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cis (lu tiônc ces heures d'obscurité et de paix. Il abdiquait un moment le rang suprême. Il croyait que la destinée Toubliait parce qu'il oubliait la destinée.
Toute cette partie du palais, ainsi que la galerie des Carraches, la salle du conseil, la chambre du lit, les salles des gardes, le théâtre, la chapelle, était devenue une place d'armes couverte de fusils en faisceaux, de postes militaires et de groupes d'hommes armés. Les uns, assis en silence sur les banquettes, s'assoupissaient, leurs fusils entre leurs jambes ; les autres étaient étendus , enveloppés dans leurs manteaux, sur le parquet des salles; le plus grand nombre, se formant en groupes dans les embi-asures des fenêtres et sur les larges balcons du château éclairés par la lune, s'entretenaient à voix basse des préparatifs de l'attaque et des hasards de la nuit. De minute en minute. Mandat, commandant général , et ses aides-de-camp passaient des jardins et des cours chez le roi, de chez le roi dans les postes. Les ministres, les généraux, M. deBoissieu, M. de Lachesnaye, commandant en second la garde nationale sous -M. de .Mandat; d'Ermigny, commandant de la gendarmerie; Cari et Guinguerlo, ses lieutenants; lUrderer, les membres du département de Paris, deux olliciers municipaux, Leroux et iJorie,
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Pétion lui-morae parcouraient sans cesse les appartements; leuis physiononriies , plus sombres ou plus sereines selon les nouvelles qu'ils portaient au roi, répandaient la confiance ou Tinquiétude dans les salles. Des demi-mots jetés en passant par ces chefe aux commandants des postes circulaient. Les heures étaient longues comme l'incertitude et agitées comme l'attente.
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Pendant que ces troupes légales se groupaient aux ordres de la loi autour du chef constitutionnel du royaume, d'autres défenseurs volontaires, appelés du fond de leur province ou de leurs demeures par les dangers de cette journée, se pressaient autour du roi pour le couvrir de leurs corps. Sans autre titre que leur courage pour entrer au château, où leur présence était suspecte à la garde nationale, ils s'y glissaient un à un, sans uniforme, cachant leurs armes, baissant la tète et comme honteux de venir apporter leur sang et leur vie.
C'étaient d'abord les officiers de la garde constitutionnelle récemment licenciée par le décret de l'Assemblée, mais conservant leurs armes sous la main, leur serment dans leur cœur. C'étaient ensuite quelques jeunes royalistes de Paris , qui , à l'Age où la générosité fait l'opinion, s'étaient épris des larmes de la reine, des vertus de sa sœur, tle
l'innocence des enfants, des supplices de la royauté, et qui trouvaient glorieux de se ranger du parti des faibles. André Chénier, Champcenetz, Suleau , Richer-Serizy, tous les écrivains royalistes et constitutionnels quittaient tour à tour l'épée pour la plume, la plume pour Tépée. Ils étaient là. C'étaient aussi quelques fidèles serviteurs de la domesticité du château attachés à la cour de père en fils, pour qui le foyer du roi était, pour ainsi dire, leur propre foyer; vieillards venus de Versailles, de Fontainebleau,. de Compièp;ne , à la nouvelle des périls de leur maître. Quelques-uns menaient avec eux leurs enfants élevés dans les Pages, qui avaient à peine la force de porter une arme. Mais ces familles inféodées par des bienfaits à la royauté s'offraient tout entières à leur maître sans se réserver ni la vieillesse ni Tenfance; prêtes à tout rendre au trône de qtii elles tenaient tout. Enfin c'était environ deux cents gentilshommes de Paris ou des provinces, la plupart braves officiers retirés récemment de leur régiment, et qui n'avaient voulu ni trahir leur caste en marchant contre leurs frères émigrés, ni trahir la nation en émigrant. Accourus de leurs provinces pour offrir leurs bras au roi, ils représentaient à eux seuls tout ce qui restait en France de cette noblesse militaire qui était allée porter son camp à l'étranger. Placés entre leur conscience qui leur défendait de combattre la patrie, le peuple qui les suspectail, et la
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cour qui leur reprochait leur fidélité au sol, ces -gentilshommes faisaient leur devoir sans espérance et sans illusion ; surs de l'ingratitude de la cour si la royauté triomphait, surs de mourir si le peuple était vainqueur.
Dévouement austère qui n'avait son prix qu'en lui-même; mort ingrate et méconnue, seul rôle que le malheur des temps laissât à cette noblesse qui voulait rester à la fois fidèle comme les chevaliers et nationale comme les citoyens! Le vieux et intrépide maréchal de Mailly, âgé de quatre-vingts ans, mais jeune de dévouement à son malheureux maître, dont il était aussi fami, passa la nuit, armé, debout, à la tête de ces gentilshommes. Messieurs d'Hervilly, de Pont-Labbé, de Vioménil, de Casteja, de Yillers, de Lamartine, de Virieu, du \ igier, de Clermont-d'Amboise, de Bouves, d'Autichamp, d'Allonville, de Maillé, de Chastenay, de Damas, de Puységur, tous militaires de grades et d'armes divers, commandaient sous le maréchal de Mailly des pelotons de cette troupe d'élite.
On divisa ce corps de réserve en deux compagnies, Tune sous les ordres de M. de Puységur, lieutenant-général, et de M. de Pont-Labbé, maréchal-de-camp; l'autre ayant pour capitaine M. de
I3i HISTOIRE DES GIRONDINS.
Vioménil, lieutenant -général , et pour lieutenant M. dHervillv, na2;uère commandant de la sarde constitutionnelle dissoute. Ces officiers avaient espéré trouver des armes de combat au château. On avait négligé cette précaution. La plupart n'avaient pour défense que leur épée et des pistolets à leur ceinture. Quelques officiers civils de la maison du roi qui s'étaient joints à cette troupe s'étaient armés à la liàte de chenets et de pincettes arrachés aux foyers des appartements. Ces armes étaient ennoblies par le courage désespéré des serviteurs qui les saisissaient pour défendre la demeure de leur souverain.
M. d'Hervilly fit passer en revue par le roi et par la reine ces deux compagnies rangées en haie dans les salles. La famille royale, plus touchée de l'atta- <liement de celte noblesse qu'elhayée de son petit nombre, adressa des paroles de reconnaissance à ces loyaux officiers. Quelques mots énergiques de Marie-Antoinette, la dignité de son geste, l'assiirance de son regard électrisèrent tellement cette poignée de braves , qu'ils tirèrent leurs épées et «•hargèrent spontanément leurs armes sans autre commandement qu'un élan unanime et martial. Ce geste était un serment. La victoiie était dans leur attitude. Quelques grenadiers de la gaide nationale se confondirent dans leurs rangs [)our montrer la «•onfiance mutuelle et l'unité de dévouement (jui