‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 2)Chapitre 23 sur 30 · LE COMTE CHARLES DE CALONNE · texte numérisé non relu

LE COMTE CHARLES DE CALONNE

Le caractère fioancier de cette époque, le plus élevé par la pensée, le plus curieux à étudier, est celui du contrôleur-général le comte Charles-Alexandre de Caloane, une des traditions vivantes du surintendant Fouquet, pénétré de cette noble et heureuse pensée : « Qu'un grand État comme la France, ne doit pas se gouverner comme un monastère, qu'il lui faut du luxe, du crédit, une grande circulation d'ar^ gent pour que toutes les branches de l'industrie soient vivifiées. » Je considère le ministère du comte de Galonné comme une des plus belles tentatives pour faire de la France le modèle et le type des nations civilisées.

Il était ûé le 24 janvier -1734, à Douai, d'une haute famille de magistrature : son père était premier président du parlement d'Artois : le jeune Galonné destiné d'abord à la belle carrière de ses ancêtres, révéla une capacité hors ligne ; et comme alors l'admiatstration des intendances et la magistrature

étaient deux branches du service public souvent confondues l'une avec l'autre, Calonue fut nommé à l'intendance de Metz, puis à celle de Lille : dans ces deux administrations il déploya des talents féconds, admirables, pour rembellissement des villes de province. H. de Galonné était donc très-remarqué parmi les intendants du premier mérite, sous le ministère de M. Necker ; et lorsque Louis XVI eut un moment confié les finances à MU. Fleury et d'Ormesson, plus administrateurs séiieux que fînanciers à ressources, H. de Vergennes signala au roi comme la grande capacité du temps le comte de Galonné, déjà conseiller d'État et encore intendant à Lille.

Après le ministère retentissant de H. Necker, l'état des finances était celui-ci : il était vrai, comme ]eCompte-Rmdu du ministre l'avait exposé, que tes recettes et les dépenses se balançaient ou à peu près; mais Necker avait considérablement grandi la dette publique exigible (ce que l'on appelle aujourd'hui les bons du Trésor), les banquiers avaient fait des avances ou anticipations pour 1 76 millions de livres dont on payait 6 p. 0/0 d'intérêt et % p. 0/0 de commission- MM. Fleury et d'Ormesson n'avaient su

qU'Opposet* l'ôrdM et l'économie k tib éUit Aé ehoièi qui lie pouvait t-éellettietit se liquider que pkt lé développement du crédit ; M. de Calodne consi» déra donc cette liquidation comme Impossible, &1 Ce ti'eiit pA^ un vaste système d'emprunt régulier, aidé d'une active et féconde circulation d'argent, par le commercé et le luxe, qui accroissent le revenu de l'État.

Lé erèdit public ne se maintient et ne grandit que par l'esact acquittement de toutes les obllgaHons du Trésor ; H. de Galonné alla au-delà même des engagements enrerA les banquiers : par l'action habile et bien dirigée de la caisse d'escompte, H Aoldâ tout l'arriéré, il régularisa le serrice de l'amortissement par une dotation fixe; de cette manière les effttts pubiles à la Bourse montèrent au-dessus du pair, et M. de Galonné put opérer alon un grand emprunt k tonde consolidés.

Son système différait de l'administration de H. Necker, en ce que le banquier genevois n'empruntait que sur bons de l'État ou aur des avances de banque, remboursables à des époques déterminées et exigibles par conséquent à jbur âxe et prochain, ce qui est un système écrasant pour tout crédit; H. de Ca-

lonns subsUtufl mx bods à échéances fltes deâ emprunts conflOlldés qtll n'àppetletit poUir s'acGoifl^ pllr que l'exact acquittement du dividende i 11 fit ainsi rentrer au Trésor des masses de ttumér&ire sufAsantes pour préparer une opération de change fort large et d'une exécution difficile : un change^ ment dans les monnaies et la valeur des hiétaux.

Depuis la régence, l'or et l'argent de France gagnaient une prime de SI p. O/q h l'étranger. Il en résultait que par une opération très-simple, il se fiiisalt une immense exportation de numéraire; H. de Catonne ordonna la refonte générale des monnaies pour en mettre l'aloi (terme de l'ordonnance) en rapport arec l'argent étranger. L'affligeante exportation des monnaies s'affaiblit considérablement à la suite de cette modification dans le taux des louis et des écus.

