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dépecés par les Iravailleurs. Les assassins, trop peu nombreux pour tant d'ouvrage , délivrèrent les détenus pour vol, à la condition de se joindre à eux. Ces hommes, rachetant leur vie par le crime, immolaient leurs compagnons de captivité. Plus de la moitié des prisonniers périt sous les coups de Tautre. Un jeune armurier de la rue Sainte-Àvoiè, détenu pour une cause légère, et remarquable par sa stature et sa force, reçut ainsi la liberté à la charge de prêter ses bras aux assommeurs. L'amour instinctif de la vie la lui fit accepter à ce prix. Il poita en hésitant quelques coups mal assurés. Mais, bientôt revenant à lui, à la vue du sang, et rejetant avec horreur l'instrument de meurtre qu'on avait mis dans sa main: «Non, non, » s'écrie-t-il , « plutôt » victime que bourreauJ J'aime mieux recevoir la » mort de la main de scélérats comme vous que de » la donner à des innocents désarmés. Frappez- «moi!» Il tombe et lave volontairement de son sang le sang qu'il vient de répandre.
D'Éprémesnil, reconnu et favorisé par un gai'de national de Bordeaux, fut le seul détenu qui échappa au massacre du Chàtelel. Il s'évada, un sabre teint de sang à la main, sous le costume d'un égorgeur. La nuit, le désordre, l'ivresse firent confondre le fugitif avec ses assassins. Il enfonça jusqu'aux chevilles dans la fange rouge de cette boucherie. Arrivé à la fontaine Maubué, il passa plu:^ d'une heure à
laver sa chaussure et ses habits pour ne pas glacer d'elTroi les hôtes auxquels il allait demander asile.
Dans cette prison on anticipa le supplice de plusieurs accusés ou condamnés à mort pour crimes ci\ ils. De ce nombre fut Tabbé Bardi, prévenu d'assassinat sur son propre fière. Homme d'une taille surnaturelle et d'une sauvage énergie, il lutta pendant une demi-heure contre ses bourreaux et en étoufTa deux sous ses genoux.
Une jeune tille d'une admirable beauté, connue sous le nom de la Belle Bouquetière, accusée d'avoir blessé, dans un accès de jalousie, un sous-oflicier des gardes-françaises , son amant, devait être jugée sous peu de jours. Les assassins, parmi lesquels se ti'ouvaicnt des vengeurs de sa victime cl des instigateurs animés par sa rivale,, devancèrent lollice du bourreau. Théroigne de Méricourt prêta son génie à ce supplice. Attachée nue à un poteau , les jambes écartées, les pieds clouées au sol, on brûla avec des torches de paille enflammée le corps de la \ ictime. On lui coupa les seins à coups de sabre; on lit rougir des fers de piques, qu'on lui enfonça dans les chairs. Empalée enfin sur ces fers rouges , ses cris tra\ ersaient la Seine et allaient frapper d'horreur les habilîuils de la rive opposée. Ine cinquantaine de femmes délivrées de la Conciergerie par les tueurs prêtèrent leurs mains à ces supplices et surpassèmnt les lionnnes en férocité.
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Les cinq cent soixanle-quinze cadavres du Chnlelet et de la Conciergerie furent empilés en montai2;nes sur le Pont-au-Change. La nuit, des troupes d'enfants, apprivoisés depuis trois jours au massacre, et dont les corps morts étaient le jouet, allumèrent les lampions au bord de ces monceaux de cadavres, et dansèrent la Carmagnole. La IMarseillaise, chantée en chœur par des voix plus mâles, retentissait aux mêmes heures aux abords et aux portes de toutes les prisons. Des réverbères, des lampions , des torches de résine mêlaient leurs clartés blafardes aux lueurs de la lune qui éclairait ces piles de corps , ces troncs hachés , ces têtes coupées, ces flaques de sang. Pendant cette même nuit, Hanriot, escroc et espion sous les rois, assassin et bourreau sous le peuple, à la tête d'une bande de vingt à trente hommes, dirigeait et exécutait le massacre de quatre-vingt-douze prêtres, au séminaire de Saint-Firmin. Les satellites d'Hanriot, poursuivant les prêtres dans les corridors et dans les cellules, les lançaient tout vivants par les fenêtres sur uwc herse de piques, de broches et de baïonnettes (|ui les perçaient dans leur chute. Des femmes, à qui les égorgeurs laissaient cette joie^ les achevaient à coups de bûche, et les trahiaient dans les ruisseaux. Il en fut de même au cloître des Bernardins.
Mais déjà les \ iclimes nuinquaient dans Paris à la •soifde sang allumée par' ces([uatre-viiigl-douze heures
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de massacre. Les prisons étaient vides. Hanriot et les exécuteurs de ces meurtres , au nombre de plus de deux cents, renforcés par les scélérats qu'ils avaient recrutés dans les prisons, se portèrent à Bicétre avec sept pièces de canon que la commune leur laissa impunément emmener.
Bicétre, vaste égout où s'écoulait toute la boue du royaume pour purifier la population des fous, des mendiants et des criminels incorrigibles , contenait trois mille cinq cents détenus. Leur sang n'avait point de couleur politique; mais, pur ou impur, c'était du sang de plus. Les égorgeurs forcèrent les portes de Bicétre, enfoncèrent les cachots à coups de canon, arrachèrent les détenus et en firent une boucherie qui dura cinq jours et cinq nuits. L'eau , le fer et le feu servirent à exterminer ses habitants. Les uns furent inondés ou noyés dans les souterrains où ils avaient cherché un refuge, les autres hachés à coups de sabre , le reste mitraillé dans les cours. Coupables ou innocents, malades ou sains, vagabonds ou indigents, tout, jusqu'aux insensés à qui cette maison servait d'hospice, fut immolé sans distinction. L'économe , les aumôniers , les concierges , les scribes de l'administration furent compris dans le massacre général. En vain la commune envoya des commissaires, en vain Pétion lui-même vint haranguer les assassins. Ils suspendirent à peine leur ouvrage pour écouter les admonitions du maire.