‹ Histoire des GirondinsChapitre 72 sur 194 · LIVRE VINGT ET UNIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT ET UNIEME

l'objet d'un culte chevaleresque. Les uns lui demandaient sa main à baiser, les autres la priaient de toucher seulement leurs armes, ceux-ci jetaient leurs manteaux sous ses pieds et sous ceux du Dauphin et de Madame Royale; ceux-là, plus familière, élevaient l'enfant dans leurs bras au-dessus de leur tête, drapeau vivant pour lequel ils juraient de mourir !

A ces transports, la reine s'exalte elle-même; saisissant deux pistolets à la ceinture de M. de ]Maillardoz, commandant des Suisses, elle les présente au roi : « Voilà l'instant de se montrer, » lui ditelle, « ou de périr avec gloire au milieu de ses » amis! » Le roi remit ces pistolets à M. de Maillardoz ; il sentit que la vue de ces armes le dépopulariserait , et que sa meilleure défense aux yeux des citoyens était son inviolabilité et la loi.

Après avoir visité tous les postes de l'intérieui avec sa famille, le roi , descendu dans le vestibule du grand escalier, fit remonter la reine, madame Elisabeth et les enfants dans leurs appartements. Il voulut achever seul la revue des forces extérieures. Il craignit que la reine , tant calomniée aux oreilles du peuple, n'eût à subir quelques outrages et peutêtre quelques dangers personnels en passant devant le front des bataillons.

Le roi s'avança dans la cour Royale, suivi de MM. de Boissieu et de Menou, maréchaiix-de-camp, commandant au château; de MM. de Maillardoz et deBachmann, officiers supérieurs des Suisses; de M. de Lajard, ancien ministre de la guerre; de M. Duljouchage, ministre de la marine, et du prince de Poix-Noailles, ancien capitaine des gardes du corps. Le bruit des tambours qui battaient aux champs, les commandements des officiers qui ordonnaient de porter les armes, les acclamations de la foule des royalistes qui se pressaient aux portes , aux fenêtres, sur les balcons du château, et qui éle- \ aient leurs chapeaux en l'air en criant Vive le roi ! ontraincrent un peu les bataillons et leur arrachèrent quelques derniers cris de fidélité. La reine, madame Elisabeth, les femmes, les serviteurs. qui les entoulaient pleurèrent de joie en contemplant du haut du balcon de la salle des Gardes ces signes d'attachement. Cette joie fut courte et inquiète. Deux bataillons douteux entrèrent dans les cours pendant la revue. Silencieux et mornes, ils contrastaient avec les bataillons dévoués. Les canonniers, jusque-là impassibles, allèrent fraterniser avec eux. M. de iioissieu jugea qu'il était prudent d'éloigner ces bataillons, et leur assigna leur place plus loin du Pa-

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