‹ Histoire des Girondins et des massacres de SeptembreChapitre 47 sur 54 · T. TI · texte numérisé non relu

T. TI

faire massacrer; et, d'un autre cAté, elle avait ordonné à cette garde de rentrer à Paris sans délai. Foumier violait donc la loi du 2 septembre, au moment même où il alléguait son exécution.

Une tradition révolutionnaire inventée après coup veut que Foumier, après avoir pris la route de Saumur, ait été contraint par sa troupe de diriger les prisonniers sur Versailles. Ce qu'on vient de lire a déjà ruiné à moitié cette fable. Ce qui va suivre la détruit tout à fait.

C'était pour les condqire à Paris , non à Saumur» c'était pour les faire égorger , non pour les mettre en sûreté, que Fournier s'était fait livrer, au mépris delà loi, les prisonniers d'Orléans. Plusieurs documents authentiques le prouvent.

Le premier est une lettre, datée d'Orléans, le 5 septembre, à neuf heures du matin, adressée à l'Assemblée législative par les Procurateurs de la natiçn, et ainsi conçue :

fl( Nous avons la douleur de vous envoyer notre procès-verbal, qui vous prouvera jusqu'à quel point la loi a été violée par ceux-là même à qui voua en aviex confié l'exécution.

« Les prisonniers sont en route pour Paris ^ n

Le second document est un exploit que l'huissier Gilbert Bonnet, audiencier de la Haute Cour, tenta

i Moniteur du 6 septembre 1793.

de signifier, le samedi l^ septembre 1T09, aux prisonniers d'Orléans, en vue d'engager Finsianee, et de saisir la justice d'une manière encore plus directe. Dans cette pièce, Fournier déclara très-cyniquement ses intentions, en disant à l'officier ministériel : a Sa-a cré nom dé Dieu, je n'ai aucun ordre à recevoir. « Quand les sacrés gueux auront tous la tète coupée, c< on fera le procès après. Je n'entends pas les chi-* « canes ; tu peux t' aller faire /...^.; ni toi ni d'au- « très n'entreront jamais dans les prisons tant que « je serai à Orléans avec mon armée ^ »

Les documents les plus explicites et les plus décisifs sur cette question sont deux rapports : le premier daté d'Étampes, le 7 septembre 1799; le deuxième daté d'Arpajon, le R, adressés l'un et l'autre au ministre de l'intérieur, Roland, par les commissaires du Conseil général de la Commune, chargés d'aller au-devant des prisonniers.

A l'imitation de l'Assemblée législative, qui, sur l'avis de la violation de la loi du S septembre, donné le 5, par les Grands Procurateurs, avait nommé des commissaires, chargés de se rendre auprès de Fournier, et de lui enlever sa proie, la Commune de Paris en nomma également cinq dans sa séance du 5 septembre. C'étaient MM. Beauvilliers, Jobert, Barrey, Roussel et j^oulin; ils partirent

i Grâffe de la Oour impériale d'Orléans.

immédiatement y et arrivèrent à Étampes le 6 septembre, à cinq heures do matin. Il n'est resté aacune trace des actes des commissaires de FAssemblée, soit qu'ils n'aient pas rempli leur mission, soit qoe leur présence sur le théâtre da crime ait été ou tardive, on impaissante .

Après s'être concertés avec les autorités d'ËtampeS| sur le choix d'un local propre à metbe les prisonniers en sûreté, les commissaires se rendirent auprès de Foumier, qui arrivait en ce moment avec *sa troupe.

On lut à Foumier le décret, dont il ne connaissait même pas le texte, et qui le toucha peu. Les officiers, réunis et harangués, ne se montrèrent pas mieux disposés que le chef. Les soldats, auxquels on n'expliqua néanmoins la mission des commissaires qu'à peu près, dit le rapport, s'échauffèrent au point que les prisonniers et les commissaires euxmêmes coururent la chance d'être massacrés immédiatement ; le meilleur résultat qu'on put obtenir, ce jour-là, ce fut, assure le rapport, d'ajourner la question au lendemain, et de faire déjeuner l'armée.

