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des départements qui concluaient, comme celle de Pétion , à la déchéance du roi. Vaublanc s'éleva avec courai^e contre ces adresses inconstitutionnelles et contre l'oppression des insultes et des menaces que la tribune et les pétitionnaires exerçaient sur la liberté des représentants de la nation. Condorcet justilia les termes de l'adresse de la commune de Paris sur la déchéance; il fit, comme Danton, appel au peuple contre les riches. Les fédérés annoncèrent qu'ils avaient pris l'arrêté de cerner le château des Tuileries jusqu'à ce que l'Assemblée eût prononcé la déchéance.
La cour cependant veillait. Les ministres passaient les nuits chez le roi avec quelques officiers municipaux en écharpe, pour être prêts à donner le caractère légal à la résistance. Des bruits de fuite circulaient dans le peuple. Le ministre de l'intérieur démentit ces rumeurs par une lettre odicielle. « On » répand avec profusion dans Paris une note portant : » Celte nuit, vers deux heures, le roi , en habit ck' » paysan, est sorti du château; il s'est acheminé » vers le Pont-Tournant en suivant la grande allée » des Tuileries. La stature du monar([ue ne permet » guèie de le méconnaître. La sentinelle l'a reconnu » sur-le-champ. Elle a crié aux armes. Le prince » fugitif est retourné à toutes jambes vers le château ;
» il a écrit à l'instant au maire, qui s'est rendu au » château. Le roi lui a raconté révénement à sa ma- » nière. Suivant lui, il n'aurait tenté qu'une simple » promenade. On dit que ]M. de La Rochefoucauld » l'attendait au château pour le conduire en lieu de » sûreté. » Le ministre attestait que le roi n'était pas sorti du château pondant la nuit, et que sa présence serait certifiée par les odiciers municipaux que l'annonce d'une agression nocturne avait retenus auprès «lu roi au moment même où l'on signalait son évasion.
Le G, la nouvelle du massacre de quatre administrateurs de Toulon consterna de nouveau l'Assemblée. On discuta ensuite la mise en accusation de La Fayette. La commission extraordinaire nommée pour instruire cette affaire conclut à 1 accusation. Vauhlanc justifia le général : « S il avait eu des projets » ambitieux ou criminels, il aurait songé d'abord, » comme Sylla , César ou Gromwell , à fonder sa » puissance sur des victoires. Crom\Nell a marché à » la tyrannie en s'appuyant sur la faction dominante, » La Fayette la combat; Cromwell fonda un clul) » d'agitateurs, La Fayette abhorre et poursuit les » agitateurs; Cromwell fit périr son roi, La Fayette » défend la royauté constitutionnelle. »
Brissot, accusé si souvent aux Jacobins de complicité avec La Fayette, voulut lutter de popularité avec Robespierre et ses amis en sacrifiant La Fayette ;m\ soupçons. « Je l'accuse, » s'écria-l-il, « moi qui
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» fus son anii, je raccuse davoir dirigé nos armées » comme s'il eut été d'accord avec la maison d'An- » triche! Je Vaccuse de n'avoir pas vaincu! Je l'ac- » cuse d'avoir consum('; le temps à faire rédiger et » signer des pétitions à ses troupes ! Je l'accuse d'a- » voir aspiré à devenir le modérateur de la France! » Je l'accuse d'avoir abandonné son armée devant » l'ennemi ! » Le tlécret d'accusation fut rejeté à une forte majorité.
En sortant de la séance, Vaublanc, insulté, poursuivi, frappé par le peuple, chercha un refuge dans un poste de la garde nationale. Déjà le peuple ne voulait plus des législateurs, mais des complaisants. Girardin et Dumolard subirent les mêmes oulrages. In fédéré pénétra avec Dumolard jusque dans le corps-de-garde , frappa comme un forcené sur la table, et déclara au courageux représentant que s'il retournait aux séances il lui couperait la tète d'un coup de sabre. Ces faits, rapportés le lendemain à l'Assemblée, y soulevèrent l'indignation des constitutionnels, le sourire des Girondins , les huées des tribunes. Girardin déclara que la veille , en sortant de la séance, il avait été frappé. « En quel endroit? » lui demanda-t-on avec un ricanement ironique. « On » me demande en quel endroit j'ai été frappé! » reprit avec une spirituelle indignation Girardin. « C'est » par derrière. Les assassins ne frappent jamais au- » trement ! » Ce mot lui reconciuit le respect. Le
courage est la première des éloquences , car c'est Téloquence du caractère. Girardin la possédait au plus haut degré. Élève de Rousseau à Ermenonville, il avait la saillie de Voltaire. Nul ne brava autant les passions brutales de la foule dans ces temps de fureur, et ne se fit pardonner plus d'audace par plus d'esprit. Le même jour, douze hommes armés se présentèrent chez Yaublanc, forcèrent sa porte, le cherchèrent en vain dans la maison, et déclarèrent en se retirant que si cet orateur remontait à la tribune il serait massacré en descendant. Vaublanc y remonta le soir même pour y dénoncer ces tentatives d'intimidation. Homme d'un esprit droit , d'une parole facile et sonore, d'une intrépidité antique; s'il n'avait pas l'éloquence d'un orateur de premier ordre, il avait le dévouement d'un citoyen. Il luttait seul cl toujours vaincu contre les Girondins. « Je défie toute » violence, » dit-il, « de nous faire manquer à nos » serments à la constitution. Je défie l'imagination » la plus barbare de se figurer les traitements indi- » gnes dont quelques-uns de nos collègues ont été » hier les victimes. . . Eh quoi ! » ajouta-t-il, « si un de » vos ambassadeurs était avili dans une cour étran- » gère , vous tireriez l'épée pour venger la France » outragée en lui, et vous souftVcz que les représen- » tants de la France souveraine et libre soient traités » sur le sol de la patrie comme ils ne le seraient » pas chez les Autrichiens ou chez les Prussiens?
