‹ Histoire des GirondinsChapitre 171 sur 194 · LIVRE VIXGT-CINOUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VIXGT-CINOUIÈME

L'évêquc de Bcaiivais eml^rassc l'autel jusqu'au dernier moment; puis il marche vers la porte, avec autant de calme et de majesté que dans les saintes cérémonies. Les jeunes prêtres le suivirent jusqu'au seuil, où il les bénit. Le confesseur du roi, Hébert, supérieur des Eudistes, consolateur de Louis XVI dans la nuit du 1 0 août, fut immolé ensuite. Chaque minute décimait les rangs dans le chœur. Il n'y avait plus que quelques prêtres assis ou agenouillés sur les degrés de l'autel. Bientôt il n'y en eut plus qu'un seul.

L'évêque de Saintes, qui avait eu la cuisse cassée dans le jardin, était couché sur un matelas dans une chapelle de la nef. Les gendarmes du poste entouraient sa couche et le cachaient aux yeux. 3Iieux armés et plus nombreux que les exécuteurs , ils auraient pu défendre leur dépôt. Ils assistèrent l'arme au bras au meurtre. Ils livrèrent l'évoque de Saintes comme les autres. « Je ne refuse pas de mourir » avec mon frère, » répondit l'évoque quand on vint l'appeler; « mais j'ai la cuisse cassée, je ne puis me » soutenir : aidez-moi à marcher, et j'irai avec joie » au supplice. » Deux de ses meurtriers le soutinrent en passant leurs bras autour de son corps. Il tomba en les remerciant. C'était le dernier. Il était huit heures. Le massacre avait duré quatre heures.

Les tombereaux emportèrent cent quatre-vingtdix cadavres. Les massacreurs se dispersèrent et coururent aux autres prisons. Le sang altère et n'assouvit pas.

Il coulait déjà dans les neuf prisons de Paris. La prison de la Force renfermait après l'Abbaye les prisonniers les plus signalés à rextermination du peuple. On y avait jeté les honmies et les femmes de la cour arrêtés le 1 0 août. A l'heure où Maillard instituait son tribunal à l'Abbaye, deux membres du conseil de la commune, Hébert et Lhuilier s'érigeaient d'eux-mêmes en juges souverains dans le guichet de la Force. Là, les mêmes signes de piéméditation dans l'attentat , la même invasion d'une horde de soixante exécuteurs, la même discipline dans l'assassinat, les mêmes formes d'interrogatoire et de jugement, les mêmes soins pour éponger le sang, les mêmes tombereaux pour empiler les corps, les mêmes mutilations des cadavres, les mêmes jeux avec les têtes coupées, la même indifférence brutale des bourreaux, mangeant, buvant, dansant, piétinant sur les membres des victimes; les mêmes torches, éclairant la nuit les mêmes saturnales et se réverbérant dans un lac de sang; enfin la même impassibilité de la force publique, assistant el consentant aux égorgements.

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