LIVRE VINGT ET UNIÈME. I iT
» est faux; les gardes nationaux ont été pleins de » déférence et de respect pour le maire de Paris. » Moi-même je l'ai salué en partant. » Au milieu de ces interrogations, on dépose sur la table du conseilgénéral une lettre de Mandat au commandant du poste de rHôtel-de-Ville. On en demande la lecture. Mandat ordonnait au bataillon de service de dissiper l'attroupement qui se portait au château en l'attaquant en flanc et par derrière. Cette lettre est l'arrêt de mort de Mandat. Le conseil ordonne qu'il soit conduit à l'Abbaye. Le président, en donnant cet ordre, fait un geste horizontal qui en explique le sens. Un coup de pistolet abat l'infortuné commandant sur les marches de l'Hôtel-de-Ville. Les piques et les sabres l'achèvent. Son fils, qui l'attendait sur le perron , se précipite sur le cadavre de son père et le dispute en vain aux meurtriers. Le corps de Glandât, lancé dans la Seine, fait disparaître l'ordre de Pétion.
On a accusé du crime celui dans l'intérêt de qui le crime était commis. L'histoire, sévère pour la duplicité d'esprit de Pétion, n'a jamais pris sa main dans le sang. Il servait la Révolution par des faiblesses, par des complicités morales, jamais par Tassas^ sinat. L'ordre de tirer sur le peuple, si on l'eût retrouvé, accusait la municipalité tout entière; la mori de Mandat anéantissait le seul témoignage. Cette mort, par des mains inconnues, n'accusa personne,
us HISTOIRE DES GIRONDINS.
et le flot de la Seine couvrit la responsabilité de la municipalité. Le conseil nomma sur-le-champ Santerre commandant-général de la garde nationale à la place de Mandat. Pétion , qui rentrait alors chez lui en sortant de l'Assemblée, trouva à sa porte six cents hommes envoyés par Santerre pour le garder dans sa maison et pour défendre sa vie des embûches de la cour.
La nouvelle de la mort de Mandat, apportée aux Tuileries par son aide-de-camp, répandit la consternation dans rame du roi et de la reine, Thésitation dans la garde nationale. Lachesnaye, chef de bataillon , prit le commandement. Mais l'Hotel-de-YiHe occupé par les sections, une municipalité révolutionnaire et le commandement général donné à Santerre brisaient sa force morale dans ses mains. Le sort de .Mandat lui présageait le sien. Les deux avant-postes de l'Hôtel-de-Ville et du Pont-Neuf étaient forcés. Le faubourg Saint-Antoine au nombre de quinze mille hommes débouchait par Tarcade Saint-Jean. Les .Marseillais et le faubourg Saint-]\rarceau au nombre de six mille hommes franchissaient le Pont-Neuf. Une foule immense de curieux grossissait à l'œil cette armée du peuple et en portait l'apparence à plus de cent mille hommes. Ces deux corps allaient