La pensée dominante et sérieuse de H. de Galonné fut toujours celle-ci : « Qu'où pouvait réaliser une splendide prospérité en France par les merveilles de la circulation. » Aussi ne refusa-t-il jamais l'argent à aucun service, quand il était un instrument de travail, une source de fécondation pour l'industrie: routes, canaux, monuments publics, H. de Galonné

"272 — ordonnança tout; Paris lui doit la plupart de ses quais, de ses boulevards, de ses promenades, de ses places publiques; il acheta Saint-Cloud pour la couronne, Rambouillet et ses vastes forêts; c'est par les ordres de H. de Galonné, que Compiègne reçut ses embellissements. L'argent ruisselait avec une abondance jusqu'alors inconnue.

Sous son impulsion active, les Monthyon, les Senac, les Hontholon, babiles intendants, embellirent les grandes cités : Bordeaux, Marseille, Lyon, Strasbourg et Lille; H. de Galonné, véritable artiste en finance, opérait tous ces prestiges par sa baguette d'or, sans que rien altérât le crédit ; aucun intérêt ne restait en retard, le Trésor payait tout sans réserve; et ce luxe de dépense allait jusqu'à solder les dettes des princes, du gracieux comte d'Artois, les charmantes folies artistiques du château de Bagatelle, les nobles fantaisies de la reine, ces petits caprices des cours, qui faisaient l'éclat du temps, la richesse de l'industrie : alors la toilette, le luxe d'un gentilhomme occupaient cent boutiques diverses et mille états d'ouvriers par de petits riens : dentelles, boutons de diamant, gilets brodés, jarretières d'or, boucles façonnées, habits de soie.

3,q,i,.cdbvGooyIe

En 1787, toute ta dette flottante transformée en consolidés, ne donnait pas un déâcit de plus de 115 mîUioDs, qu'on pouvait trfes-facîlement couvrir. Ici se développait la seconde partie du plan de H. de Galonné ; 1* chercher dans un impôt général une augmentation dé revenus; S" réaliser par un amortissement progressif et régulièrement doté, Textinction de la dette elle-même.

L'impôt que proposait M. de Galonné était le plus simple, le plus naturel : toutes les terres, quelle que fût leurorîgine, nobles, cléricales, fiefs, rotures, même le domaine, devai«)têtre imposées selon le revenu : le taux fixe de l'impôt de tout le territoire était de 5 p. O/o- I-e revenu foncier étant de 2 milliards, l'impôt devait s'élever à 100 raillions, à peu près le tiers de ce qu'il produit aujourd'hui.

La seconde ressource n'était pas dans une taxe nouvelle, mais dans l'agrandissement de l'impôt du timbreetdé rinsinuation ouenregistremenl;le timbre serait élevé k i sols la grande feuille [celle qui coûte 75 centimes), et l'enregistrement (d'après le calcul comparatif) devait s'élever au 8' environ de ce qu'il est en 1854). M. de Galonné arrivait ainsi â un autre cfaifRre de 78 millions, toute déduction faite, I. (5) 18

D,q,i,.cdbvGooyIc .

-Pi-

desorte (||i'it restait i^q ftxcé^it^t §« ï^Y^mf!) d*^>iiron 6P miUioqs par ^n q(ii, bien ^pplîqijés, p^r l'^liflûrtissemait à 'mlérè\ cqmpgs^, deyaiep^ çx\ T^^gf aqijée^ amortir la dette publique.

Ce plan était c^rtaiiiement très-r^t^ttfqii^lilB ; (qut ce qtii avait une idée pratique ^n adp|iiii^(rQtiQn et e^fÎDariCfl», jifteodants, ferjniers-géitér^u^, offraient le concours de leur crédit pour \çi MtQ aHutir k HW Ifâiireu^ conclusion : q^oi de plus, ratiortnel en fiqance que l'applicatiiiti) simqUafiément développée de l'impôt et de l'amortisseinent pour éteindre la dette 7

Les difficultés venaient d^s vieilles instituliûRs; il étqit dans \ps çoutuiqes que le roi ne pouvait établir seul de nouveaux iDqpôts, sans 1^ (utncpurs d^ parlements qui enregist^Jent l'élit- Uqc des p]u8 fausses idées de l'^le moderna est «te np p^s donner au chef de TÉtat le droit de Ipycr l'impôt qu'il croit nécessaire au service publie; c'est lut enlevée h force ^ les ressource^ de gpiiyern^ç^tt ; vous lui reconnaissez le droit de commander et vous Lui en âtez les moyens : il a une armée sans possibilité de ]a solder, il est leehefde l'administration, et d'autre^ fie^Q^nt t'impât dans leurs plains^.

