LIVRE DIX-HUITIEME
ger de la patrie était, au fond, la proclamation de la trahison du pouvoir exécutif.
Brissot et Condorcet, l'un dans un discours, l'autre dans un projet d'adresse au roi, développèrent avec moins de grandeur, mais avec plus de haine, ces considérations. Ils envenimèrent la blessure que le coup de Vergniaud avait faite à la royauté.
Aux Jacobins, Robespierre rédigea une adresse aux fédérés. Tout en proclamant les mêmes dangers que Vergniaud avait signalés dans son discours, Robespierre indiquait d'avance au peuple qu'il aurait bientôt à combattre d'autres ennemis que la cour. Il semait d'avance les soupçons dans les âmes, et prenait ses gages contre le triomphe des Girondins.
« Salut aux Français des 83 départements! Salut )) aux Marseillais! Salut! » s'écriait-il, « à la patrie » puissante, invincible, qui rassemble ses enfants » autour d'elle au jour de ses dangers et de ses » fêtes! Ouvrons nos maisons à nos frères! Citoyens, » n'êtes-vous accourus que pour une vaine céré- » monie de fédération et pour des serments super- » flus! Non, non, vous accourez au cri de la nation » qui vous appelle! Menacés dehors, trahis dedans, » nos chefs perfides mènent nos armées aux pièges. » Nos généraux respectent le territoire du tyran au- » trichien et brûlent les villes de nos frères belges. » Un autre monstre, La Fayette, est venu insulter en » face l'Assemblée nationale. Avilie, menacée, ou-
» tragée, c\iste-t-elle encore! Tant d'attentats ré- » veillent enfin la nation, et vous êtes accourus. Les )) endormeurs du peuple vont essayer de vous sé- » duire. Fuyez leurs caresses, fuyez leurs tables où » Ton boit le modéfantismc et l'oubli du devoir. » Gardez vos soupçons dans vos cœurs! L'heure fa- )) taie va sonner. Yoilà Tautel de la patrie. SoufTri- » rez-vous que de lâches idoles viennent s'y placer » entre la liberté et vous pour usurper le culte qui » lui est dû ! Ne prétons serment qu'à la patrie entre » les mains du Roi immortel de la nature. Tout nous » rappelle à ce Champ-de-^fars les parjures de nos » ennemis. Nous ne pouvons y fouler un seul en- » droit qui ne soit souillé du sang innocent qu'ils y )) ont versé! Purifiez ce sol, vengez ce sang, ne » sortez de cette enceinte qu'après avoir décidé » dans vos cœurs le salut de la patrie! »
Camille Desmoulins et Chabot dénoncèrent aussi aux Jacobins les projets de fuite du roi, la prochaine arrivée de La Fayette. « Peuple, on vous » abuse, » dit à son tour Danton, « jamais on ne » compose avec les tyrans. Il faut que nos frères des » départements jurent de ne se séparer que lorsque » les traîtres seront punis par la loi ou auront passé à » l'étranger. Le droit de pétition n'a pas été ensc-