sa maison, il prit la fuite vers la Numidie.

L'armée à qui il n avait laissé aucun ordre, abandonnée et sans chef, se débanda dans tous les sens, laissant aux impériaux l'entrée du camp et les immenses richesses qu'il contenait. Tout ce qui résista fut tué ; les femmes et les enfants furent faits prisonniers. A la suite de cette victoire qui fut si peu disputée, toute la province d'Afrique fut reconquise à l'empire.

Gélimer s'était sauvé chez une tribu de Maures alliés, dans les montagnes de Papoue, où, sur un roc inabordable, s'élevaient les murs d'une ancienne cité du nom de Médène. Bélisaire envoya d'Hippone le général Pharas qui commandait les Hérules auxiliaires, faire le blocus de cette place. Lui-même, suivant la côte, s'empara successivement de Césarée, de Ceuta et des autres villes maritimes, et soumit par ses lieutenants les Iles de Corse, de Sardaigne et les Baléares.

Pharas serra de si près la forteresse que tout espoir de secours fut bientôt enlevé à Gélimer. 11 avait toujours pensé pouvoir quitter la terre d'Afrique et se réfugier en Espagne, où il avait, sous la garde d'un homme de confiance, envoyé en avance ses trésors. Mais le vaisseau qui les portait tomba au pouvoir des croisières impériales. Après trois mois de blocus, la famine se fit sentir dans la ville, et le chagrin du prince prit tellement le dessus que, ne pouvant plus longtemps résister, il consentit enfin à accepter les conditions que lui fit le vainqueur, et se soumit à la nécessité daller vivre d'une pension en Orient.

Bélisaire l'emmena à Gonslantinople, où le général fit une entrée triomphale qui rappelait celle dont l'an-

cicnne Rome avait été témoin après la prise de Carthage par Scipion, et celle de Marius après la défaite de Jugurtha. Gélimer, couvert de la pourpre , suivit le char du vainqueur, ainsi que lous les autres membres de la famille royale des Vandales. Arrivé dans le cirque où Justinien et Théodora étaient assis au milieu de leur cour, à la vue de toute la pompe, de tout le luxe qui les entourait, il ne put s'empêcher de laisser échapper cette exclamation du roi-prophète : « Vanité des vanités, tout n'est que vanité!» paroles que, dans la situation où il était, après être tombé du faîte des grandeurs, l'expérience du malheur lui faisait prononcer. Devant lé trône de l'empereur, il fut obligé de se défaire de la pourpre, de se jeter à genoux , comme les autres sujets de l'empire, et de courber le front jusque près du sol, salut que se faisaient rendre alors les empereurs chrétiens de Constantinople. Cependant, on le traita ensuite avec égard» et il reçut des biens considérables dans la Galatie où il vécut avec sa famille. Le% filles d'Hilderich restèrent à la cour, où elles jouirent des prérogatives attachées à leur rang, en considération de leur mère Eudoxie, fille de Valentinien III. On distribua dans les différentes villes de rOrient les prisonniers vandales, auxquels fut donné le surnom de Justinianiens, et qui rendirent de grands services à l'empire aux frontières des Perses. Ceux qui, au nombre de quelques mille , étaient parvenus à s'échapper dans les montagnes, se confondirent parmi les Maures, aux révoltes desquels ils prirent part sous Stotzas et plus Lard sous Gontharis; ils finirent par perdre leur nationalité , au point que leur nom même disparut de l'Afrique.

Tandis que le royaume des Vandales s écroulait ainsi, après un siècle de durée, dans la Gaule tombait aussi celui des Bourguignons.

Thierry, roi d'Austrasic, était mort.

A sa place avait été élevé sur le bouclier son fils Théodebert qui, déjà un an auparavant, .avait reconquis sur les Wisigolhs le Vélay, le Rouergue et le Gévaudan. En vain ses deux cousins Ghildebert et Clotaire se liguèrent contre lui, et firent même des préparatifs pour lai disputer sa couronne. Fort de l'amour du peuple, Théodebert marcha contre eux , et ils se réconcilièrent sans en venir aux mains. Gbildebert, qui n'avait point d'enfants, l'adopta même pour son fils.

Les trois rois réunirent alors leurs forces contre Gundemar, roi des Bourguignons , que leurs haines de famille poursuivirent de nouveau. Vaincu par eux , il termina sa vie dans une étroite captivité. Sa prison et sa mort mirent , fin au royaume de Bourgogne qui avait duré dans la Gaule cent vingt ans, et dont les trois princes partagèrent alors le territoire, en laissant toutefois aux Bourguignons leurs biens, leurs lois et leurs coutumes , sous la condition de servir les Francs dans leurs guerres et de leur payer un certain tribut.

