‹ Histoire des GirondinsChapitre 32 sur 194 · LIVRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIEME

recueillement de joie intérieure. « Vous voyez cette » lune, » dit-elle à la personne qui veillait au pied de son lit : « quand elle viendra de nouveau briller » dans un mois, elle me trouvera libre et heureuse, » et nos chaînes seront brisées. » Elle déroula ses espérances, ses craintes, ses angoisses, l'itinéraire des princes et du roi de Prusse, leur prochaine entrée dans Paris, ses inquiétudes sur l'explosion de la capitale à l'approche des armées étrangères, ses tristesses sur le défaut d'énergie du roi dans la crise. « Il n'est pas lâche, » disait-elle; « au con- » traire, il est impassible devant le danger; mais » son courage est dans son cœur et n'en sort pas, » sa timidité l'y comprime. Son grand-père, Louis XV, )) a prolongé son enfance jusqu'à vingt et un ans. Sa » vie s'en ressent. Il n'ose rien. Sa propre parole » l'cfl'raie. Un mot énergique de sa bouche en ce » moment à la garde nationale entraînerait Paiis. Il » ne le dira pas. Pour moi, je pourrais bien agir et » monter à cheval s'il le fallait; mais ce serait donner » des armes contre lui. On crierait à l'Autrichienne ! » Une reine qui n'est pas régente dans ma situation » doit se taire et se préparer à mourir ! »

Madame Elisabeth recevait les confidences des <leux époux et les caresses des enfants. Sa foi, plus

soumise que celle de la reine, plus tendre que celle du roi, faisait de sa vie un continuel holocauste. Elle ne trouvait ainsi que son frère de consolation qu'au pied des autels. Elle y prosternait tous les matins sa résignation. La chapelle du château était le refuge où la famille royale s'abritait contre tant de douleurs. Mais là encore la haine de ses ennemis la poursuivait. Un des premiers dimanches de juillet, des soldats de la garde nationale qui remplissaient la galerie par où le roi allait entendre la messe crièrent : Plus de roi , à bas le veto ! Le roi , accoutumé aux outrages, entendit ces cris, vit ces gestes sans s'étonner. Mais à peine la famille royale élait-elle agenouillée dans sa tribune, que les musiciens de la chapelle firent éclater les airs révolutionnaires de la Marseillaise et du Ça ira. Les chantres eux-mêmes, choisissant dans les psaumes les strophes menaçantes que la colère de Dieu adresse à l'orgueil des rois, les chantèrent avec affectation à plusieurs reprises, comme si la menace et la terreur fussent sorties de ce sanctuaire même où la famille condamnée venait chercher la consolation et la force.

Le roi fut plus sensible à ces outrages qu'à tous les autres, « Il lui sembla, » dit-il en sortant, « que » Dieu lui-même se tournait contre lui. » Les princesses mirent leurs livres sur leurs yeux pour cacher leurs larmes. La reine et ses enfants ne pou-

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