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Grangeneuve et Isnard justifiaient Pétion par son impuissance et acensèrent les aristocrates d'()tre les instigateurs de ces excès. Guadet fit la proposition dérisoire de demander au roi s'il avait les moyens de sauver l'ordre public et de protéger l'empire? Les risées et les applaudissements de la gauche indiquèrent à Guadet qu'il était compris. Rœderer, procureur-syndic du département, mandé à la barre, ne dissimula rien des dangers publics. Il annonça que le tocsin devait sonner, la nuit, dans les deux quartiers de l'insurrection. Il parla des mesures prises et des forces insuffisantes pour résister au mouvement, Pétion, cité aussi, succéda à Rœderer, justifia la mairie, accusa le département, insinua que la division existait entre les citoyens même appelés à défendre l'ordre , et enveloppa sa complicité avec les Girondins de ces paroles ambigui's qui ont un sens différent selon l'oreille à laquelle on les adresse. Les Girondins comprirent ces paroles conmie un encouragement à leur entreprise, les constitutionnels comme un aveu d'impuissance. Pétion se retira dans sa j)0pularité. L'Assemblée ne conclut rien.
Pendant cette indécision calculée de la municipalité et des Girondins, un directoire secret, connu de Pétion, et qu'il avoue lui-même avoir concerté long-
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temps d'avance le plan de rinsurrection du 10 août, ajïissaif dans Tonibre.
Tl y avait à Paris un eomité cential composé de quarante-trois chefs des fédéiés de Paris et des départements, réunis sous les auspices et dans l'enceinte des Jacobins, pour se concerter entre eux sur la direction à imprimer aux mouvements, (tétait le quartier-général de ce camp de la Révolution. Trop nombreux pour que ses réunions pussent avoir le mystère et l'unité nécessaires aux conjurations, ce comité choisit dans son sein un directoire exécutif secret de cinq membres d'une résolution et d'une capacité avérées. Il leur donna la direction des résolutions et des préparatifs. Ces cinq membres étaient : Vaugeois, grand-vicaire de l'évêque de Blois; Debessé, fédéré de la Drome; Guillaume, professeur à Caen ; Simon , journaliste à Strasbourg, et Galissot de Langres. Ils s'adjoignirent aussitôt pour collègues les meneurs de Paris qui tenaient d'avance les fils de l'agitation dans les ditférents quartiers de la capitale, et les principaux démagogues des faubourgs. C'étaient le journaliste girondin Carra , Fournier l'Américain, Westermann, Kieulin l'Alsacien, Santerre, Alexandre, Lazouski, Polonais nationalisé par son fanatisme républicain; Antoine de Metz, ancien membre de l'Assemblée constituante; Lagrey et Garin, électeurs de 1789.
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La preniirre séance de ce directoire se tint dans un petit cal)aret de la rue Saint-Antoine, au Soleild'Or, près de la Bastille, dans la nuit du jeudi au vendredi '20 juillet. Gorsas , rédacteur du Courrier de Versailles, et un des chefs de colonne qui avaient marché le 6 octobre pour ramener le roi à Paris, lié depuis avec les Girondins pour arrêter le mou^ ement (ju'il avait accéléré , parut à deux heures du matin dans ce cabaret pour y faire prêter aux conjurés le serment de mourir ou de conquérir la liberté. Fournier l'Américain y apporta un drapeau avec cette inscription : Loi martiale du peuple souverain/ Carra alla de là prendre chez Santerre cinq cents exemplaires d'une affiche ne portant que ces mots : Mort à ceux qui tireront sur les colonnes du peuple!