L'opipion publique n'était pas alors d«ia pas voies

tdUt impôt par le parlement, et jaiii^i? les eoups flou? yeraioe^ i^e voudraient voter la taxe territQi^iale, qui toitcbait k leure riehçs terres, à c^llea ^u clergé et M la poblesse. Je ne di? pas que la préteotiftn (jesneq-; tilsbammes -^'ètre exemptés de l'impôt n'eôt uq- foq^ dément régulier au moyen-âge : te fief devait des wi:; vie^ bien autrement «onsidérablofi qm les taxes d'argfflït, il payait l'impôt du sang. Toqt possédant fief devait le service militaire; lui et eea hommes marchaieat au premier ordre du suzerain i le gfmtilr homme Sfi ruinait en guerre, il vendait sen manoùi pour le service public et donnait sa vie dans lea bat tailtesv Quel impôt pouvait être plut lour^ et ptu| dur?

Hais que dç chaqi^roents s'étaient opérés depuis cette ^oque t bien des fiefs étaient passés pu rolurel les financiers, les parlementaires, les riches bourgeois possédaient une partie des terres de France, et les biens du. clergé, depuis le concordat de Franr çois l", étaient donnés comme abbayesi prébeudesi prieurés, & des clercs reetunmandés au roi : les deveôrs militaires du fief et les bén^ces & charge d'&m^ n'étant plu» qu'un souvenirt il était fort na-»

turel qu'ils fussent soumis à l'impôt comme les biens

delà roture : l'opposition des parleiftents était donc mal fondée; elle se manifestait néanmoins à toutes les phases du plan très-rationnel de M. de Calonne. et l'on ne pouvaiit attendre le concours de la magisr trasure pour le développement et l'application de ce système.

Ce fut pour éviter toutes les difficultés, toutes tes résistances, que M. de Galonné eut la pensée de s'adresser aux notables, c'est-à-dire de réunir une assemblée choisie par le roi parmi les principaux représentants dé l'administratton, de la propriété, de l'industrie et du commerce : on convoquait ainsi l'élite du pays pour délibérer sur seâ intérêts, idée attrayante mais essentiellement fausse, car il faut supposer des cœurs héroïques et Sans passions, sans égoîsme, pour espérer un concours facile de lapai>t de ceux qui supportent les charges I S'adresser à ceux qui paient l'impôt pour obtenir volontairement l'impôt, c'est s'exposer à un refus ou à dés observations aigres, maussades, qui détruisent tout le prestige de l'autorité. On en avait eu un exemple lors de la réumon des notables k Rouen, sous Henri IV. Si le roi n'avait pas dissous eètte assemblée bavarde, jamais

H n'aurait accompli 1^ héroïques choses de son règne. Il n'y a pas de gouvernement fort s'il ne peut en toute liberté se procurer les ressources nécessaires pour les besoins de l'État.

Les notables fur^it parfaitement choisis par M. de Calonae, et néanmoins il se manifesta dans l'assemblée une vive opposition, dirigée par la cour ellemême, et en tête Monsieur, comte de Provence , le duc d'Orléans, les princes de Condé et de Conti ; chaque bureau choisit pour pré^dent un des membres de ht fafflill&xoyaleoudea princes du sang. Ce fut S^ous leurs inspirations qu'on propagea le mot retentissant de déficit; on publia des livres, des brochures, des pamphlets pour enflammer ce mot jusqu'à en faire un épouvantail terrible. I^ comte de Provence, bel esprit, toujours très-amateur d'allégories, d'allusions comme de petits vers, dignes de l'auteur de Panurge, dessina de sa main un monstre horrible de son invention, qui avait été trouvé, disait-il, à Sauta-Fé-de-Bogota, avec les griSres crochues, la queue d'un dragon, la tête d'une femme [celle de la reine Marie-Antoinette que Monsieur détestait). À ce monstre, il lui fallait pour l'assouvir les récoltes, les

établis rétnptles de boeill^ fet de brebis ; Or.bé èycàbole n'était alitre chose qlife le déflcii.

