‹ Histoire des GirondinsChapitre 37 sur 194 · LIVRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIEME

nant une garde de sûreté qui lui ferait un semblant de violence et qui rempècherait d'agir au moment de rinsurrection. Pétion accepta tellement ce rôle dans cette comédie de légalité, qu'il se plaignit après révénement de ce que les conjurés avaient tardé de le faire arrêter, et qu'il envoya plusieurs fois luimême presser l'arrivée des détachements d'insurgés qui devaient simuler son arrestation. Madame Roland fut l'àme, Pétion le moyen, Barbaroux, Danton, Santerre les meneurs du mouvement.

Les conspirateurs cherchèrent quelques jours un général capable d'imprimer une direction militaire à ces forces indisciplinées et de créer l'armée du peuple contre l'armée de la cour. Ils jetèrent les yeux sur Montesquiou, général de l'armée des Alpes, qui se trouvait en ce moment à Paris, où il venait solliciter des renforts. Montesquiou, ambitieux de gloire, de dignités, de fortune, attaché par sa naissance au parti de la cour , par ses principes et par les perspectives que la Révolution ouvrait à sa fortune au parti du peuple, paraissait à Danton un de ces hommes qui peuvent se laisser tenter aussi bien par un grand service à rendre à la liberté que par un grand service à rendre au trône. Roland et ses amis eurent une conférence avec ce général chez Barbaroux. Ils lui dévoilèrent une partie de leurs plans. Montesquiou les écouta sans étonnement et sans répugnance; mais il ne se décida point. Ils crurent que la cour

avait pris les devants et que Montesquiou , doutant du résultat de cette dernière lutte entre le peuple et le roi , voulait rester indécis comme le hasard et libre comme Tévénement. Ils le quittèrent sans rompre avec lui, et se décidèrent à ne donner au peuple d'autre tactique que sa fureur et d'autre général que la fortune.

Le lendemain, 29 juillet, les Marseillais arrivèrent à Charenton. Barbaroux, Bourdon de l'Oise, Merlin, Santerre allèrent à leur rencontre accompagnés de quelques hommes d'action des Jacobins et des faubourgs. Un banquet fraternel réunit les Marseillais et les conjurés de Paris. Les mains se serrèrent, les voix se confondirent. Les chefs venaient de trouver leur armée, l'armée venait de trouver ses chefs. L'action ne pouvait tarder. Après le banquet, où l'enthousiasme qui dévorait les âmes éclata dans les notes du chant de Rouget de Lisle, les conjurés congédièrent pour quelques heures les 3[arseillais logés chez les principaux patriotes de Charenton. Ils se rendirent à la faveur de la nuit dans une maison isolée du village, entourée de jardins, et qui servait depuis plusieurs mois d'asile mystérieux à leurs conciliabules. Santerre, Danton, Fabre d'Eglantine, Panis, Huguenin, Gonchon, Marat, Alexandre, Camille Desmoulins, Yarlet, Lenfant, Barbaroux et

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