LIVRE VINGTIÈME. H
Cette rupture de communication rendait Tagression impossible par le premier étage. Un poste de trente Suisses veillait jour et nuit dans l'espace compris entre cette coupure et le pavillon de Flore.
Telle était la disposition des lieux où le roi était condamne à recevoir la bataille du peui)le. Cerné dans ce palais, il n'y avait ni arsenal, ni rempart, ni liberté de mouvements, ni retraite. Les Tuileries n'étaient faites que pour réirner ou pour mourir.
L'imminence de l'attaque était avérée pour tous les partis. Pétion , depuis quelques jours, se rendait souvent au château pour y conférer avec les ministres, et avec le roi lui-même, sur les moyens de défendre le palais et la constitution. Venait-il exécuter sincèrement les devoirs que ses fonctions lui imposaient? Venait-il réjouir d'avance ses regards des angoisses de la famille royale et de l'impuissance de ses défenseurs? Sa complicité secrète avec les conjurés, ses ressentiments personnels contre le roi et ses liaisons avec Roland laissent les conjectures aussi flottantes que le caractère de cet homme.
Dans la soirée du 0, Pétion se rendit à T Assemblée et annonça que le tocsin sonnerait dans la nuit. Il donna, de sa main, à 31. de Mandat, l'ordre de doubler les postes et de repousser la force par la force.
.M. de Mandat, un des tiois chefs de division qui commandaient tour à tour la garde nationale , était chargé, à ce titre, du commandement général des Tuileries. C'était un gentilhomme des environs de Paris, capitaine dans les gardes françaises avant la Révolution , puis chef de bataillon de la garde nationale sous M. de La Fayette, dont il partageait les opinions. Dévoué d'esprit à la constitution, de cœur au roi , il croyait confondre ses devoirs d'opinion et SCS devoirs de soldat en défendant dans Louis XVI le roi de ses aïeux et le chef légal de la nation. Homme intrépide, mais de peu de ressources dans l'esprit, il était plus propre à bien mourir qu'à bien commander. Le roi se liait néanmoins avec raison à son dévouement. Le jeudi 9 , Mandat donna ordre à seize bataillons, choisis dans la garde nationale, de se tenir prêts à marcher. A six heures du soir tous les postes furent triplés au château. Depuis <leux jours, le régiment des gardes-suisses tout entier, au nombre de neuf cents hommes, était arrivé.