Les notables réunis firent des objections iilGtilës aux pians de M. de Calonne; pdùr la pt-eniifere fiiii on entendit la parole aigre et maussade du marquis de Laftyette; l'idole de la cour et de là ville depuis qu'il s'était dit t-épubllcaid ; il dénonça leS prddigaUtés et, selon l'usage, il flétrit les sangsues du peuple, grandes phrases qui prépai-ent les révolutloos bien plus ruineuses que les courtisans:

te comte dé Calonne parla au* bdtables lë langage d'une raison droite et loyale : <t II Hïsté, disait-il, deux espèces d'éconolilles; l'iltlè île potte que sut des objets minutieux et ne pl-odillt riei) ; l'autre , plus habile et plus profitable, à'attabhé à tlë ràirë en finahee àucuneâ opëratiëhs faussés, eat celleS-ci ctiûtent plus à l'État que tout ce que la parcimonie ta plus rigout-euse peut lui épargner. Il ne ddlt y aVolr d'âUtrés bases sûres en finances que l'iMpât tet-ritorial, et pour le rendre plus t^cile, on le percevra en nature comme Une dîttie sur toutes les classes de ëibyens, Sans distinction de clergé, de noblesse ou de roture: la capitation, \a taille seront converties en iolpôt réel. Avec ce {jrintiipe otl proclattietti la libi« eSportarïoo

-«rôdes gMinsi le t^culement des barrières provinciale^ jusqu'aux extrétnitéâ du territoire, amoindrissement delà gabelle; faculté d'aliéner la partie utile du do- Malhe dont le roi sfe réservera la ^iartie horionfiquè ; ehdù 6n âtignieDtét'a l'Impôt du timbre et les droits d'allënatioà : de bette ihâbière il lie serait plus qiiéstion du déficit. »

Riea de plus remarquable et de pitis sérieusement pensé que le discours de M. de Caloiine dus notables ; il allait droit & des innovations franches et larges. L'assemblée ne répondit que par des pelitesseâ bt des fins de non-rëcef oii* ; oti avait fait des couplets sur lés contrôleurs-généraux, des noëls sur lés maîtresses, cette fois on fit des mots et pas une affaire; chaque bureau des notables reçut son baptême pah une épithète : Monsieur de Provence présida lé bureau 'des sageâ; le tioblé comte d'Artois celui des francs; M. le diic d'Orléans celui des ladres ; le duc de Condé celui des t^ux; le duc de Bourbon celui deâ ingénus; lé prince de Gonti les nuls; et M. le duc dé Penthifevre les plats. Une fois cette classification faite, avec plus ou moins de justesse et d'esprit, oti se crut dispensé de Songer aUx affaires.

Il h'y élit, au l'esté, dans cette asseiiibtéé, qu'iiii

seul cri, qu'un seul but, l'opposition ; les notables n'avaient aucune confiance dans le comte de Calonne; ils n'étaient pas à la hauteur de l'homme, ni des idées ; une multitude d'intrigants m pressaient dans les bureaux : la plupart ne songeaient qu'au renversement du ministère, pour le remplacer par les chefs desupinioDS les plus avancées.

Le parti du marquis de LaEàyette, de U. Kecker, appuyé par l'opinion pupulaire, soutenait « qu'il ne pouvait y avoir d'autre autorité pour voter l'impôt que les états-généraux, seule et légitime expression de la volonté nationale. » On marchait ainsi vers une révolution et une impossibilité financière qui en serait le résultat nécessair-e. Un phénomène curieux à observer se produit dans les meilleurs esprits aux époques de crise. S'a^t-il de gouverner, d'administrer uffc affaire privée, une compagnie industrielle,- par exemple une banque, ils reconnaissent, ils. proclament hautement que toute assemblée d'actionnaires est un embarras, un obstacle, et souvent ils cherchent à les rendre moins nombreuses par des exigences et des garanties de propriétés et d'actions; ils les dominent par des explications courtes , jamais contestées, dans la crainte d'empêcher le développe-

mait de sa prospérité. Eh bien I les mêmes écrits qui appliquent ces vérités usuelles dans les af&ires ' privées, se gardent bien de les proclamer dans les questions d'État ; pour celles-ci , ils appellent la souveraineté des assemblées : devant elles le pouvoir doit s'incliner et rendre compte de la moindre de ses volontés; ils soutiennent que la société générale doit être gouvernée par d'autres lois que les sociétés industrielles qu'ils organisent avec les conditions de durée et de prospérité. Telle est la grande erreur des temps modernes.

M. de Calonne ne put résister à une opposition ta vive, si générale parmi les notables, car il avait ameuté contre lui les parlements, les novateurs politiques, ceux qui appelaient la convocation des états-généraux comme le remède universel. Le vertige avait saisi tous les esprits ; on ne dénonçait que le déficit, simple prétexte pour arriver à la réalisation des idées politiques de l'école américaine, que dirigeait le marquis de Lafayette, et de l'école anglaise, fort à la mode parmi cette fraction de la noblesse qui aspirait à la pairie constitutionnelle.