Pendant que ces événements se passaient en Afrique et dans la Gaule, l'Italie, par la mort du jeune Athalarich, se trouva à la veille d'une révolution non moins importante.

Amalasuintha, en prenant, à la mort de Théodorich, les rênes du gouvernement au nom de son fils alors âgé d'environ dix ans, avait d'abord donné les soins les plus diligents à son éducation. Elle avait cboisi , pour le guider, trois hommes de sa nation, d'un âge avancé, dont les talents , la sagesse , l'expérience , devaient former le cœur et l'esprit du jeune prince. Mais cette éducation , trop efféminée au sentiment des Golhs, excita les murmures de la cour. La régente reçut à ce sujet des repré-

sentalions si impérieuses , qu elle se vit forcée de céder au vœu public et, au lieu des vieux précepteurs dont son (ils était entouré , de le remettre aux mains de jeunes hommes qui devaient le former aux exercices qui font le guerrier, seule qualité que les Goths exigeaient dans leur roi. Mais ce fut pour le malheur du prince , qui trop tôt émancipé et entraîné par ses courtisans à des orgie* de boissons et de femmes, auxquelles «on tempérament ne put résister, ne tarda pas à en sentir les suites , et mourut d'une mort prématurée à l'âge de dix-huit ans.

Amalasuintha avait jusqu'alors régi l'État avec sagesse et fermeté. Les tentatives d'Innocent II pour soustraire l'Église romaine à la nécessité de faire sanctionner i par les rois goths l'élection du souverain pontife , droit, du reste, que ces monarques ne s'étaient point arrogé, mais qu'ils avaient trouvé consacré avec tous ceux dont avaient joui les empereurs romains, échouèrent devant ses énergiques représentations. Le pape ayant fait nommer dans un synode le diacre Vigile pour son successeur, fut obligé de faire ses excuses à la cour et, dans un autre synode, de révoquer cette nomination.

Cependant Amalasuintha n'était point parvenue à se rendre populaire. Elle le sentait si bien que, déjà du vivant de son fils , pressentant la fin prochaine du jeune prince, elle avait, en cas d'infortune, fait demander au gouvernement de Constantinople un asile qu'on lui avait accordé. Toutefois l'ambition la retint au pouvoir ; mais craignant que la susceptibilité des Goths ne se soulevât contre l'autorité d'une femme, elle résolut de s'associer au royaume son cousin Théodéhat, frère de la reine Amalabcrga. Quoiqu'elle eût des raisons pour se défier de ce prince après les intrigues que, pendant qu elle était régente, il avait joué à Constantinople pour se mettre en possession

de la Toscane, et la rancune qu'il lui avait montrée pour avoir été forcé par elle à rendre à leurs possesseurs quelques biens dont il s était violemment emparé, elle le fit venir à Ravcnne, et reçut de lui le serment, qu'eu acceptant le titre de roi , il ne ferait cependant jamais rien sans la consulter. Théodéhat était déjà d'un âge avancé. C'était un de ces hommes qui se disait philosophe , pour s'être mêlé de quelques disputes théologiques , et avoir lu la philosophie de Platon , mais qui , pervers et sans foi , ne fut pas plutôt associé au pouvoir, que, soulevant contre la reine la faction dont il s'était fait le chef, il la fit arrêter et conduire dans une ile du lac de Bolséna , où , peu de temps après il la fit étrangler dans un bain.

Il envoya aussitôt auprès de l'empereur Justinien les deux sénateurs Libère et Opilion , afin de justifier cet acte de violence.

Mais la cour de Constantinople , heureuse de trouver cette occasion de recouvrer l'Italie , et à qui la fin des hostilités en Afrique permettait de disposer de toutes ses forces, ne se laissa pas si facilement apaiser. Elle donna un manifeste par lequel elle se reconnaissait contrainte, par devoir, de venger la mort de la reine. Justinien envoya Mundus, maître de la milice, s'emparer de la Dalmatie et 535. de Salone. En même temps Bélisaire„fait consul cette même année , sortit avec une escadre montée par sept mille hommes de débarquement pour tenter un coup de main sur Syracuse et la Sicile. Des ambassadeurs furent envoyés aux rois francs dans la Gaule, porteurs de lettres de l'empereur, qui leur annonçait que les Golhs, s'élant par la force emparé de l'Italie , dont ils avaient constamment refusé depuis de sortir, et ayant donné à la cour de Constantinople de graves motifs de mécontentement, il était

résolu de leur faire la guerre ; qu'il espérait qu'en leur qualité de catholiques et de proches parents d'Amalasuintha, ils uniraient leurs efforts aux siens pour venger à la fois cette reine et combattre l'arianisme.

