LIVRE VINGT-TROISIEME
par un de leurs adhérents les plus obscurs, pour cacher la main qui portait le coup. La commune reconnut la main et la prévint. Trois fois dans la journée le conseil municipal envoya demander humblement d'abord, fermement après, insolemment enfin, la révocation du décret attentatoire à sa toutepuissance. La dernière injonction fut brève et menaçante comme un ordre souverain. Le conseil municipal fut obéi.
D autres députations de la commune vinrent ensuite demander la création d'une cour martiale pour venger le sang du peuple. L'Assemblée ayant éludé de répondre : « Si ce décret n'est pas porté , » reprit froidement l'orateur de la commune , « notre mission » est de l'attendre! » Robespierre, au nom de la section de la place Vendôme, parut à la barre : 0 Peuple , » dit-il en faisant allusion aux statues du roi qu'on abattait sur les places publiques, « quand » la tyrannie est couchée à terre, gardez-vous de lui » donner le temps de se relever. Nous avons vu tom- » ber la statue d'un despote ; notre première pensée » est d'élever à sa place un monument à la liberté. » Les citoyens qui meurent en défendant la patrie » sont au second rang. Ceux-là sont au premier, qui » meurent pour l' affranchir au dedans. »
Enfin le Prussien Anacharsis Clootz, philosophe errant pour semer sa doctrine sur la terre avec sa parole, sa fortune et son sang, fit entendre au nom
.du genre humain à l'Assemblée nationale le premier écho du i 0 août dans Tàme des peuples impatients de leur servitude. Clootz poussait la passion de Thumanité jusqu'au délire. Mais ce délire était celui de l'espérance et de la régénération. Les sceptiques le trouvaient ridicule, les patriotes le trouvaient banal, les politiques l'appelaient utopiste. Cependant Clootz ne se trompait que d'heure. Les utopies ne sont souvent que des vérités prématurées. Les âmes ébranlées par la secousse du moment et fanatisées d'espérance s'ouvraient aux perspectives les plus idéales. Le philosophe fut écouté avec complaisance, et les idées consolantes qu'il faisait briller comme un arcen-ciel sur cet horizon de sang suspendirent , quelques instants, la lutte des partis et la hache des assassins.
Après cette seconde journée, la famille royale fut reconduite aux Feuillants. Les témoignages de pitié et d'attachement des hommes de son escorte alarmèrent la commune et les Jacobins. Santerre releva ce poste et choisit pour la garde du roi des cœurs inaccessibles à l'indulgence et irréconciliables avec un tyra?i détrôné. La rudesse des gestes, la rigueur des consignes apprirent au roi ce changement. Le Girondin Grangeneuve, membre du comité de surveillance dont le bureau était dans le même cloître