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d'action, et qui donnaient aux événements le temps d'éclorc et d'enfanter une résolution décisive.
Aussitôt que le peuple fut maître du château, les cris de victoire pénétrèrent du dehors par toutes les issues dans la salle. L'Assemblée se leva en masse et s'associa au triomphe du peuple par le serment de maintenir l'égalité et la liberté. De minute en minute, des hommes du peuple, les bras nus, les mains sanglantes , le visage noirci de poudre , entraient aux applaudissements des tribunes , s'avançaient à la barre, racontaient en paroles brèves les perfides embûches de la cour, qui avait attiré les citoyens par des apparences de trêve sous le feu des Suisses pour les immoler. D'autres, montrant du geste la loge du logographe , offraient leur bras à la nation pour exterminer le tyran et l'assassin de son peuple. « C'est cette cour perfide, » s'écria un de ces orateurs en découvrant sa poitrine frappée d'une balle et ruisselante de sang, « c'est cette cour perfide qui a fait » couler ce sang. Nous n'avons pénétré dans le pa- » lais qu'en marchant sur les monceaux de cada^Tes » de nos frères massacrés ! Nous avons fait prison- » niers plusieurs de ces satellites d'un roi parricide. » C'est le roi seul que nous accusons. Ces hommes » n'étaient que les instruments de sa trahison ; du )^ moment qu'ils ont mis bas les armes , dans ces » assassins soudoyés nous ne voyons plus d'enne- » mis , nous ne voulons voir que des frères ! » A ces
mots, il embrasse un Suisse désarmé, qu'il avait amené par la main , et il tombe évanoui au milieu de la salle, épuisé de fatigue, d'émotions, de sang. Des députés se précipitent, l'emportent, le rendent à la vie. Il reprend ses sens, il se relève, il rentre à la barre : « Je sens renaître mes forces , » dit-il, « je demande à l'Assemblée de permettre à ce » malheureux Suisse de demeurer chez moi ; je veux » le protéger et le nourrir. Voilà la vengeance d'un » patriote français ! »
La générosité de ce citoyen se communique à l'Assemblée et aux tribunes. On envoie des députations au peuple pour arrêter le massacre. On fait entrer dans la cour des Feuillants les Suisses qui stationnaient encore sur la terrasse, exposés à la fureur du peuple. Ces soldats déchargent leurs fusils en l'air en signe de confiance et de sécurité. Ils sont introduits dans les couloirs, dans les cours et jusque dans les bureaux de l'Assemblée. Des combattants apportent successivement et déposent sur la table du président la vaisselle d'argent , les sacs d'or, les diamants, les bijoux précieux, les meubles de prix et jusqu'aux portefeuilles et aux lettres trouvés dans les appartements de la famille royale. Des applaudissements saluent ces actes de probité. Les armes, l'or, les assignats trouvés dans les vêtements des Suisses sont accumulés au pied de la tribune. Le roi et la reine assistent du fond de leur loge à l'in-
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ventaire des dépouilles trouvées dans leurs plus secrets appartements.
Le président remet tous ces objets sous la responsabilité d'Huguenin , commissaire de la nouvelle commune. Le canon se tait. La fusillade se ralentit. Les pétitionnaires demandent à grands cris ou la tête ou la déchéance du roi : « Vous n'arrêterez la » vengeance du peuple qu'en lui faisant justice. Re- » présentants, soyez fermes! Vous avez l'obligation » de nous sauver! Osez jurer que vous sauverez » l'empire , et l'empire est sauvé! » Ces voix imploraient comme on ordonne.
Les Girondins, indécis jusque-là entre l'abaissement et la chute du trône, sentirent qu'il fallait ou le précipiter eux-mêmes ou être entraînés avec lui. Vergniaud laissa la présidence à Guadet, pour que l'Assemblée, pendant son absence, restât sous la main d'un homme de sa faction. La commission extraordinaire, où les Girondins avaient la majorité du nombre, de l'importance et du talent, s'assembla séance tenante. La délibération ne fut pas longue. Le canon délibérait pour elle. Le peuple attendait. Vergniaud prend la plume et rédige précipitamment l'acte de suspension provisoire de la royauté. Il rentre et lit, au milieu d'un profond silence et à
quatre pas du roi, qui l'éœute, le plébiscite de la déchéance. Le son de la voix de Yergniaud était solennel et triste, son attitude morne, son geste abattu. Soit que la nécessité de lire la condamnation de la monarchie en présence du monarque imposât à ses lèvres et à son cœur la décence de la pitié, soit que le repentir de l'impulsion qu'il avait donnée aux événements le saisît, et qu'il se sentit déjà l'instrument passif d'une fatalité qui lui demandait plus que sa conscience ne consentait, il semblait moins déclarer la victoire de son parti que prononcer sa propre sentence.
« Je viens, » dit-il, « au nom de la commission » extraordinaire, vous présenter une mesure bien » rigoureuse ; mais je m'en rapporte à la douleur » dont vous êtes pénétrés pour juger combien il » importe au salut de la patrie que vous l'adoptiez » sur l'heure. L'Assemblée nationale , considérant » que les dangers de la patrie sont parvenus à leur » comble ; que les maux dont gémit l'empire dérivent » principalement des défiances qu'inspire la conduite » des chefs du pouvoir exécutif, dans une guerre » entreprise en son nom contre la constitution et » contre l'indépendance nationale; que ces défiances » ont provoqué de toutes les parties de l'empire le » vœu de la révocation de l'autorité confiée à » Louis XYl ; considérant néanmoins que le corps » législatif ne veut agrandir par aucune usurpation