LIVRE VINGT-TROISIÈME
» sa propre autorité, et qu'il ne peut concilier son » serment à la constitution et sa ferme volonté de » sauver la liberté qu'en faisant appel à la souverai- » neté du peuple, décrète ce qui suit :
» Le peuple français est invité à former une con- )) vention nationale ;
» Le chef du pouvoir exécutif est provisoirement )) suspendu de ses fonctions; un décret sera proposé » dans la journée sur la nomination d'un gouverneur » du prince royal ;
» Le payement de la liste civile est suspendu ;
» Le roi et sa famille demeureront dans l'enceinte » du corps législatif jusqu'à ce que le calme soit » rétabli dans Paris; le département fera préparer le » Luxembourg pour sa résidence, sous la garde des » citoyens. »
Ce décret fut adopté sans discussion. Le roi l'entendit sans étonnement et sans douleur. Au moment du vote, il s'adressa au député Coustard, placé audessus de la loge du logographe , avec lequel il s'était entretenu familièrement pendant la séance : « Ce » que vous faites là n'est pas très-constitutionnel , » lui dit le roi d'un ton d'ironie qui contrastait avec la solennité de la circonstance. « C'est vrai, sire, » répondit Coustard, « mais c'est le seul moyen de » sauver votre vie. » Et il vola contre le roi en s'enfretenant avec l'homme.
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Mais ce décret , qui laissait la question de la monarchie ou delà république en suspens, et qui même préjugeait en faveur de la monarchie en indiquant la nomination d'un gouverneur du prince royal, n'était qu'une demi-satisfaction à l'urgence de la situation. Désiré avec passion la veille, il était accepté avec murmure le lendemain.
A peine Vergniaud avait-il achevé de lire, que des pétitionnaires plus exigeants se présentèrent à la barre et sommèrent l'Assemblée de prononcer la déchéance du roi perfide dont le règne finissait dans le sang de ses sujets. Vergniaud se reprit et justifia les termes et la portée du décret ambigu des Girondins : « Je suis bien aise , » dit-il , « de pouvoir » m'expliquer devant les citoyens qui sont à la barre. » Les représentants du peuple ont fait tout ce que » leur permettaient leurs pouvoirs quand ils ont » décrété qu'il serait nommé une convention natio- » nale pour statuer sur la question de déchéance. En » attendant, l'Assemblée vient de prononcer la sus- » pension. Cette mesure doit suffire au peuple pour » le rassurer contre les trahisons du pouvoir exécutif. » La suspension ne réduit-elle pas le roi à l'impos- )) sibilité de nuire ? J'espère que celte explication
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