LES ORIGINES 'DE L'IMPOT
Une des grandes forces des gouvernements modenies, une des sources de la puissance publique c'est l'impôt, et surtout la manière facile et intelli' gente dont il est levé.
En France, les rois ne possédaient à l'origine que le domaine : H ccmquête leur avait donné des terres et des serfs pour les cultiver. L'impôt se résumait dans les revenus du domaine et les services personnels que les subordonnés devaient à leurs supérieurs, d'après la hiérarchie ; formes d'administration primitive que l'on trouve chez tous les peuples.
Ces formes se continuent de la première à la se 1» (8) 1
coude race; Charlemagne, si grand qu'il fût, vendait les légumes de ses jardins pour pourvoir S ^3 dépense» de palais et de famille.
Toutefois il ne faudrait pas croire à la pauvreté Extrême, à la simplicité outrée des Hérovingiens et des Carlovingiens ; ils eurent un grand nombrç do monnaies d'or et d'argent ; les chroniques nous disent le faste de leurs cérémonies, la richesse de leurs palais. Il nous reste les châsses de saints fastueusement ciselèeS) respl^diisantei de pierreries, fruits de ta conquête : Charlemagne avait dompté les Huns qui avaient dépouillé le monde.
3ou« la première race, saint Élei fut l'orfèvre du roi Bagobert ; c'était filora la ministre des finanoes.
Vipipôt ae développe dan^ des conditions un peu désordonnées au commencement de la troisième r^çe : le ctontatm, proclamé inaliénable, devient une source de revenus ; on la donne, puis on le fait reur trer plus ou moiqs ^oleiDlnent dans les mains du rai, ^ vertu delà maxime que nul ne peut légitimé* ment posséder une terre de l'État. Vamottùatmmt est 1^ redevanoe payée par les gens de main-morte pour racheter l'impôt sur la propriété qui se perpétue en leurs fnains par une transmisùon indéfinie.
3- Le fi'oiK fi»f est dû par le roturier qui possède \m6 terre noble.
Ensuite vient Caide aua: quatre cas : quand le souverain prend la couronne, on lui doit aide de joyeux avènement ; quand il arme ses vassaux pour marcher à la croisade contre les infidèles, ou à une lointaine expédition militaire, lorsqu'il marie sa fille ou qu'il arme son fils chevalier; dans toutes ces circonstances solennelles, le vassal possesseur de fief ou d'arrière^ 6ef, doit aide d'argent h son suzerain ; ainsi \e veut la hiérarchie des terres. En dehors il ne doit que son bras, son corps, sa bannière, son service d'échanson, d'écuyer, de connétable ou de chancelier.
La taille fut un impôt bourgeois d'una origine très-légitime destiné à racheter le service militaire du m personne par le noble ou le geotilbomme I
Leboui^ois des villes, ou le travailleur de la campagne, une fais affranchi du servage, n'avait ni ta volonté, ni souvent même le courage de suivre la bannière du suzerain à la guerre, il aimait mieux payer un certain rachat en argent, qu'on appelait taille. Une fois l'impôt établi, rien de plus facile que de le grandir, de l'augmenter, à raison des services qu'on im-
posait h la boui^eoisie. Avec le système des vastes conquêtes, la taille pouvait devenir illimitée.
La capitation était ua impôt antique comme la vieille Rome {caputt tète). Chaque tête, chaque homme, protégé par l'État, devait une redevance à l'État. De là le système de l'impôt, calculé par les feux ; on appelait feu chaque ménage dans la campagne ou les cités : les hameaux, les villages, les villes même se composaient d'un certain nombre de feux : c'est ce qui servait à dresser les rôles de l'impôt et le recensement de la population.
Le privilège de battre monnaie, droit essentielle^ ment régalien, devint la source de grands profits pour la couronne. On procédait au monnoyage d'une fecon simple et un peu trop orientale : on diminuait l'aloi ou valeur intrinsèque en laissant à la monnaie sa valeur nominale. Voici un aperçu de ce système suivi depuis saint Louis jusqu'à Charles VIT, époque des plus fréquentes variations dans les monnaies.
Sous Louis VII le prix du marc d'or qui est k 20 livres monte à 44 ; sous Philippe-le-Bel, à 86; sous Philippe de Valois, à 94 ; sous le roi Jean, à 108,
Le prix du marc d'argent est à 8 sous pendant le
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règne de louis VI ; déjà à 8 livres, sous Pfailippe-le- Bel ; à 18, sous le roi Jean et à S8 livres, sous Charles VU.
Quant aux monnaies elles-mêmes, en voici pour ainsi dire l'inventaire :
Monnaie d'or.
Saint Louis. L'Agnel, S9 au marc.
Philippe-le-Bel. Gros royai, 70 au marc.
Chartes-te-Bel. Royal double, 67 au marc.
Philippe de Valois. Écu au lion, 80 au marc; écu au pavillon, 48 ; écu à la couronne, 45.
L* roi Jean. Écu à fleur de lys, 50 au marc ; mouton, 52.
Charles V. Royal franc, 66 au marc.
Charles VI. Ecu à la couronne, 48 au marc.
C/iarles Vil, Franc à cheval, 80 au marc.
Monnaie dargent.
Saint Louis et Philippe-le-Bel. Gros tournois, 58 au marc; petit tournois, 116; bourgeois fort, 189; demi tournois, 230 ; deux parisis, tS%
Chartes-te-Bet. Obole blanche, 408 au marc.
Le roi Jean. Gros à la fleur de lys, 95 au marc ; blanc à l'étoile, 14; blanc à l'écu, 155 au marc,
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Charles FI et Chartes vil. Gros tournois, 120 au laarc; blanc à l'éou, 80.