Sous le ministère actif et brillant de M. de Calonne, néanmoins le (redit prit un certain développement

3,q,l,.cdbvG00ylf

piT la caisse d'escompte ; les jeux de Bourse réçureHt ' un caractère légal ; les trois grands joueurs d'alors (1786-1787) : Clavièt-e, les abbés d'Espaghac ist de Tallejrand, réalisèrent des bénérices cotisldëhiblèiS. Clatiëre était le banquier genevois dont J'ai parlé, poussé d'abord par M. Netker fct devenu, en 1790, son antagoniste; Le chaâdltle de Paris SaliUgUet d'Espagnac, fils du lietiteflant-génél-al gouvertleur des Invalides, avait cultivé d'abord les lettres, et, eomme on le disait alors dans te beau latigage, il avait sacrifié sur les autels des Muses ; habile calculateur; H se lia avec M. de Caloniie et fut employé par le eontrôleur-^éoéral dans toutes lés affaires de Bourse, la hausse et la baissé des (ctnds publics; ce qili lui ftcilita la réalisation d'titre fortune considérable. La jalousie iiiiplacàble de H: de Laf^yette dénonça dans son bureau des notables l'agiotàgé acUf de l'abbé d'Espagnac sur tés valeurs de là baisse d'escompté.

Un autre Jeune àbbé de plUs grand nom, Charléâ- Maurice de Tallfe^rand-Périgard cultivait aussi l'agio-: tâge par ce gdût de hasard très-batUrel à l'homme d'esprit; l'abbé d'Espagndb et liii vécureiit daiis la plus haute intimité et tbute sa vie, U. de Tâlleyrahd garda tlQ Ihdiciblé attl-ait pour les affaires de Bourse,

qu'il mit en honneur. Les deux abbés jouaient à Londres, à Amsterdam, à Francfort, sur toutes les places; plus tard l'abbé d'Ëspagnac so mêla d'une façon malheureuse à toutes les fournitures des armées, aux opéiatiolis d'assignats, ati milieu des sebousses révolutionnaires.

Le temps est arrivé de rendre toute justice à l'administration financière de U. de Catonne ; ce n'est pas lui ^ui avait fitit le déficit sérieu:î, niais bieii la guerre d'ÂmériqU& et les empriilits aUx baiiqdiers qu'elle avait nécessités Sous ta main ttë M. rCéckér. Qu'avait voulu et espéré M. de Calonnë? i-épafërlë mal déjà fait ait moyen d'un sjstëilie de brédit et de prospérité générale. L'activité Rconde dès tràh&actioQs est la vie d'un grand peuple ; les l'evenùs augmentent par H consommation et par l'activité cbHi^ merciàle; plus l'argent circule et s'agite, plbs il produit. M. de Catonne opérait une révolution ëcdnomlque et industrîélle au lieu et place d'une révbluUbtl dans le pouvoir : il échoua devant les tiiauVaiâés fiassions de ceux qui voiiUiént âtant toilt Uil btititeVèrSfe^ ment politique.

LES DEUX DERNIERS RàUX DE FERMES.

ACHÈVEMENT DES BiJIRIÈRES DE PàRlS.

A travers tous les systèmes financiers des contrôleurs, la mobilité infinie de leurs idées, la tendance plus ou moins ingénieuse de leurs expédiaits. la compagnie des fermiers-généraux restait immuable et fixe dans ses bases, parce qu'elle reposait sur des mlérèts privés qui ont une intelligence admirable des besoins et des situations. On peut se fier k eux pour trouver des expédients k chaque nécessité.

Cette compagnie composée d'hommes essentiellement pratiques ne se jetait ni dans les ayentures ni dans les systèmes; le rouage de ses opérations était simple et organisé de manière à produire des résul' tats immanquables. Chaque comité avait ses hommes spéciaux qui ne se préoccupaient que d'une seule pensée : la fécondité et le développement de chaque branche du revenu public. Jamais les fermters-géné-

:- 885 — raux ne manquèrent à leurs engagements ; ils aidèrent loyalement le Trésor dans toutes les crises et même les contrôleurs qui leur étaient le moins favorables; ils n'avaient ni rancune ni répugnance; ils ne voyaient que les affaires.

