MASSACRES DU CLOITRE DES RERNARDINS
Le couvent des Bernardins, situé entre la Halle aux Veaux, le collège du Cardinal-Lemoine, la rue Saint-Victor et la rue des Bernardins, avait une tour qui servait de dépôt aux prisonniers condamnés aux galères. On les y transférait de la geôle du Ghàtelet ou de la Conciergerie, et ils y attendaient le départ de la chaîne pour Toulon, Bochefort ou Brest.
La Commune et les ministres, nous Ta vous déjà dit, laissaient égorger indistinctement dans les prisons de Paris, afin que la France et l'Europe crussent à un soulèvement tumultueux et irrésistible du peuple, que rien n'avait pu prévoir ou maîtriser; les assassins, eux, étaient guidés par la pensée du pillage ; car ou leur abandonna les dépouilles des morts dans les prisons où les sections ne jugèrent pas qu'elles valussent la peine d'être rachetées par un salaire.
Ainsi fit pour les galériens de la Tour Saint-Bernard la section des Sans-Culottes, qui trempa ses mains dans le sang de ces misérables comme dans le sang des prêtres de Saint-Firmin et des prisonniers de Bicètre.
Il n'y avait pourtant pas des trésors à espérer dans
la Tour Saint-Bernard ! Tout le monde a pu voir, avant T invention de ces voitui-es mystérieuses qui entraînent nuitamment les galériens dans les bagnes, comme si la société avait peur ou honte de laisser voir qu'elle cMtie sévèrement les malfaiteurs ; tout le monde a pu voir ces longues files de prisonniers enchaînés, cheminant avec un lugubre oliquetb i travers les villes et las campagnes, et quelquefois accompagnés de confréries pieuses et charitables, qui prenaient pour elles, sur une partie de la routa, le poids de leurs fers. Ces prisonniers, toujours ac* cueillis par la curiosité et la charité publiques, tendaient leur bonnet de laine aux passants, et en recevaient des monnaies et des consolations. C'est ce pauvre viatique des galériens, composé de liards dépareillés, qui tentait les assassins de Marat, de Panis et de Danton, et soizante«douze voleurs périrent pour lui, comme la victime de Sylla pour sa maison d'Albe.
Ce fut le 3 septembre que la Tour Saint-Bernard se vit forcée par les tueurs. Nous aurions pu, comme d'autres historiens, enjoliver les massacres des prisons par toutes sortes de scènes savamment disposées. Nous ne croyons pas qu'en ces matières, Bossoet lui-même s'élevât & l'éloquence d'un procès- ver bal. C'est pour cela qu'à l'égard de cette prison, comme à l'égard des autres, nous croyons devoir laisser la parole au récit officiel et circonstancié du crime.
Nous avouons qu'en un pareil sujet, nous ne saurions prendre sur nous d'amuser le lecteur ; nous aimons mieux Tinstruire et Tépouvanter.
Voici donc le texte du procès^verbal froidement atroce, daiis lequel le président de la section des 8ans4]!ulottes raconte le massacre des prisonniers de la Tour Saint«*Bemard :
a Aujourd'huy mercredi dix«*sept octobre mil sept cent quatre*vingi^ouxe| l'an premier de la République française, an exécution de Tarrèté du Conseil général de la Commune, en date du dix septembre dernier, nous, président et membres du Comité de la section des Sans-rCulottes, ci-detant du Jardin^des- Plantes, en présence du citoyen Verdier, membre du Conseil général de la Commune, avons fait inviter les concierges et greffier de la prison des ci«devant galériens de se rendre au comité, d'y apporter leurs registres, à l'effet, par eux, de nous donner connaissance des prisonniers qui ont été immolés à la juste indignation du peuple, et par nous de dresser procès-verbal de leurs déoès.
« En conséquence de notre invitation sont comparus s Marie-Jeanne RaboniUi veuve de Pierre Fauquet| et Pierre Delaire, elle concierge de ladite prison, et lui son adjoint et survivanoier, tous deux demeurant dans l'enclos de la ci-devant maison des Bernardins, lesquels ont déclaré que le trois septembre dernier, le matin, le peuple s'étant porté en
foule à la prison confié^ à leur garde, malgré leurs représentations réitérées et celles du brigadier de gendarmerie de service ce jour à ladite prison, eux comparants ont été forcés d'en remettre les clefs et d'en faciliter l'entrée ; que le peuple s'y étant introduit et s'étant fait rendre compte des causes de la détention de soixante-quinze prisonniers qui s'y trouvaient en ce moment, trois ont été mis en u-
BERTÉ, SOIXANTE-DOUZE ONT ÉTÉ IMMOLÉS, ET UN CrTOTElf
reopnnupour un voleur qui l'a été également *.
oc A l'appui des déclarations susdites, les comparants nous ont représenté un procès-verbal en date du cinq septembre dernier, dressé par nous, et constatant que, d'après les registres de la prison, il s'y trouvaient soixante-quinze prisonniers à l'époque du trois du même mois, que soixante-douze ont été immolés, trois relaxés, et un citoyen reconnu pour voleur, qui a également péri.
(c Les comparants, pour nous faire connaître les noms, âges et époques de la détention tant des prisonniers qui ont été immolés, que de ceux qui ont été mis en liberté, nous ont représenté deux registres in-folio cotés et paraphés par première et dernière, lesquels registres nous avons trouvés en bon état.
«( En conséquence des déclarations susdites, avons
* Devant un pareil iémoignagei il n'est donc pas vrai dédire, ainsi que l'affirment les historiens qui nous ont devance, que tous les prisonniers drtonus aux Bornnrdins ont ^lé mas^sscr^su
procédé à l'inscription sur le présent des noms, âges, époques, et causes de détention des prisonniers susdits, et ce de la âianière suivante ;