L'altération si fréquente des monnaies, n'était qu'une triste ressource, qu'un élément factice de crédit, car le prix de toute chose se mettait bientAt en rapport avec la valeur intrinsèque du signe monétaire ; le change s'établissait sur le prix réel du marc d'or et de l'argent pur ; il en résultait que, dans la réalité, le trésor et l'État ne gagnaient rien à l'altération de la monnaie.
L'aide^ mot générique, pouvait s'appliquer à toute sorte d'impôt; le caractère particulier de l'aide en dehors des quatre cas indiqués par la féodalité, c'était d'être volontaire, c'est-à-dire accordée par un vote d'États provinciaux ou généraux. De cette manière on put établir les impôts indirects, tels que la gabelle ou monopole sur le sel, les droits sur les vins. Le fisc emprunta h l'Italie la dogana, perçue sur l'entrée et la sortie des marchandises ; l'impôt sur le tabac. On voulut quelquefois établir des taxes somptuaires ; l'école calviniste de Sully qui. un moment, l'avait essayé pour contenir le développement du luxe, y renonça hi^tôt parce que ces taxes produUaiei^t peu et gênaient beaucoup.
On peut noter dans l'histoire du fisc sous les trois races, d'autres impôts perçus au profit de la couronné : Vmtèmtie, ou ledroit d'héritage sur l'étranger, la ééêkérmnce, ou le même droit sur les successions Tacantes, la souveraineté du trésor découvert, les tninm (la dixième partie était au roi], les amendes , la cm/lirQtt'on, le cHampart, droit en nature, la censive & chaque mutation de propriété.
Indépendamment de ces imp6ts réguliers, l'État pouvait compter sur les dons volontaires des corporation», provinces et citée. Ainsi le clergé, riche de ses propriétés, votait dans les assemblées an>' nuelles comme don gratuit au roi, des sommes qui s'éleiraient souvent au dixième de aes revenus, selofl le plus ou moins de besoins du trésor : les pays d'États libresdans leurs votes aecot-daient les aides selon les besoins et leurs moyens : y avait-i! une guerre nationnale à soutenir, l'honneur du drapeau à veager, toutes les corporations, mente celles des marchands, artisans, ouvriers, votaient des dons gratuits.
Op voit des provinces armer, équiper des vais- Bêaux, lever des régiments, dans toutes les crises, avec un loyal patriotisme. La liberté la plus entière préûdiait )i ces actes de générosité publique; le roi
De pouvait rien exiger, rien impoEer, sans le Iil>re concours des États.
De là venaient quelquefois les débats, les divisions, les émeutes, les heurtcmentsdevolontés; les Etals de 1386 furent presque démocratiques dans leur vote; les États de Kouen, sous Henri IV, demandèrent k surveiller par des commissaires l'emploi des deniers publics, et le roi refusa leurs dons, à ces conditions extrêmes et méfiantes qui auraient rendu la pacification de la France tout-à-fdit impossible.
Ce défaut de concours patriotique des États généraux ou provinciaux força souvent te tréiuv à l'emploi de moyens extraordinaires pour se doanèr des ressources et parer aux besoins des services : un de ces moyens fut la création de charges réelles ou honorifiques vendues à prix d'argent. (Le système des cautionnements aux. époques modernes est un peu l'imitation de la vénalité des offices).
Ainsi, charges de cour, de magistrature, ofRces de prévôtés, même la noblesse, tout fut vénal; quand un contrôleur des finances avait besoin d'un supplément pour les nécessités exrèmes de la guerre et de son département, il créait des chai^i;es : secrétaires du roi, fermier»-généraux, contrôleurs débouche, maîtres
d'hôtel', etc. , etc. AvaQt d'entrer en charge, le nouveau fonctionnaire devait payer une somme fixée d'avance, moyennant quoi, cette charge devenait sa propriété transmise comme un office à ses enfants et quelquefois vendue aux tiers, avec le concours du roi. Je n'examine pas la bonté intrinsèque de ce système; je dis seulement qu'il créait une ressource facile et commode sans grever le peuple; souvent elle ne consistait qu'en une exploitation de la vanité, ce qui est le plus facile des impôts.
D'autres droits existaient encore venus du moyenâge, et que la monarchie avait conservés ou modifiés : droits de joyeux avènement, rachat des rentes, péages, routes, barrières, canaux; rîen certes n'était plus légitime que la création d'une redevance pour ce qui avait occasionné une dépense ; l'industne moderne n'agit pas dans d'autres conditions ; les grandes compagnies tendent peu k peu à s'emparer des services publics , chemins de fer, canaux. Ainsi les civilisations reviennent toujours à leur point de départ; elles parcourent un cercle étemel : le pouvoir royal avait centralisé toutes les forces industrielles et morales de la société par des efforts longs et persévérants. Depuis, un travail tout opposé s'est ac-
— f — , oompli : l'industrie privée se substitue tant qu'elle peut à l'État pour la gestion des intérêts. Il arrivera un temps où tout passera dans les mains des compagnies qui feront plus utilement et à meilleur compte les travaux d'utilité publique : lès banques tôt ou tard appelées à percevoir les revenus du trésor, les produits de l'impôt, en acquitteront les charges : les grandes compagnies seront maîtresses du sol par le crédit foncier; puis de» voies et communications, des ponts et des canaux par les chemins de ftr ; enfin elles domineront le crédit, par sa représentation en billets an porteur.
Toutes ces idées ne sont ni jeunes, ni nouvelles, car elles se retrouvent dans l'ancienne monarchie en vertu de l'esprit d'association. Seulement elles tint pris un nouveau costume I