La seconde séance eut lieu le 4 août au Cadran- Bleu , sur le boule^ ard de la Bastille. Camille Desmoulins, l'agent et la plume de Danton, y assista. A huit heures du soir les conjurés, n'ayant pu rien résoudre, se transportèrent, pour de plus complètes informations, dans la chambre d'Antoine l'ex-constituant, rue Saint-Honoré, vis-à-vis l'église de l'Assomption, dans la même maison qu'habitait Robespierre. Madame Duplay, passionnément dévouée aux idées de Robespierre, et tremblante de voir les jours
de son liote compromis par un conciliabule qui désignerait sa maison comme un foyer d'insurrection , monta chez Antoine vers minuit, et lui demanda avec colère s'il voulait donc faire égorger Robespierre? « Il s'agit bien de Robespierre! » répondit Antoine. « Qu'il se cache s'il a peur! Si quelqu'un doit être » égorgé, ce sera nous. »
Carra écrivit de sa main, chez Antoine, le dernieiplan de l'insurrection, la marche des colonnes, l'attaque du château. Simon de Strasbourg copia ce plan et en envoya, à minuit, des copies chez Santerre et chez Alexandre, les deux commandants des faubourgs. L'insurrection , mal préparée , fut encore ajournée au 10. Enfin, dans la nuit du 0 au 10, les membres du directoire se subdivisèrent en trois noyaux insurrectionnels et se réunirent en trois endroits différents à la même heure, savoir : Fournier l'Américain avec Alexandre au faubourg Saint-^Iarceau ; Westermann, Santerre et deux autres au faubourg Saint-Antoine; Carra et Garin à la casenu^ des Marseillais et dans la chambre même du commandant, où ils délil)érèrent sous les yeux de sa troupe. Des réunions de royalistes, pour concerter le salut du roi , avaient lieu pendant la même nuit à quelques pas de ces conciliabules. L n émissaire d'une de ces réunions contre-révolutionnaires chargé de papiers importants se trompa de porte et entra dans la maison où les républicains conspiraient. On re-
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connut Terreur en ouvrant les dépêches. Carra pro- |)osa de tuer le messager afin de conserver le secret <le la conjuration républicaine (|ue le hasard venait <le lui révéler. IMais un crime isolé était inutile au moment où le tocsin allait trahir la conspiration de tout un peuple.
r.e tocsin sonnait en ciïet, dans queUfues clochers des quartiers lointains de Paris. Une page d intime confidence arrachée aux souvenirs de cœur de la jeune femme de Camille Desmoulins , Lucile Duplessis, et tachée du sang de cette jeune victime, a conservé à l'histoire les impressions tour à tour naïves et sinistres que ces premiers coups de tocsin firent sur les conspirateurs du 10 août. Pendant qu'ils arment leurs bras et ([u'ils composent leur visage pour le combat ou pour la mort, on lit leurs émotions à travers leur rôle. Le 8 août, Lucile revint de la campagne à Paris pour se rapprocher de Camille Desuioulins à la veille du danger. Elle adorait son mari. Le 9 , ils donnèrent un diner de famille à Fréron, à Rebecqui, à Barbaroux, aux principaux chefs marseillais. Le repas fut gai comme l'imprévoyance de la jeunesse. La présence de cette belle femme, familié, le vin, les fleurs, l'amour heureux, les saillies (le Camille, l'espérance de la liberté prochaine voilaient la mort que pouvait receler la nuit. On se sépara pour aller chacun à son sort.
Lucile, madame Duplessis sa mère et Camille Des-
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moulins allèrent chez Danton. II? trouvèrent sa femme dans les larmes. Son enfant pleurait, sans comprendre, en regardant sa mère, comme s'il eut eu le pressentiment de Télévation soudaine, des crimes et du supplice auxquels cette soirée fatale allait vouer son père. Danton était serein, résolu, presque jovial, avec une arrière-pensée de gravité; heureux de l'approche d'un grand mouvement et indifférent au résultat, pourvu qu'il en sortit de l'action pour son génie. On n'était pas bien sur encore que le peuple se levât en masse assez imposante et que le mouvement put avoir lieu cette nuit. ^Madame Desmoulins prétendait qu'il aurait lieu, et qu'il serait triomphant. EUe trouvait ces pronostics dans son bonheur, et elle les affirmait en riant. « Peut-on rire aussi foUew ment dans une heure si inquiète ! » lui dit plusieurs fois madame Danton. « Hélas ! » répondait la républicaine, qui changeait de physionomie et d'accent comme d'impression , « cette gaieté insensée me » présage peut-être que je verserai bien des larmes » ce soir ! »
Le ciel était serein, les femmes descendirent pour respirer l'air et firent quelques pas dans la rue. Il \ avait assez de mouvement. Plusieurs sans-culottes passèrent en criant : Vive la nation ! puis (pielques troupes à cheval , enfin une foule immense. Lucile