LIVRE VINGT-DEUXIKME. !s
teindre le roi. On harangua cette foule. Les députés attestèrent qu'un décret de l'Assemblée appelait le roi et sa famille dans son sein. La résistance fléchit. Rocher se laissa désarmer de sa picjue par le procureur-syndic, qui jeta l'arme dans le jardin. L'escorte, autorisée par un second décret à pénétrer sur le sol du pouvoir législatif, foima une double haie sur la terrasse. Le roi parvint ainsi jusqu'à l'entrée du passage qui conduisait de la terrasse à l'Assemblée.
Quelques hommes de la garde du corps législatif le reçurent là et marchèrent à côté de lui. — « Sire, » lui dit un de ces hommes à l'accent méridional , » n'ayez pas peur, le peuple est bon! mais il ne veut » pas qu'on le trahisse plus longtemps. Soyez un » bon citoyen, sire, et chassez de votre palais vos » prêtres et votre femme ! « Le roi répondit sans colère à cet homme. La foule engorgeait le couloiiétroit et sombre. Un mouvement tumultueux et irrésistible sépara un moment la reine et ses enfants du roi, qifi les précédait. La mère tremblait pour son fils. Ce même sapeur qui venait de se répandre en invectives et en menaces de mort contre la reine, adouci tout à coup par ces angoisses de femme , prend l'enfant, qu'elle menait par la main; il l'élève dans ses bras au-dessus de la foule, le porte devant elle, lui fait jour avec ses coudes, entre dans la salle sur les pas du roi, et dépose, aux applaudissements
de la tribune, le prince royal sur le bureau de l'Assemblée.
Le roi, sa famille, les deux ministres se dirigèrent vers les sièges destinés aux ministres, et y prirent place à côté du président. Vergniaud présidait. Le roi dit : « Je suis venu ici pour éviter un » grand crime. J'ai pensé que je ne pouvais être plus » en sûreté qu'au milieu de vous. — Vous pouvez » compter, sire, » répondit Vergniaud, « sur la fer- )) meté de l'Assemblée nationale; ses membres ont » juré de mourir en soutenant les droits du peuple » et les autorités constituées. » Le roi s'assit. L'Assemblée était peu nombreuse, un silence de stupeur régnait dans la salle ; les physionomies étaient mornes ; les regards , respectueux et attendris , se portaient involontairement sur le roi , sur la reine , sur madame Elisabeth, sur la jeune princesse, déjà dans tout l'éclat de son adolescence; sur cet enfant que la reine tenait par la main et dont elle essuyait le front. La haine s'amortissait devant ce sentiment des vicissitudes soudaines qui venaient d'arracher ce roi, ce père, ces enfants, ces femmes à leur demeure sans savoir s'ils y rentreraient jamais ! Jamais le sort ne donna plus de douleurs secrètes en spectacle. C'étaient les angoisses du cœur humain à nu. Le roi les voilait d'impassibilité, la reine de dignité, madame