LIVRE VINGT-QUATRIÈME
l'insurrection , enlevait tout prétexte de temporisation et de ménagement à celles des puissances qui hésitaient encore. Le déti de la France était jeté à toutes les monarchies; il fallait l'accepter ou déclarer tous les trônes de l'Europe impuissants à se soutenir devant l'esprit de trouble et d'insurrection , vainqueur partout s'il était vainqueur à Paris. L'Angleterre elle-même, si favorable jusque-là à la réforme en France , commençait à voir avec répugnance un mouvement d'esprit qui dépassait les limites et la forme de sa propre constitution. La France, en se lançant dans l'inconnu, s'aliénait tous les vœux et toutes les espérances qui l'avaient suivie jusque-là. Le tocsin des trônes sonnait à Paris. Les coalisés et les émigrés y répondirent en se rapprochant des frontières. Le duc de Brunswick lui-même reprit confiance , concentra ses forces et commença son mouvement.
A l'intérieur, l'adhésion au iO août fut générale dans le nord, dans l'est et dans le midi de la Fiance. Les campagnes de la Vendée seules s'agitèrent et firent éclater quelques symptômes de guerre civile. Pai'tout ailleurs les royalistes et les constitutionnels constcM'nés cachèrent leurs pressentiments et leur douleur. Les Girondins et les Jacobins se coalisèrent
pour faire nommer à la Convention par les assemblées primaires des hommes extrêmes, dune trempe antique, irréconciliables avec la royauté. La France sentait que l'heure des conseils timides était passée pour elle et que la patrie n'avait plus de rempart que ses baïonnettes. Il lui fallait dans ses conseils comme sur ses frontières des hommes qui ne pussent pas regarder derrière eux. Elle cherchait ces hommes, elle les trouva, elle les nomma. Elle leur donna pour unique mandat le salut de la nation et le salut de la liberté.
L'armée, commandée par des généraux constitutionnels et par des officiers encore attachés au roi, reçut avec stupeur la nouvelle inattendue du renversement de la constitution et du triomphe des Jacobins. Il y eut quelques moments d'hésitation, dont un chef habile et accrédité aurait pu s'emparer pour Tentrainer contre Paris; mais la victoire n'avait encore donné à aucun général le droit de désobéir à un mouvement populaire. Le vieux Luckner, commandant en chef, interrogé à Metz par la municipalité et par le club sur le parti qu'il ferait prendre à l'armée, balbutia une approbation vaiïue du coup d'État de Paris. Le lendemain ayant reçu de La Fayette, son lieutenant , un avis contraire, il changea de langage et harangua ses troupes pour les prémunir contre les instigateurs du désordre qui allaient arriver de Paris. Vieux mannequin de guerre inhabile à com-