‹ Histoire des GirondinsChapitre 159 sur 194 · LIVRE VIXGT-CFXQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VIXGT-CFXQUIÈME

les principaux carrefours de Paris, les promenades des volontaires au son du tambour, aux refrains de la Marseillaise et du Ça ira; le drapeau noii-, signe d'une guerre funèbre, déployé sur THoIel- de-Ville et sur les tours de la cathédrale; les feuilles de Marat, d'Hébert, écrites avec du sang; les journaux affichés comme des exclamations anonymes faisant parler les murs, et groupant le peuple pour les entendre lire en attroupements tumultueux; le tocsin sonnant dans les tours et accélérant le pouls d'une ville immense ; enfin le canon d'alarme tiré d'heure en heure : tout avait été calculé pour souiller la fièvre à la ville. Ce plan de massacre était combiné comme un plan de campagne. Les hasards môme en étaient prévus et concertés.

Le dimanche 2 septembre, à trois heures après midi, lorsque le peuple se lève de son repas et encombre les rues pour divaguer pendant les soirées de ces jours de loisir, le signal fut donné comme par un de ces accidents qui naissent d'eux-mêmes.

Cinq voitures remplies chacune de six prêtres furent dirigées du dépôt de rPIotel-de-Villc à la prison de l'Abbaye, par le Pont-Neuf et la rue de Bussy, lieux tumultueux et néfastes. Au troisième coup du canon d'alarme ces voitures se mirent en marche.

n36 HISTOIRE DES GIRONDINS.

Une faible escorte d'Avignonnais et de Marseillais, armés de sabres et de piques, les accompagnait. Les portières étaient ouvertes pour que la foule aperçut dans l'intérieur les costumes qui lui étaient le plus odieux. Des bandes d'enfants, de femmes et d'hommes du peuple suivaient en insultant les prêtres. Les hommes de l'escorte s'associaient aux injures, aux menaces et aux outrages de la populace. « Voyez! » disaient- ils à la foule en lui montrant de la pointe de leurs sabres les prisonniers , « voilà les com- » plices des Prussiens! voilà ceux qui vous égorge- » ront si vous les laissez vivre pour vous trahir! » L'émeute, grossissant à chaque pas, à travers la rue Dauphine, fut refoulée par un autre attroupement qui obstruait le carrefour Bussy, où des officiers municipaux recevaient des enrôlements en plein air. Les voitures s'arrêtent. Un homme fend l'escorte, qui s'ouvre complaisamment devant lui; il monte sur le marchepied extérieur de la première voiture , plonge à deux reprises la lame de son sabre dans le corps d'un des prêtres, le retire fumant et le montre rougi de sang au peuple. Le peuple jette un cri d'horreur et s'éloigne : « Cela vous fait peur, » lâches! » dit l'assassin avec un sourire de dédain. « Il faut vous apprivoiser avec la mort. » A ces mots, plongeant de nouveau la pointe de son sabre dans le fond de la voiture, il continue à frapper. L'un de ces prêtres a l'épaule percée, l'autre la figure bala-

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