11 leur fournit en même temps des subsides, avec promesse de leur donner plus tard une plus forte somme d'argent dès qu'ils auraient pris les armes.

Théodéhat , en présence de tant de dangers , chercha par des négociations à détourner le coup qui le menaçait. Le pape Agapet fut envoyé à Conslantinople ; le sénat romain, influencé par le roi , écrivit à Justinien pour le supjplier d'épargner à l'Italie le fléau de la guerre. Des ambassadeurs partirent chargés de faire à l'empereur les propositions les plus avantageuses. Déjà Théodéhat était prêt à renoncer à la couronne, lorsque les nouvelles qu'il reçut de quelques succès obtenus par les Goths dans la Dalmatie, lui firent changer d'avis. Il envoya son gendre Ebremulh à la tête d'un corps d'armée occuper les environs de Reggio , afin de veiller à la sûreté de* 536. côtes , et d'empêcher Bélisaire , qui s'était sans effort emparé de Syracuse et de Palerme , de faire une descente en Italie. En même temps , il fit faire aux rois francs la proposition de leur céder le pays occupé par les Ostrogoths dans la Gaule , et de leur fournir une grosse somme d'argent s'ils voulaient s'allier avec lui. Mais son gendre le trahit et passa aux impériaux. Bélisaire se rendit donc maître sans peine de toute la Fouille et de la Calabre. Naples , où les Goths avaient une forte garnison , et dont les habitants leur étaient en majeure partie dévoués, fut assiégée, prise d'assaut et livrée au pillage, pour servir d'exemple aux autres villes qui tenteraient de résister.

Cette défection d'Ebrcmuth souleva les Goths contre Théodéhat. On l'accusa d'être d'intelligence avec son

gendre, et de vouloir livrer l'Italie aux Grecs avec lesquels il avait lié des relations. Les principaux chefs de l'armée se réunirent à Terracine , le déclarèrent indigne de régner, et élevèrent à sa place sur le bouclier le général Vitigès1, qui autrefois s'était acquis une grande réputation militaire dans les guerres de Théodorich contre les Gépides.

Théodéhat, à cette nouvelle, quitta Rome précipitamment pour se réfugier à R a venue. Mais il fut arrêté en route et mis à mort par les gens que Vitigès mit à sa poursuite. Le nouveau roi vint à Rome, où il s'empara de Théodégiséle , Gis de Théodéhat. Il se fit prêter serment d'obéissance par le pape Sylvére, par le sénat et par le peuple, et laissant dans la ville une garnison de quatre mille Goths sous le commandement de Leudère , dont les talents et le zèle avaient toute sa confiance, il se rendit en hâte à Ravenne , afin d'y constituer le nouveau gouvernement.

Là , son premier acte fut de répudier sa femme , et de forcer la princesse Malhasuintha, fille d'Eutharicb, à lui donner sa main. Les trésors que Théodéhat avait cachés dans l'île du lac de Bolséna et à Orvietto, servirent à réorganiser le service public. Vitigès euvoya une ambassade à Justinien , qu'il avait autrefois connu avant qu'il ne fût empereur, pour le prier de déposer les armes, vu qu'il avait vengé la mort d'Amalasuintha et qu'il venait d'élever sur le trône la fille de cette reine. Mais, d'un autre côté, ri n'en continua pas moins ses préparatifs de défense , et il exécuta les conditions du traité que Théodéhat avait proposé aux rois* francs. Cet acte politique lui permit de

1 inter procinctuales gladios , more majorum , scuto suppo-

.... etc. Manifeste de Vitigès dans les Variarum de Cassiodore, L- X, ép. 31.

retirer de la Provence toutes les troupes qui s'y trouvaient. Toute la partie de la Gaule, comprise entre le Rhône, les Alpes et la Méditerranée, fut donc cédée aux Francs, ainsi que la partie de la Rhétie que Théodorich avait autrefois assignée aux Allemanes qui, après la perte de la bataille de Zulpich contre Clovis, n avaient point voulu se soumettre à ce prince avec le reste de leur confédération. Toute rAllemanie fut alors réunie sous la suzeraineté de Théodebert , roi d'Austrasie. Les Francs promirent de fournir un contingent de troupes levées parmi les nations de la Germanie quijeur étaient soumises, ne pouvant, d'après les traités. qui les unissaient à l'empire d'Orient, prendre eux-mêmes fait et cause dans celte guerre^

Bélisaire laissa des garnisons dans Naples et dans Cume , les deux seuls points fortifiés de la Campante , et marcha sur Rome.

