MÉMOIRE DE BOURGAIN, CHANDELIER
« Extrait du Mémoire fourni par Bourgain, chandelier, pour V événement des 2, 3 et 4 septembre dernier, au comité de la section des Quatre-Nations.
Le 2:
12 terrines, à 10 heures du soir . . 7 1. 4 s.
36 terrines, à H heures 28 9
36 terrines, à 2 heures 28 9
Le3 :
50 terrines 30 n
Le 4 :
o6 terrines 33 12
« Certifié conforme, arrêté et soldé,
u Signé : Lecomte '. »
I Relaiion de MA'ahbé iiward, p. 133, 134.
^ Eiat dei fraii faiii par la section de» Quaire-Natioru dans
C'est au milieu de ce sang, de ces cadavres, et à la clarté de cette illuminatiou, prolongée pendant deux nuits, que six genres de convives vinrent manger, boire, se répandre en gais propos, sur des tables dressées au comité ; c^étaient :
Les tueurs en chefs.
Les ouvriers, c'est-à-dire les égorgeurs.
Les Fédérés et volontaires parisiens, variété d'égorgeurs,
Les dépouilleurs des morts,
Les laveuses des vêtements ensanglantés des victimes.
Les chargeurs des cadavres et le voiturier.
Nous ne saurions dire à laquelle de ces six tables s'assirent Pierre Gentilhomme, Louis Gibory, Jacques Samuel, Antoine Portes et Joseph Cabrol, nommés fouilleurs des cadavres par le peuple souverain, ainsi que le constate un procès - verbal régulier, dont la place se trouvera dans notre récit.
Le menu des tueurs en chef, fourni par le traiteur Lanoir, ne manquait ni d'ampleur, ni de finesse. En voici le détail, d'après son mémoire original :
les journées des 3, 3 et 4 septembre dernier, d'après V autorisation du Conseil général de la Commune. — Pièce cotée 6/45, n. 51; pièce à l'appui , d. 72. {Dossier des massacres de septembre, — Archives delà Préfecture de i)oIice.)— Est-il nécessaire d'ajouter, pour les étrangers^ que les tetrines à suif constituent le lampion spécialement en usage pour les illuminations de ^
ce Un p&té long en tranchp. ... 10 liv.
Un bout de pâté, idem. . . . g
Un pâté rond 4
Deux pâtés de 15 sous pièce. . . 1 10 s<
Une poularde 4
Une dinde 3
Veau rôti 6
Deux poulets 3
Un fricandeau 3
40Uv. 10 s,
« Reçu comptant du citoyen Roussineau. Signé: Lànoir, traiteur ^ »
Notre fidélité d'historien nous oblige à dire que le Mémoire du traiteur Lanoir est intitulé : Mémoire des objets fournis pour nourriture des prisonniers dans la maison de rAbbaye, du 2 et 3 seplemb» 1792, d'après l'autorisation du comité civil ; mais notre devoir de critique nous oblige d'ajouter que la destination indiquée dans ce titre est puérile et dé* risoire.
Premièrement y les prisonniers de l'Abbaye , comme tous les prisonniers à cette époque , étaient nourris par TËtat ; et madame Roland constate que
' BiiU des frait faits par la seetion des Quatrs-NaUonê dam lu jouméss des 3, 3 «1 4 septembre 1799, avec VatUorieaHon du Coneeil général de la Communt. — Pièce cotée è/45; pièce à Tappui, n. il. (Dossier des massacres de septembre, •^Archives de laPréfeeiure de police.)
les prisonniers de TÂbbaye avaient 2 fr. par jour, dont 1 fr.donné au concierge, pour frais de chambre^ et 1 fr. pour Téclairage, le feu et la nourriture *.
Deuxièmement, les membres du comité civil n^auraient ni pu, ni voulu se charger de payer des aliments déjà inscrits au budget du ministère de Tintérieur ; et Targent payé par le citoyen Roussineau était pris, ainsi que le constatent VÉtat des frais des massacres et V Inventaire des effets des victimes, sur les valeurs trouvées dans les poches des morts.
