‹ Histoire des GirondinsChapitre 175 sur 194 · LIVRE VIXGT-CINgriKME. 3SI · texte numérisé non relu

LIVRE VIXGT-CINgriKME. 3SI

A des paroles sans force , le peuple ne prèle qu'un respect sans obéissance. Les égorgeurs ne s'arrêtèrent que devant le vide. Le lendemain, la môme bande , d'environ deux cent cinquante liommes armés de fusils, de piques, de haches, de massues, fait irruption dans l'hôpital de la Salpêtrière, hospice et prison à la fois. La Salpêtrière ne renfermait que des femmes perdues; lieu de correction pour les vieilles, de guérison pour les jeunes, d'asile pour celles qui touchaient encore à l'enfance. Après avoir massacré trente-cinq femmes des plus âgées, ils forcent les dortoirs des autres, les obligent à assouvir leur brutalité, égorgent celles qui résistent et emmènent en triomphe avec eux des jeunes filles de dix à douze ans, proie immonde de la débauche ramassée dans le sang.

Pendant que ces proscriptions consternaient Paris, l'Assemblée envoyait en vain des commissaires pour haranguer le peuple aux portes des prisons. Les égorgeurs ne suspendaient même pas leur travail pour prêter l'oreille à ces discours ofiiciels. Les mots de justice et d'humanité ne résonnent pas dans le cœur de brutes ivres d'eau-de-vie et de sang. En vain le ministre de l'intérieur, Roland, gémissant de son impuissance, écrivit-il à Sanferre de déployer la foi'ce pour protéger la surelé des prisons; Santerre

ne parut que le troisième jour pour demander au conseil général de la commune l'autorisation de réprimer les scélérats devenus dangereux à ceux-là mêmes qui les avaient lâchés sur leurs ennemis. Les tueurs venaient insolemment sommer la municipalité de leur payer leurs meurtres. Tallien et ses collègues n'osèrent leur refuser le prix de ces journées de travail, et portèrent sur les registres de la comniiine de Paris ces salaires à peine déguisés sous des titres et sous des prétextes transparents. Santerre et ses détachements, arrivés après coup, eurent peine à refouler^ dans leurs repaires, ces hordes alléchées de cainage. Ces hommes, nourris de crimes pendant sep! jours, gorgés de vin dans lequel on mêlait de la poudre à canon, enivrés par la vapeur du sang, s'étaient 'exaltés jusqu'à nn état de démence phvr sique qui les rendait incapables de repos. La fièvre de l'extermination les avait saisis. Ils n'étaient plus bons qu'à tuer. Dès que l'emploi leur manqua, beaucoup d'entre eux tournèrent leur fureur contre euxmêmes. Quelques-uns, rentrés chez eux, se répandirent en imprécations contre l'ingratitude do la commune, qui ne leur avait fait allouer que quarante sous par jour. Ce n'était pas un sou par victime })our ces assassinats au rabais. D'autres, tourmentés dje remords, ne virent plus devant leurs yeux qge les visages livides, les membres saignants, les entrailles fumantes de ceux (pi'ils avaient égorgés. Ils toni-

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