LIVRE VINGT-CTXOUIiîME. r.V
suivi volontairement dans son cachot. Prévoyant le massacre, elle avait cherché et rencontré des protecteurs dans les Marseillais qui gardaient les prisonniers. La touchante jeunesse, la piété filiale, l'aimable familiarité de la jeune fille avaient amolli la rudesse de ces hommes. Ils lui avaient promis son père. Ils tinrent parole. CazoKe, interrogé par le tribunal, répondit comme un homme qui veut obstinément mourh*! «Ma femme! mes enfants! » s'écriailil, « ne pleurez pas! ne m'oubliez pas! maissouvenez- )) vous surtout de Dieu ! Je veux mourir comme j'ai » vécu : fidèle à mon Dieu et à mon roi. » Sa fille, ne pouvant l'empêcher de se jeter à la mort, s'y précipita avec lui.
Des Marseillais compatissants la suivirent dans la cour, ils abaissèrent de la main les sabres et les piques levés sur elle. Ils demandèrent grâce pour ces deux vies inséparables Tune de l'autre. Ils firent traverser à leur protégée cette mare de sang. Ils lui remirent son père et les firent conduire en lieu de sûreté.
Celte grâce ne fut qu'un répit pour Cazotte. Repris quelques jours après, on emprisonna séparément son enfant pour se débarrasser de la pitié. Ce que des assassins n'avaient osé faire, des juges le firent : Cazotte périt.
Après lui mourut Thierri, premier valet de chambre du roi. « La reconnaissance, » dit-il à Maillard, « n'a pas d'opinion; mon devoir, c'était ma fidélité )) à mon maître. » Percé d'une pique, qui entrait par la poitrine et qui ressortait entre les épaules, il s'appuyait d'une main sur une borne de la cour, et de l'autre il élevait encore son chapeau et faisait un dernier effort pour crier Vive le roi.
Maillé, Rohan-Chabot, le lieutenant-général Wittgenstein , Romainvilliers commandant en second la garde nationale au 10 août, les juges de paix Buob et Bosquillon tombèrent après lui. Il y eut des repentirs, des précipitations, des confusions de noms. On vit des hommes du dehors entrer dans la cour, retourner les cadavres, laver avec des éponges le sang qui couvrait les visages, les reconnaître et s'en aller consternés ou réjouis d'avoir manqué ou satisfait leur vengeance. Le soir du second jour, des cris de grâce pour ceux qui restaient retentirent dans la rue et dans les cours. Les prisonniers oubliés reprirent espérance. Quelques-uns rassemblent ce qu'ils ont de plus précieux et se préparent à sortir. Des coups de feu dans l'intérieur de la prison et des cris au dehors les refoulent dans le fond des salles vides. C'était le massacre du jeune Montsabray.
Montsabray, à peine Agé de dix-huit ans, appartenait par sa famille aux plus grands noms de la no- I)i(;sso. Los charmes de sa figure, les grâces de son