Après une nuit passée dans des alarmes continuelles, la générale battit sans ordre, et l'armée de Foumier, tumultueusement réunie, voulut partir immédiatement pour Paris avec les prisonniers. Quelqu'un, dont le nom reste ignoré, ayant proposé, comme terme moyen, de les conduire à Versailles,

cette proposition apaisa le tumulte; mais les commissaires durent promettre à Tarmée de Fournier (pi'ils marcheraient avec elle, et qu'une fois à YersailleSy justice serait faite*.

On se mit en route par Arpajon, Lina, Marcoussy/ Orçay et Jouy-en*Josas. Le second rapport des commissaires, daté d'Arpajon, le 8 septembre, à 3 heures et demie, fait connaître cette direction; on arriva à Versailles le 9, vers deux heures.

Roland, averti, avait écrit le 8, aux membres du Directoire de'Seine-et-Oise, pour leur annoncer l'arrivée des prisonniers d'Orléans à Versailles, sans pouvoir néanmoins leur dire combien de temps ils y resteraient. *

Les malheureux n'y restèrent pas longtemps; arrivés vers deux heures et demie, ils étaient massacrés à trois heures.

Les autorités du département et le maire de Versailles, M. Hippolyte Richaud, firent d'énergiques et de vains efforts pour protéger les prisonniers.

Une proclamation de la municipalité de Versailles, publiée dans les rues, parle maire en personne, avait placé les prisonniers sous la sauvegarde de la loi et de Thonneur public. Tout fut inutile ; le dessein des démagogues s'accomplit, grâce à l'inertie

* Rapport des commissaires, daté d'Étampes, le 7 septembre/ 'Archives de l'Empire.)

de Fournier et de ses deiut mille hommesi avec leurs sept cations ^

Ce massacre eut lieu dans la rue de l'Orangerie, tout près de la grille du parc^ On conduisait les prisonniers à Tancienne ménagerie/ disposée pour les recevoir. Trois s'échappèrent, dit-on^ dans le tumulte; tous les autres furent égorgés.

Gomme la pensée qui avait dirigé les massacres à Paris les dirigeait également à Versailles^ le plan suivi des deux côtés fut le même. Des honmies artnés de sabres et de piques se précipitèrent sur les prisonniers et les mirent en pièces ; puis, quand les voilures arrivées d'Orléans furent complètement vides, et le pavé de la rue de TOrangerie couvert de sang et de cadavres, les assassins se portèrent à la maison d'arrêt et aux prisons.

Là, comme à Paris, on s'empara du livre des écrous , on fit appeler les détenus ^ et on les livra l'un après l'autre aux égorgeurs qui les attendaient. Bien peu échappèrent; il en périt vingt et un, détenus tant à la maison de justice qu'à la maison d'arrôl •.

^ Le récit du massacre, avec toutes ses circonstances, se trouve dans le registre des délibérations de la municipalité de Versailles, des 9, 10 et 11 septembre 1793.

* Ce chiffre est contenu dans une lettre des administrateurs de Versailles au ministre Roland. {Archivei dé VBmpire.)

Nous possédons maintenant les éléments complets d'une liste exacte et officielle des victimes de septembre 1792.

Voici ce long et douloureux martyrologe; il restera^ comme une tache indélébile, sur la mémoire de ceux qui crurent nécessaire de poser dans ces flots de sang les premières assises du gouvernement révolutionnaire : ^

Victimes de P Abbaye Saint-Germain-des-

Prés 216

Des Carmes H6

De Saint'Firmin 76

De la Conciergerie 378

Du Châtelet 223

De Bicêtre 170

De la Salpétrière 35

Du Cloître des Bernardins ...... 73

De r Hôtel de la Force 171

Prisonniers d^Orléans S3

Prisonniers de Versailles 21

Total général 1^532

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