‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 2)Chapitre 1 sur 30 · Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc · texte numérisé non relu

Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc

De tous les aspects élevés ou attrayants que pré- Beole rhistoire, il n'est pas de sujet qui réponde mieui à l'état actuel des esprits, à l'émotion des intérêts que celui auquel est consacré ce livre.

Je n'ai pas à examiner si c'est un bien on si c'est UD mal que cette domination des intérêts matériels; par mes études et par mes goùls j'ai toujours préféré les grandes et belles couleurs des temps chevaleresques, ks traditions, les légendes, les épopées du moyen-âge ; mais l'histoire ne crée pas un temps, elle le décrit, le retrace avec la plus simple, la plus haute fidélité.

Il y a bien aussi quelques idées de grandeur et de patriotisme à travers les flols d'or : on pourrait aisément établir que les facilités de crédit et les finances ont exercé une influence aussi considérable que les victoires et les (lonquétes sur le glorieux passé historique de la France; que le crédit a servi les succès, réparé les malheurs, assuré la paix et souvent apaisé la guerre civile.

Je détache aujourd'hui la première page de ce Kvre en publiant l'Histoire de» Fêrmiers-GéRérawp, Il t (5) !•

me semble déjà voir cette école d'économistes remuants ou candides traiter ce sujet du haut de son dédain. Qu'est-ce que les fermiere-généraus? des maltôtiers ignorant3,dessen8ualistes hébétés, des vampires gorgés du sang des peuples. L'auteur du pré' sent livre est accoutumé à entendre toutes ces grosgières vulgarités gronder autour de ses volumes, et il n'en veut pas le moins du monde à ceux qui s'indignent contre quelques idées qui sont acceptées un peu plus tôt, UD peu plus tard..

Et d'ailleurs, pourquoi forcer des éerivains, au reste spirituels et distingués, à sortir de l'ornière des idées reçues? il est si commode d'y rester; cela évite de la peine, flatte des amis et ouvre toutes les portes de la fortune littéraire ; quand on a le bonheur de broder avec de gracieuses arabesques les systèmes, les opinions acceptées, les biographies toutes faites, on est accueilli partout, on est proclamé écrivain de goût, observateur iin, délicat; on ravit tout le monde parce qu'on ne dérange ni une idée, ni une situalion.

11 n'en est pus ainsi quand on s'impose le devoir de rccliercher et de dire la vérité à travers les opinions ou les intérêts des partis et des coteries, et de déranger ces baisers mutuels que des générations d'amis se donnent depuis le xviu' siècle, à travers ces bosquets de lauriers et d'immortelles, où les bancs de repos sont d*or et d'argent, dans les universités ou les académies.

Ce livre aura le malheur encore de troubler celle belle harmonie par une voix discordante et de présenter les fermiers-généraux, ces mallôtiers [dans les histoires couronnées et acclamées), comme des esprits émioents qui ont rendu les plus grands services à rÉtot.

Je veux relever non-seulement le système des fermes, mais encore faire ronnallre les utiles travaux de ces habiles administrateurs qui ont créé les éléments de rimpôt moderne ; on verra tout ce que peut Tesprit d'association et la puissance des compagnies industrielles, parmi lesquelles les fermiers-généraux prennent le premier rang.

Il est vrai que ces Onanciers du vieux régime te-v naient un haut rang et un grand train; ils n'avaient pas ce caractère sec et avare que la banque calviniste de Genève et de Hollande a jeté dans les existences capitalistes; le fermier-général était magnifique, protecteur des arts, de la littérature ; prodigoe d'une façon élégante sans jamais compromettre ses affaires.

Jetez les yeux sur ces beaux hôtels, sur ces magniCques meubles du xvin* siècle, sur ces jardins si bien plantés, les derniers qui résistent il la bande noire; tous ces petits chefs-d'œuvre furent commandés par les fermiers-généraux. Nous avons des collections de livres, des collections de tableoux qui ont retenu leur nom : il n'y a pas jusqu'aux fantastiques barrières de Paris qui ne portent le cachet d'originale composition.

Dans leurs demeures bospitalières Tenaient s'abriter les poëtes, les musiciens, les peintres et les philosophes : Marmontel , Grétry, Greuze demeuraient chez Le Riche de La Popelinière , à Passy ; et J.-J. Rousseau souilla le toit d'un, uoble et savant fermier-général, qui le nourrissait de son pain ; quelle générosité que celle d'Helvétius, un de ces riches financiers? Lavoisier avait élevé l'ingrat Fourcroy, qui ne sut pas te sauver de l'échafaud.

Je prie qu'on lise ce travail sans idée préconçue, avec la même sincérité qui me Ta fait écrire ; j'ai le double bonheur de respecter les opinions de mes adversaires et de ne pas trop m'en préoccuper : je vais droit devant moi, travaillant par goût, sans avoir besoin de vendre de la calomnie pour un peu d'argent, sans ambition de popularité : je crois que beaucoup de bons esprits doivent se dégoûter de s'entendre appeler grands hommes, grands écrivains, grands poètes. Il m'a été dit que quelques-uns prenaient ces éloges au sérieux ; assurément cette candeur est respectable : après l'affaiblissement de toutes les croyances, il en resterait encore une debout, c'est celle de soi; rOtympeest détruit, mais tous les Dieux n'ont pas disparu!

IhvU, férrierlBSS.

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