‹ Histoire des GirondinsChapitre 157 sur 194 · LIVRE VINGT-CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-CINQUIEME

nuit, et réclamés par leurs sections. Le reste fut distribué au hasard dans les prisons de V Abbaye-Saint- Germain, de la Conciercjerie , du Châtelet, de la Force, du Luxembourg, et dans les anciens monastères des Bernardins, de Saint-Firmin , des Carmes. Bicêtre et la Salpêtrière^ ces deux grandes sentines de Paris, serrèrent leurs rangs pour les recevoir.

Les trois jours qui suivirent cette nuit furent employés par les commissaires des sections à faire le triage des prisonniers. Le bruit du sort qu'on leur préparait était semé de loin. On délibérait déjà leur mort. La section Poissonnière les condamna en masse à regorgement. La section des Thermes demanda qu'on les exécutât sans autre jugement que le danger que leur existence faisait courir à la patrie. « Il faut purger les prisons et ne pas laisser de » traîtres derrière nous en partant pour les fron- » tières ! » Tel était le cri que Marat et Danton faisaient circuler dans les masses. Le peuple a besoin qu'on lui rédige sa colère et qu'on le familiarise avec son propre crime.

Telle était Tattitnde de Danton la veille de ces crimes.

Quant au nMe de Robespierre dans ces journées, il fut le rôle qu'il affecta dans toutes les crises : dans la question de la guerre, au 20 juin, au

iO août. Il n'agit pas, il blâma; mais il laissa Tévénement à lui-même, et, une fois accompli, il l'accepta comme un pas de la Révolution, sur lequel il n'y avait plus à revenir. Il ne voulut pas laisser à d'autres le pas de la popularité sur lui ; il se lava les mains de ce sang et il le laissa répandre. Mais son crédit, inférieur à celui de Danton et de Marat au conseil de la commune, ne lui donnait pas alors la force de rien empêcher. Il était comme Pétion , dans l'ombre. Ces hommes , ainsi que les Girondins , voyaient transpirer les projets de Marat et de Danton; mais, impuissants à les prévenir, ils affectaient de les ignorer. Un fait récemment révélé à l'histoire par un confident de Robespierre et de Saint-Just, survivant de ces temps sinistres , prouve la justesse de ces conjectures sur la part de Robespierre dans l'exécution des journées de septembre.

ÏV.

En ce temps-là, Robespierre et le jeune Saint- Just, l'un déjà célèbre, l'autre encore obscur, vivaient dans cette intimité familière qui unit souvent le maître et le disciple. Saint-Just, mêlé au mouvement du temps, suivait et devançait de l'œil les crises de la Révolution, avec la froide impassibilité d'une logique qui rend le cœur sec comme un système et cruel comme une abstraction. La politique

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