‹ Histoire des GirondinsChapitre 21 sur 194 · LIVRE DIX-IIUITIEME. i · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-IIUITIEME. i

» révolution ou corrompus par Diabitude de parader » autour d'un château, des hommes faibles s'accou- » tument à parler de liberté sans enthousiasme et )) d'esclavap;e sans horreur ! Que nous prépare-t-on ! » Est-ce le gouvernement militaire que l'on veut ré- » tablir! On soupçonne la cour de projets perfides; » elle fait parler de mouvements militaires , de loi » martiale ; on familiarise l'imagination avec le sang » du peuple. Le palais du roi des Français s'est tout » à coup changé en chàteau-fort. Où sont cependant » ses ennemis ! Contre qui se pointent ces canons » et ces baïonnettes ! Les amis de la constitution ont » été repoussés du ministère. Les rênes de l'empire » demeurent flottantes au hasard à l'instant où, pour » les soutenir, il fallait autant de vigueur que de » patriotisme. Partout on fomente la discorde. Le )> fanatisme triomphe. La connivence du gouverne- » ment accroît l'audace des puissances étrangères , » qui vomissent contre nous des armées et des fers, )) et refroidit la sympathie des peuples, qui font des » vœux secrets pour le triomphe de la liberté. Les » cohortes ennemies s'ébranlent. L'intrigue et la per- » fidie trament des trahisons. Le corps législatif op- » pose à ces complots des décrets rigoureux mais » nécessaires, la main du roi les déchire. Appelez, il » en est temps, appelez tous les Français pour sauver » la patrie ! Montrez-leur le gouffre dans toute son » immensité. Ce n'est que par un effort extraordi-

» naire qu'ils pourront le franchir. C'est à vous de » les y préparer par un mouvement électrique qui » fasse prendre l'élan à tout l'empire. Imitez vous- » mômes les Spartiates des Thermopyles , ou ces » vieillards vénérables du sénat romain qui allèrent » attendre sur le seuil de leur porte la mort que de » farouches vainqueurs apportaient à leur patrie. » Non , vous n'aurez pas besoin de faire des vœux » pour qu'il naisse des vengeurs de vos cendres. Le » jour où votre sang rougira la terre, la tyrannie, » son orgueil , ses palais , ses protecteurs s'évanoui- » ront à jamais devant la loule-puissance nationale » et devant la colère du peuple. »

Ce discours , où tous les périls et toutes les calamités du temps étaient si artificieusement rejetés sur le roi seul, retentit dans toute la France comme le tocsin du patriotisme. Médité chez madame Roland, commenté aux Jacobins, adressé à toutes les sociétés populaires du royaume, lu aux séances de tous les clubs, il remua dans la nation entière tous les ressentiments contre la cour. Le ! 0 août était dans ces paroles. Une nation qui avait adressé de pareils soupçons et de pareilles menaces à son roi ne pouvait plus ni lui obéir ni le respecter. La proclamation du dan-

Page 1