‹ Histoire des GirondinsChapitre 5 sur 194 · LIVRE DlX-SEPTIEiME · texte numérisé non relu

LIVRE DlX-SEPTIEiME

et préparé des manifestations dans les tribunes. L'entrée de La Fayette dans l'Assemblée fut saluée par quelques salves d'applaudissements. Les murmures d'étonncment et d'indignation des Girondins leur répondirent. Le général, accoutumé aux tumultes de la place publique, opposa un front calme à l'attitude de ses ennemis. Placé par la témérité de sa démarche entre la haute cour nationale d'Orléans et le triomphe, cette heure était la crise de son pouvoir et de sa vie. Homme plus intrépide de cœur que prompt aux coups de main , il ne pâlit pas. « Mes- » sieurs, » dit-il, «je dois d'abord vous donner Tas- » surance que mon armée ne court aucun danger » par ma présence ici. On m'a reproché d'avoir » écrit ma lettre du 1 6 juin au milieu de mon camp ; )) il était de mon devoir de prutcster contre cette im- » putation de timidité , de sortir de cet honorable » rempart que l'alTection des troupes formait autour » de moi, et de me présenter seul. Un motif plus » puissant m'appelait. Les violences du 20 juin ont » soulevé l'indignation et les alarmes de tous les bons » citoyens et surtout de l'armée. Dans la mienne les ))ofïiciers, sous-olliciers et soldats ne font qu'un. » J'ai reçu de tous les corps des adresses pleines de » dévouement à la constitution , de haine contre les » factieux. J'ai arrêté ces manifestations. Je me suis » chargé d'exprimer seul le sentiment de tous. C'est » comme citoyen que je vous parle. Il est temps de

«garantir la constitution, d'assurer la liberté de » l'Assemblée nationale , celle du roi , sa dignité. » Je supplie l'Assemblée d'ordonner que les excès » du 20 juin seront poursuivis comme des crimes de » lèse-nation, de prendre des mesures efficaces pour » faire respecter toutes les autorités constituées et » particulièrement la vôtre et celle du roi , et de » donner à l'armée l'assurance que la constitution » ne recevra aucune atteinte à l'intérieur pendant » que les braves Français prodiguent leur sang pour » la défense des frontières. »

Ces paroles, écoutées avec le frémissement concentré de la colère par les Girondins, furent applaudies de la majorité de l'Assemblée. Derrière La Fayette, Brissot et Robespierre voyaient la garde nationale et l'armée. Sa popularité, qui n'était plus qu'une ombre, le protégeait encore ; mais quand les Jacobins et les Girondins , un moment consternés , virent que ce n'était là qu'un coup d'État comminatoire, et qu'il n'y avait ni baïonnettes ni mesures pour appuyer cette manifestation désarmée, ils commencèrent à se rassurer. Ils laissèrent le général sans soldats traverser triomphalement la salle et aller s'asseoir au banc des plus humbles pétitionnaires. Ils tâtèrent même son ascendant sur l'Assem-

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