LIVRE VINGT ET UNIÈME
cette dernière éloquence des revers ; si quelques mots lancés de son cœur dans celui des soldats avaient circulé de rang en rang, et imprimé un de ces coulants d'émotion martiale qui entraînent si aisément les hommes rassemblés; si un drapeau, un geste, une épée tirée . à propos eût fasciné les yeux et courbé cette forêt de baïonnettes sous le plus léger frémissement d'enthousiasme, on aurait combattu, on aurait vaincu, et la constitution raflermie par une victoire aurait vacillé quelques mois de plus.
Mais Louis XVI n'avait dans sa personne ni la grâce de la jeunesse qui séduit, ni la majesté de la vieillesse qui attendrit les hommes. Rien de martial ne révélait en lui son chef au soldat, son père au peuple. Au lieu de revêtir un uniforme et de monter à cheval, il était à pied, en habit violet, couleur de deuil des rois ; sans bottes, sans éperons, avec une chaussure de cour, des souliers à boucles, des bas de soie blancs , un chapeau sous le bras, ses cheveux frisés et poudrés de la veille , sans qu'une main attentive eût réparé dans cette coiffure le désordre des sommeils rapides et des agitations de la nuit. Son regard intimidé, non par le danger, mais par la représentation, était terne, indécis, errant ; sa bouche avait le sourire gracieux mais banal de toutes les heures de sa vie de prince; sa démarche, lourde et flottante, balançait son corps d'un pied sur l'autre, comme ilans les froides réceptions de cour. Sa personne man-
16i HISTOIRE DES GIRONDINS.
quait entièrement d'accent ; on attendait tout , il n'inspirait rien. Il fallait réflécliir pour être attendri. Il n'avait , dans cette revue, d'autre prestige que celui de son abattement.
Cependant la seule présence de ce roi arraché au sommeil par l'insurrection, de cette reine, de cette sœur en habits de deuil , de ces enfants menés par la main , venant solliciter processionnellement et en silence , dans les salles et dans les cours de leur demeure, la fidélité de leurs amis, l'honneur du soldat, la pitié de leurs ennemis , avait par elle-même une éloquence qui pouvait se passer de paroles. Le roi en balbutiait quelques-unes, à peine entendues, toujours les mêmes, comme un refrain qui dispense de penser : « Eh bien, messieurs! on dit qu'ils vien- ))nent... Je ne sais pas ce qu'ils veulent... Nous » verrons... Ma cause est celle de la constitution et » de tous les bons citoyens... Nous ferons notre de- » voir , n'est-ce pas ? »
Ces paroles, prononcées de distance en distance et interrompues par de rares acclamations et par le retentissement des armes, que les postes présentaient au roi, suffisaient à la contenance, mais ne suffisaient pas à la gravité du moment. La reine , qui suivait pas à pas le roi, relevait ces paroles par la noblesse