‹ Histoire des GirondinsChapitre 58 sur 194 · I.IVKE VINMIÈMK. U · texte numérisé non relu

I.IVKE VINMIÈMK. U

animaient tous les amis du roi sans disliiicliou d'armes.

La masse des gardes nationaux répandus dans les appartements et dans les cours murmura de cette manifestation royaliste et allbcla de voir une conspiration dans cette fidélité. On demanda l'éloignement de ces gentilshommes. La reine, se plaçant à la porte de la chambre du conseil, entre eux et la carde nationale, résista avec fermeté à cette demande d'expulsion des derniers et des plus fidèles amis du roi : a Voyez, messieurs, » dit-elle à la garde nationale en montrant du geste la colonne des royalistes, a ce sont nos amis et les vôtres ! ils vien- » nent partager vos dangers, ils ne demandent que » riionneur de combattre avec vous. Placez-les où » vous voudrez, ils vous obéiront, ils suivront votre » exemple, ils montreront partout aux défenseurs » de la monarchie comment on meurt pour son roi. » Ces paroles calmèrent l'irritation de ceux qui les entendirent de près; mais mal répétées et mal interprétées par ceux qui étaient les plus éloignés, elles portèrent la jalousie et le ressentiment parmi les l)ataillons.

Un de ces gentilshommes, en passant devant un corps de gardes nationaux en bataille dans la cour Royale, eut l'imprudence de s'approcher des officiers qui le commandaient : « Allons , messieurs de » la garde nationale, » leur dit-il, « c'est le moment

» de montrer du courage ! » Ce mot blessa la susceptibilité des citoyens. — « Du courage! soyez tran- » quille, » lui répondit un des capitaines de ce bataillon, « nous n'en manquerons pas, mais ce n'est » pas à côté de vous que nous le montrerons. » Puis, sortant des rangs et des cours, il passa sur le Carrousel et alla se ranger du côté du peuple. La moitié du bataillon le suivit.

Tout présageait la défection , rien n'imprimait l'élan. On attendait le sort et on ne le préparait pas. Le roi priait au lieu d'agir.

Plus chrétien que roi , renfermé pendant de longues heures avec le père Hébert, son confesseur, il employait à se résigner ces instants suprêmes que les catastrophes les plus désespérées laissent encore aux grands caractères pour ressaisir la fortune. Quatre ou cinq mille combattants, ayant pour champ de bataille le palais des rois, avec des baïonnettes disciplinées, des canons, de la cavalerie, un roi à leuitête, une reine intrépide, des enfants innocents au milieu d'eux, une assemblée indécise à leur porte, lu légalité et la constitution de leur côté, et l'opinion r, au moins partagée dans la nation, pouvaient, peutêtre, repousser ces masses confuses et désordonnées que l'insurrection amenait lentement sur le château,

LIVKK Vl.\(jTIEMH. 137

rompie ces colonnes de peuple qui ne se grossissent que des incertains qu'elles entraînent, foudroyer ces Mai'seillais qui étaient odieux dans Paris, balayer les faubourij^s, rallier les bataillons flottants de la force civique par le prestige do la \ictoire, imposer à TAssemblée dont la majorité hésitait encore la veille, reprendre un moment l'ascendant de la k^galité et de la force, faire appel à La Fayette et à Luckner, opérer la jonction avec les troupes à Compiègne, placer le roi au centre de l'armée, entre l'étranger et son peuple, et faire reculer à la fois la coalition et la révolution quelques jours. Mais pour cela il fallait un héros, la monarchie n'avait qu'une victime.

Page 1