Troisièmement, Jourgniac de Saint-Méard et la marquise de Fausse-Lendry constatent que le dernier repas'des prisonniers de l'Abbaye fut le diner du 2 septembre, servi, comme à l'ordinaire, par le concierge Delavacquerie , quoique de meilleure heure que d'habitude ; à partir de ce moment, les prisonniers ne mangèrent plus ; si bien que le 3 septembre au soir, ils n'avaient pas pu obtenir même une goutte d'eau, à plus forte raison des pâtés en tranche, des dindes et des poulardes.
a Tous les tourments de la soif la plus dévorante, dit Jourgniac, à la date du 3 septembre au soir, se joignaient aux angoisses que nous éprouvions à chaque minute. Enfin, notre guichetier Bertrand parut seul, et nous obtînmes qu'il nous apporterait une cruche d'eau. Nous la bûmes avec d'autant plus
^ Madame Roland, MemotrM, 1'* partie, p. S5.
d'avidité, qu'il y avait vingt-six heures que nous n'avions pu en obtenir une seule goutte. Nous parlâmes de cette négligence à un Fédéré, qui vint avec d'autres personnes faire la visite de notre prison; il en fut indigné au point qu'en nous demandant le nom de ce guichetier^ il nous déclara qu'il allait l'exterminer. Il l'aurait fait, car il le disait, et ce ne fut qu'après bien des supplications que nous obtînmes sa grâce ^ »
Il se peut donc qu'en recevant l'ordre du comité civil, le traiteur Lanoir ait cru qu'il s'agissait d'aliments pour les prisonniers, mais le plus simple examen des faits prouve qu'il s'agissait d'un festin pour les égorgeurs en chef, c'est-à-dire pour le/>resident Maillard et pour ses douze jurés.
Il y a une différence énorme entre le festin des chefs et celui des ouvriers, c'est-à-dire des égorgeurs, car les pièces des massacres désignent toujours les assassins sous le nom d^ouvriers qui ont travaillé aux cadavres, ou sous le nom ai ouvriers qui ont tra^ vaille à r expédition des prêtres. Une fois les maîtres repus, le festin des autres a pour base une quantité indéfinie de vin et de pains de quatre livres. Voici un dîner de ce genre, délivré à huit tueurs, avec un petit ordinaire de 30 sous par tète :
« Bon fait par MM. les commissaires de la section
1 Juurgniac de Sainl-Muard, Mon agonie de trettle-huit kcure.i.
des Quatre-NationSy les 2, 3 et 4 à^août dernier*, savoir : MM . Barboty Harlée, Pittel, Possien et Paquotte.
Premier bon de 18 pintes de vin. • 10 liv. 16 s.
Six pains de 4 livres 4
Un bon de 4 pintes de vin . . .
Un pain de quatre livres. . .
Un bon pour huit personnes, à raison de 30 sous par personne. . .
Plus un bon de 20 sols
31 liv. 9 s.
« Fourni par le sieur Delestre, marchand de vin traiteur, rue Saint-Benoit , dont quittance à Paris, ce 9 octobre. Signé Dblestre*. »
Quelques tueurs, appartenant à la catégorie des Fédérés et des volontaires parisiens, sont encore moins bien traités :
« Bon pour deux brocs de vin, de chacun douze pintes, un pain de quatre livres, pour nos frères d'armes.
« Fait au comité de permanence de la section des Quatre-Nations, le 3 septembre. Fan 4* de la liberté, le 1" de l'égalité.
« Signé, PossiEN, commissaire, Lacaille, commissaire '. »
* Il est inutile de montrer que c'est là une erreur de date échappée au traiteur Delestre, qui ne fut payé que le 9 octobre.
« Éiai des frait, déjà cité, pièce à l'appui , n. 30.
3 Ihid., pi^op ù l'appui, n. 77.
Les dépouilleurs des morts reçurent d'abord une ample distribution de vin ; ils n'étaient que cinq, Firmin, Dufour, Maingue , Louis-Adrien et Marc Leloux, et ils présentèrent à M. Champforty marchand de vins, le bon suivant :