‹ Histoire des GirondinsChapitre 36 sur 194 · LIVRE OlX-NKl'VlEMli · texte numérisé non relu

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soin pour électriser la France et pour acliever leurs desseins. L'appel de cette force populaire à Paris était une pensée de madame Roland, accomplie par ces deux jeunes séides. Pendant que les orateurs et les tribuns de l'Assemblée péroraient vainement aux Jacobins, aux Cordeliers et au Manège, agitant les masses sans leur donner d'impulsion précise, une femme et deux jeunes gens prenaient sur eux la responsabilité des événements et préparaient la journée suprême de la monarchie.

Barbaroux et Rebecqui rencontrèrent Roland aux Champs-Elysées, peu de jours avant l'arrivée des Marseillais. L'ancien ministre et les jeunes gens s'embrassèrent avec ce sentiment de solennelle tristesse qui devance dans le cœur des hommes résolus l'accomplissement des projets extrêmes. Après avoir causé à voix basse et des malheurs de la patrie et des plans qui les occupaient, ils convinrent, pour échapper à l'œil des espions de la cour, d'avoir le lendemain chez madame Roland un dernier entretien.

Les deux Marseillais se rendirent la nuit dans le petit appartement de la rue de La Harpe où logeait depuis sa retraite le ministre disgracié. Madame Roland, l'âme de son mari et l'inspiration de ses amis, assistait à l'entretien et l'élevait à la hauteur et à la résolution de ses pensées. « La liberté est » perdue si nous laissons du temps à la cour, » dit Roland. « La Fayette est venu révéler à Paris, par

» sa présence dictatoriale, le secret des tialiisons )) qu'il médite à larmée du Nord. L'armée du Centre » n'a ni comité, ni dévouement, ni général. Dans » six semaines les Autrichiens seront à Paris! »

On déroula des cartes, on étudia les positions, les lignes des fleuves, les escarpements des montagnes, les défilés qui pouvaient présenter les obstacles les plus infranchissables à l'invasion de l'étranger. On dessina des camps de réserve destinés à couvrir successivement les lignes secondaires quand les principales seraient forcées. Enfin on résolut de presser l'arrivée des bataillons de Marseille pour exécuter le décret du camp sous Paris, et pour prévenir, par une insurrection décisive, Teflet des trames de la cour. Il fut convenu que Pétion, nécessaire au mouvement projeté par l'ascendant de son nom et nécessaire à la mairie poui- paralyser toute résistance de la municipalité et de la garde nationale au complot, garderait ce rôle de neutralité légale e( hypocrite si utile aux projets des agitateurs. Barbaroux , dînant chez lui quelques jours après, lui dit tout haut qu'il ne tarderait pas à être prisonnier dans sa maison. Pétion comprit et sourit. Sa femme feignit de s'alarmer. « Tranquillisez-vous, madame ! » reprit Barbaroux; « si nous enchaînons Pétion, ce sera auprès » de vous et avec des rubans tiicoloies. »

Carra avertit également Pétion qu'on le mettrait en rè2:le avec ses devoirs officiels de maire, en lui don-

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