LIVRE DIX-SEPTIÈME
blée pour voir s'il était solide. « Au moment où j'ai » vu M. de La Fayette , » dit ironiquement Guadet, « une idée bien consolante s'est offerte à mon esprit : » Ainsi, me suis-je dit, nous n'avons plus d'ennemis » extérieurs. Ainsi les Autrichiens sont vaincus ! » L'illusion n'a pas duré longtemps ; nos ennemis » sont toujours les mêmes , nos dangers extérieurs » n'ont pas changé , et cependant monsieur de La » Fayette est à Paris ! il se constitue l'organe des hon- » nêtes gens et de l'armée! Ces honnêtes gens, qui » sont-ils? Cette armée, comment a-t-elle pu délibé- » rer ? Mais d'abord qu'il nous montre son congé! » Les applaudissements revinrent à la Gironde. Ramond veut répondre à Guadet : il fait un éloge emphatique de La Fayette , « ce fils aîné de la liberté » française, cet homme qui a sacrifié à la Révolution » sa noblesse, sa fortune, sa vie? — Faites-vous donc » son oraison funèbre! » crie Saladin à Ramond. Le jeune Ducos déclare que la liberté des délibérations est opprimée par la présence d'un général d'armée. Isnard , Morveau, Ducos , Guadet se groupent sur les marches de la tribune. Le mot de scélérat se fait entendre. Vergniaud dit que 3L de La Fayette a quitté son poste devant l'ennemi , que c'est à lui et non à un maréchal-de-camp que la nation a confié le commandement d'une armée, qu'il faut savoir seulement s'il l'a (juittée sans congé? Guadet insiste sur sa proposition. Gensonné demande l'appel no-
minai. L'appel nominal donne une faible majorité aux amis de La Fayette. Sa lettre est renvoyée à la commission des Douze.
Voilà toute la victoire qu'obtint cette démarche. Une intention généreuse , un acte de courage individuel, de saines paroles, un vote et rien après. De même que les Girondins au 20 juin, La Fayette osa trop ou trop peu. Menacer sans frapper en politique c'est se découvrir ; c'est donner le secret de sa fail)lesse à ceux qui peuvent croire encore à votre force. Si La Fayette eût tenté de faire de sa présence à Paris un coup d'État et non un coup parlementaire; s'il se fût assuré d'un régiment, de quelques bataillons de garde nationale soldés; s'il eût marché sur les Jacobins , fermé leurs clubs en se rendant à l'Assemblée aux applaudissements des citoyens ; s'il eût fait préparer par ses amis une motion qui lui donnât la dictature militaire de Paris, la responsabilité de la constitution , la garde de l'Assemblée et du roi, il pouvait peut-être écraser les factieux : sa conduite réservée ne fit que les irriter.
L'Assemblée délibérait encore. Il était déjà sorti, n'emportant pour conquête que quelques sourires et quelques battements de mains. Il se rendit chez le roi. La famille roNale v était réunie : le roi et la reine