Le bruit de son approche répandit l'épouvante dans cette grande ville , dont les habitants craignant , s'ils résistaient, le sort de Naples, et influencés par le pape Silvère, envoyèrent des députés au-devant du général, afin de traiter avec lui. Les Goths, restés dans la place, étaient en trop petit nombre pour pouvoir s'opposer à la population. Ils n'osèrent résister. On leur permit toutefois de se retirer avec armes et bagages, et ils sortirent de Rome par la porte Flaminienne, en même temps que les troupes de Bélisaire entraient par la porte Asinariennc. Le commandant Leudère, qui regardait la cause des Goths comme perdue , fut le seul qui resta. 11 fut envoyé à* Constantinople avec )a*députation chargéc de porter à Justinien les clefs de la ville.

Les impériaux se répandirent jusqu'à Pérouse et dam la Toscane.

Cependant Vitigès, trompé dans la confiance qu'il avait mise dans les Romains, et qui vit trop tard la faute qu'il avait faite en délaissant Rome, résolut de se rendre de nouveau maître de cette ville. 11 envoya dans la Dalmatie Asinaire et Uligisale , chargés de contenir les secours que pourraient envoyer les impériaux , et avec le gros de l'armée que Procope fait monter à cent cinquante mille hommes , il s'avança par la Sahinie jusqu'aux portes de la capitale.

Les soldats qui gardaient le pont du Tibre , surpris par les avant-postes, prirent la fuite sans combattre et en laissèrent libre le passage. Vitigés partagea son armée en six corps ; ne pouvant former un cordon tout autour de la ville , il en cerna toute la partie qui s'étendait depuis la porte Praenestine jusqu'à la porte Flaminienne. Les aqueducs furent coupés. Tout ce que l'art des sièges, à cette époque, offrait de ressource fut mis en usage par les Goths pour se rendre maîtres des murs. Pendant un an, ils dirigèrent contre eux leurs efforts, et employèrent tantôt la ruse, tantôt la force des armes pour s'emparer de Tune ou de l'autre porte. Soixante-neuf fois les deux partis en vinrent aux mains , soit dans des sorties, soit dans des assauts. Les assiégeants eurent à souffrir les privations les plus cruelles. Au milieu de ces combats , eut lieu la déposition du pape Sylvère , accusé par Bélisaire de tenir le parti des Goths, mais qui plutôt tomba de son siège par les intrigues de Vigile, qui acheta de l'impératrice Théodora la chute de son rival et sa propre élection.

Le manque de vivres se fit à la fin sentir dans le camp, non moins que dans la ville où les murmures du sénat et du peuple éclatèrent contre l'empereur. Mais des secours étant arrivés à Naples, et par les dispositions que

SI

prit Béiisaire , étant heureusement entrés à Rome, en partie par Ostie et le Tibre , en partie par terre , fe ravitaillement de la place donna aux assiégés une nouvelle énergie, en même temps que le découragement se mit dans le camp des assiégeants. Les récoltes avaient manqué dans toute l'Italie. La flotte impériale , maîtresse de la mer tyrrhénienne , écartait des côtes tout vaisreau. Vitigès, voyant l' impossibilité de poursuivre le siège, tenta la voie des traités.

Mais déjà il ne s'agissait plus chez les impériaux de venger la mort d'Amalasuintha ; c'était 1 évacua tioo de la péninsule qu'ils exigeaient. Vitigès proposa d'abandonner à l'empire flapies, le Bru tin m1 et la Sicile, et de payer un tribut annuel. Mais Béiisaire refusa; la seule concession qu'il ût au roi, fut de lui accorder une suspension d'armes de trois mois , afin de lui permettre d'envoyer une ambassade à Constantinople , et de traiter lui-même avec l'empereur.

Cette trêve n'amena cependant aucun résultat.

La disette parmi les Goths ne fit qu'augmenter, au point qu'ils se virent obligés, faute de vivres, d abandonner Àlbe, Gentum cellas 2 et Porto.

Le terme s étant écoulé sans qu'une réponse de Coqslanlinople fût venue, les hostilités recommencèrent. Vitigès redoubla de ruse et d'activité pour se rendre maître de la place. Mais toutes ses tentatives échouèrent ; les nouvelles qui lui parvinrent de Rimini et de Ravenne le 558. contraignirent enfin de lever le siège et de se replier avec (nwr».) armée Ycrs ces deux points menacés.

Béiisaire avait donné l'ordre au général Johanni d'en-

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