‹ Histoire des GirondinsChapitre 168 sur 194 · LIVRE VINGT-CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-CINQUIEME

âge, la douceur de son caractère le faisaient admiicr et adorer dans l'armée. Le duc de Brissac l'avait nomme son aide-de-camp. M. de Brissac, après la mort de Louis XV, s'était attaché de cœur à madame Dubarry^ si jeune et si belle encore. Courtisan par amour de celte favorite exilée, il habitait avec elle le pavillon de Lucienne, dans le bois de Marly, don du roi à sa maîtresse. Madame Dubarry chérissait Montsabray d'une de ces tendresses maternelles qui n'osent s'avouer à elles-mêmes la nature de leur sentiment. IMontsabray, blessé légèrement au 1 0 août, s'était réfugié à Lucienne. La chambre secrète du château où il attendait sa guérison n'était connue que de madame Dubarry et de ses femmes. Elle pansait ellemême la blessure du jeune militaire. Audouin, membre delà commune, ayant demandé au conseil général un corps de deux cents fédérés pour purger les environs de Paris des aristocrates qui s'étaient échappés après le combat, découvrit Montsabray au pavillon de Lucienne. Ni l'or, ni les larmes, ni les supplications de madame Dubarry ne purent attendrir Audouin. Il emmena le jeune aide-de-camp sur un brancard, et le jeta à l'Abbaye. Au bruit du massacre, Montsabray, qui couchait dans la sacristie de la chapelle, se glissa hors de son lit et, grimpant par le tuyau de la cheminée jusqu'au sommet du bâtiment, se suspendit à une forte grille en fer qui interceptait la cheminée. De là il entendit deux jours et

3o8 HISTOIRE DES GIRONDINS.

deux nuits, sans nourriture, le bruit des cgorgcments, espérant y échapper par sa patience. Mais récrou dénonçait une victime de moins. On se souvint du blessé. On le chercha en vain. Le geôlier de la chapelle, expert dans les ruses des prisonniers, fit tirer des coups de fusil d'en bas dans le tuyau. Une seule balle atteignit Montsabray et lui cassa le poignet. Il eut la force de ne pas tomber et de se taire. On allait renoncer à lui. Un guichetier apporta de la paille et Talluma dans le foyer. La fumée suffoqua le blessé. Il tomba sur la paille en feu. On l'emporta , mutilé , brûlé , évanoui , presque mort , dans la rue. Là on le couclia dans le sang, et on délibéra devant lui de quelle mort on le ferait mourii-. L'infortuné jeune homme, revenu à lui, resta près d'un quart d'heure sur ce lit de cadavres en attendant que les égorgeurs eussent trouvé et chargé des armes à feu. Ils eurent enfin pitié du supplice de cet (Mîfant et l'achevèrent de cinq coups de pistolet tirés à la fois dans la poitrine.

Il ne restait plus qu'un prisonnier à l'Abbaye. C'était M. de Saint-Marc, colonel d'un régiment de cavalerie. Des assassins convinrent entre eux de prolonger son martyre pour que tous eussent leui* part dans ses tourments et dans sa mort. Ils le liront promener lentement à travers une haie de sabres dont ils ménagenient les coups de \)cm' de l'achever trop vite. Ils le percèrent ensuite d'une lance qui lui

Page 1