LIVRE VINfiT-DEUXIÈME
cliassa. Il y rentra en vertu d'un décret de l'Asscinl)lée constituante après un comljat livré entre les troupes de ligne qui l'appuyaient et la garde nationale qui le repoussait. Son triomphe fut de quelques heures. Arrêté de nouveau par ordre du département et enfermé à Saint-Lazare pour y subir sa première condamnation, il se réclama de Danton. Danton , sentant tout le parti qu'on pouvait tirer d'un pareil homme, le fit mettre en liberté la veille du 10 août. Westermann avait flairé de loin la guerre civile et les fortunes militaires que les révolutions recèlent dans leur sein pour les soldats heureux. Il s'était donné à la cause du peuple pour grandir ou pour mourir. Danton lui fit trouver une armée et lui donna la direction de cette foule , après l'avoir soulevée. Tel était Westermann. Santeric, quoique commandant-général, avait senti la supériorité du jeune Allemand et lui avait laissé le commandement de cette avant-garde et les hasards de cette expédition.
Westermann Aoyant que les Suisses et les grenadiers nationaux refusaient d'ouvrir les portes, fit avancer cinq pièces de canon et menaça de les enfoncer. Ces portes en bois , tombant de vétusté , ne pouvaient résister à la première décharge. A l'aj)proche de Westermann, les ofhciers municipaux Borie et Leroux, Rœderer et les autres membres du département, témoins de l'hésitation des troupes et frappés de l'imminence du danger, remontèrent pré- TOME m. 42
cipitamment au château. Ils traversent les salles qui précèdent la chambre du roi. La consternation do leurs visages parlait assez. Louis XYI était assis devant une table placée à l'entrée de son cabinet. Il avait les mains appuyées sur ses genoux, dans l'attitude d'un homme qui attend et qui écoute. La reine, les yeux rouges et les joues animées par l'angoisse, était assise avec madame Elisabeth et les ministres entre la fenêtre et la table du roi; la princesse de Lamballe, madame de Tourzel et les enfants, près de la reine.
« Sire, » dit Rœderer, « le département désire » parler à Votre 3Iajesté sans autres témoins que sa )) famille. » Le roi fit un geste; tout le monde se retira, excepté les ministres. — « Sire, » poursuivit le magistrat, « vous n'avez pas cinq minutes à perdre ; )) ni le nombre, ni les dispositions des hommes réu- » nis ici pour vous défendre, ne peuvent garantir » vos jours et ceux de votre famille. Les canonniers » viennent de décharger leurs pièces. La défection » est partout, dans le jardin, dans les cours; le Car- » rousel est occupé par les Marseillais. Il n'y a plus » de sûreté pour vous que dans le sein de l'Assem- » blée. C'est l'opinion du département, seul corps » constitué qui ait en ce moment la responsabilité de » votre vie et de la constitution. — Mais, » dit le roi, « je n'ai pas vu beaucoup de monde au Carrou- » sel. — Sire, » répliqua Rœderer, « il y a douze