‹ Histoire des GirondinsChapitre 73 sur 194 · LIVRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT ET UNIÈME

lais, sur la terrasse du bord de la Seine. Ils défilcj-ent devant le roi pour s'y rendre, aux cris de Vive la nation !

Des cours, le roi passa dans le jardin. Les bataillons royalistes des quartiers des Petits -Pères et des Filles-Saint-Thomas, rangés en bataille à droite et à gauche de la grande porte, sur la terrasse du château , le couvrirent de leurs Ijaïonnettes , de leur enthousiasme et de leurs serments. Des grenadiers l'entourèrent et le prièrent d'aller passer en revue leurs camarades placés à l'extrémité du jardin , au Pont-Tournant, pour raffermir par sa présence ce poste si important à la défense. Le roi s'y hasarda, malgré les représentations de quelques personnes de sa suite qui lui faisaient craindre d'être attaqué en chemin par les bataillons de piques, rangés sur la terrasse du bord de l'eau.

Le faible cortège royal traversa le jardin dans toute sa longueur sans accident. Les grenadiers du Pont-Tournant se montrèrent pleins de résolution et d'énergie. Mais deux esprits se partageaient la garde nationale comme la France. A peine le roi eut-il quitté le Pont-Tournant pour revenir au château, que les bataillons de piques , ceux du faubourg Saint-Marceau et les deux bataillons entrés pendant la revue et postés par M. de Boissieu sur la terrasse de la Seine élevèrent en immense clameur leurs insultes et leurs menaces contre la cour. Cette clameur

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monta du jardin jusqu'aux appartements des Tuileries. La reine, assise dans la chambre du roi, s'\ reposait un moment , entourée de ses enfants , de sa sœur, des ministres et de Rœderer. Ce bruit fit voler un des ministres vers la fenêtre. La reine s'y précipita. Le ministre l'écarta respectueusement; il ferma la fenêtre pour épargner à cette princesse la vue des gestes et des outrages contre son mari. « Grand ))Dieu! » dit-elle, « c'est le roi qu'on hue! Nous » sommes perdus! » Elle retomba anéantie sous ces alternatives de vie ou de mort.

Le roi rentra défait, inondé de sueur, le désespoir dans 1 àme, la rougeur sur le front. Pendant toul Je trajet du Pont-Tournant aux Tuileries, il avait dévoré le désespoir et l'ignominie. Il avait vu brandir de loin, contre sa personne, les piques, les sabres, les baïonnettes rassemblés pour le défendre. Les poings levés, les gestes meurtriers, les apostrophes cyniques, les mouvements de rage de quelques forcenés s'efforçant de descendre de la terrasse dans le jardin, pour venir fondre sur son escorte, retenus à peine par leurs camarades et se vengeant de leur impuissance par leurs imprécations, l'avaient accompagné jusqu'à la porte. Son faible cortège n'avait pu même le préserver de danger pour sa vie. Un homme, en uniforme de garde nationale , d'une figure sinistre , portait souvent la main sous son unifoime, comme pour y chercher

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