LIVRE DIX-SEPTIÈME
avec indignation. Le sentiment désintéressé de l'antique vertu républicaine éle\ ait le cœur de ces jeunes liommcs au-dessus de ces viles tentations. On pou- ^ait les séduire par la gloire, par la compassion, jamais par Tor.
(juadet à ^ingl ans était déjà orateur politique. Son opposition mordante lui avait fait refuser longtemps le titre d'avocat au parlement de Bordeaux. Plus tard sa parole l'y rendit célèbre. Sa célébrité le désigna au parti populaire. L'élection l'arracha à la vie privée et à l'amour d'une jeune femme qu'il venait d'épouser. Le mouvement politique l'entraina à la tribune nationale. Moins splendide que celle de Vergniaud, sa parole frappait des coups également terribles. Aussi honnête mais i)las âpre, on l'admirait moins, on le craignait plus. Le roi, qui connaissait l'ascendant de Guadet , désira se l'attacher par la confiance, cette séduction des cœurs généreux. Les Girondins flottaient encore entre la monarchie constitutionnelle et la république. Dévoués à la démocratie, ils étaient prêts à la servir sous la forme qui leur assurerait le plus vite sa direction.
Guadet consentit à une entrevue secrète aux Tuileries. La nuit couvrit sa démarche : une porte et un escalier dérobés le conduisirent dans un appartement où le roi et Marie-Antoinette l'attendaient seuls. La simplicité et la l)onhomie de Louis XYl triomphaient au premier abord des préventions i)o-
litiqiics des hommes droits qui l'approcJiaient. Il accueillit Guadet comme on accueille une dernière espérance. Il lui peignit l'horreur de sa situation comme roi, et surtout comme époux et comme père. La reine versa des larmes devant le député. L'entretien se prolongea longtemps dans la nuit. Des conseils furent demandés, donnés, non suivis peutêtre. La bonne foi était des deux côtés dans les cœurs, la constance et la fermeté de résolution n'y étaient pas. Quand Guadet voulut se retirer, la reine lui demanda s'il ne désirait pas voir le Dauphin ; el prenant elle-même un flaml>eau sur la clicminée, elle le conduisit dans un cabinet où le jeune prince était couché. L'enfant dormait. Les charmes de sa hgure, son sommeil tranquille dans ce palais troublé , cette jeune mère , reine de France, se couvrant, pour ainsi dire, de l'innocence de son fils pour exciter la commisération d'un ennemi de la royauté, attendrirent Guadet. Il écarta de la main les cheveux qui couvraient le visage du Dauphin, et l'embrassa sur le front sans le réveiller, a Élevez -le poui" la » liberté, madame, elle est la condition de sa vie, » dit Guadet à la reine, et il déroba quelques larmes sous ses paupières.
Ainsi la nature prévaut toujours, dans le cœur de l'homme, sur l'esprit de parti. Étrange spectacle donné à l'histoire par la destinée, dans cette chambre; où dort un enfrtnt, et qu'éclaire de sa propre