LIVRE VINCJT ET UNIÈME
un poignard , et suivait le roi pas à pas. Un grenadier s'attacha à cet homme et se plaça sans cesse entre le roi et lui. En rentrant au poste, après avoir mis le roi à l'abri dans son palais, ce grenadier s'évanouit d'horreur de la scène dont il avait été témoin.
A peine Louis XVI était-il rentré que deux de ces bataillons du bord de l'eau sortirent par la pfrille du Pont-Royal . avec Jeurs canons , et se rangèrent eu bataille sur le quai, entre le jardin et le pont, pour attendre les Marseillais et pour attaquer ensemble. Deux autres bataillons se débandèrent dans la cour Royale. Ils rentrèrent au Carrousel et s'y portèrent pour attendre les bataillons en retard et pour les entraîner dans leur défection. Une masse immense de peuple, de fédérés de Brest, d'insurgés des faubourgs, s'accumula sui^ la place, autour de ces bataillons.
XIY.
Il était sept heures. Le tocsin n'avait pas cessé de tinter pendant la nuit. Depuis que l'heure matinale où le peuple se lève pour se rendre à ses travaux du jour avait sonné, les rues et les places, d'abord lentes à se remplir, s'étaient encombrées de foule. Ces masses de peuple , stagnantes dans leurs mouvements , attendaient que les bataillons de leurs quartiers se fussent rassemblés pour les suivre. A
peine apercevait-on un faible courant vers le Louvre et vers le Pont-Royal , dans les rues qui versent du faubourg Saint-Antoine et du faubourg Saint-Marceau dans le centre de Paris. Les deux foyers d'impulsion étaient maintenant, l'un à l'Hôtel-de-YiHe avec Santerre et Westermann ; l'autre dans l'aiicien bâtiment des Cordeliers, où siégeait le club de ce nom et où les Marseillais avaient été casernes.
Les Cordeliers avec leur club et leur caserne étaient au quartier Saint-Marceau et à la Five gauche de la Seine ce que rHôtel-de-Ville était pour le faubourg Saint-Antoine et pour la rive droite : le cœur et le bras de l'insurrection. A minuit, Danton, Camille Desmoulins, Fabre d'Églantine, Carra, Reliecqui, Barbaroux et les principaux meneurs du club s'étaient constitués en séance permanente. Danton, l'orateur des Cordeliers et l'homme d'État (hi peuple, avait fait ouvrir la salle aux Marseillais. « Aux armes! » leur avait-il dit. « Vous entendez le » tocsin, cette voix du peuple. Il vous appelle au » secours de vos frères de Paris. Vous êtes accourus » des extrémités de l'empire pour défendre la tête )) de la nation menacée dans la capitale par les con- » spirations du despotisme! Que ce tocsin sonne la » dernière heure des rois et la première heure de la » vengeance et de la liberté du peuple ! Aux armes, » et ça ira ! »
A peine Danton avait-il proféré ces rapides paroles