Le bail David expirant en l'année 1780, il fut renouvelé le 28 septembre 1780, sous le nom de Nicolas Salazar; puis sous celui de Jean - Baptiste Hager, au mois de décembre 1 786 ; il est essentiel de bien retenir le souvenir de ces baux de fermes, car ils furent le prétexte de ces étranges et fatales accusations devant le tribunal révolutionnaire, qui conduisirent les fermiers-généraux à la mort sur l'écbafaud de 1794.

Avec les noms des anciens soumissionnaires des fennes, on trouve dans cts baux renouvelés ceux de UM. Delaage, de La Hante, Paulze, Parseval, de Saint-Amand, de Saint-Prix , Taillepied de Bondi, d'Ârlincourt ; tous appartenaient à la haute boui^eoisiede Paris, à la banque; quelques-uns avaient obtenu des lettres de noblesse, et comme tous les fermiersgénéraux possédaient des grandes terres, des ûefs, vicomtes, marquisats, ils en prenaient légalement le titre, comme le faisaient les parlementaires (origine

de |a noblesse ^e finaoce et de rpbç] ; 1» libérale in^tilutioii de l'abbé Terray, doot j'ai parlé, avait égaletneiit établi upe noblesse de commerci:, d'arts : Je roi décernait chaque année vingt épées de gentilshommes à ceux des négociants eu d^ ^rtistea qui avaient bien mérité du pays pour leurs teavitux. leurs talents pt leurs dépouverteg.

Uqe des stipulatiops (]u bai} de Nicolas Salazar ^rait été l'obtigatiop pour la compaguie de construire un mur d'enceinte avec des barrières, pour U perception des droits de la ville de Paris : le texte du bail ne portait pas d'autres obligations ; ta çompa^ie pouvait donc se bonier à faire badigeonner en plâr tre une muraille de pierres sèches, i^ suffisante hauteur pour éviter la contrebande; puis aux barrières construire de ùuiples bureaux de perception pour les eniployés. Le hait n'imposait pas d'autres clauses. Telle n'était pas la manière large et libérale dont les fermiers-généraux procédaient dans l'exécution de leurs engagements, car ils aimaient les arts, le faste, Jamais un fermier-général n'avait conçu une idée petite, mesquine; et la compagnie tenait k cet esprit. Au lieu de s'adresser à un art^itecte vulgaire, à un maçon, la compagnie choisit un artiste

- ?87y^imenf original et féppnd, plii|idp-ïïicft|a9 L^ doux.

Ledctq^, qé à {brRianq en ÇhanipQgqe, ^lèvç de ^iftndel fX aprtout de Serv^pdopi (l'artiste émioeiit qui avait dessioé et exépiité le portait de Saii^t-Sulr pice], avait profondément étuttié les ancieqs; bod iinagination s'était passionnée pour l'art grec et romain, expression de la pensée païenne, c'est-à-dire, ^e cet ^^ Qui s'attapbe k la décoration extérieure : grandes rues, grands monuments, avec Toubli du bien-être fie rindivjdu. Rotpe était pleine de cirques, d'arçs de triomphe, de palais, de statues et il n'y avait pas de majsoQa commode^ pour la plèbe. I^doux, qui avait débuté dans l'architecture par les portiques deshôtels d'Uzès etdeThélussoa.avait dessiné et construit Lucienne poqr la comtesse du Barrj et le temple de Terpsichore pour la maison de plaisance de mademoiselle Guimard ; il avait conquis la renommée d'un fantaisiste remarquable; il rêvait toujours et dessinait merveilleusement «es rêves; une fois, il avait coofu la pensée de bâtir une ville consacrée à la science, aux lettres, au commerce, dté fantastique ornée de monuments, de statues, d'hippodrqmea, de gymnases comme chez les anciens :

les fragments publiés du Voyage tCAnackarsîs avaieDt troublé bien des têtes; on De rêvait que d' Athènes et de Rome. Les cartons de Ledouï respiraient une folie ingénieuse et féconde; on traite souvent de fou, le génie qui sort de la vulgarité.

C'est à cet artiste original et rêveur que les fermiers-généraux s'adressèrent pour construire les barrières de Paris : on peut penser si cet esprit dut s'emâammêr à l'aspect de la grandeur de l'entreprise. L'imagination toute pleine de la lecture des anciens, il ne vit rien d'assez splendîde pour orner la vaste entrée d'une superbe capitale; il présenta son plan à la compagnie des fermes; la dépense devait s'élever à 50 millions ; la compagnie recula devant ce devis fantastique, elle demanda un second plan à Ledoux qui fit un devis de SO millions de livres. La révolution l'empêcba d'accomplir toutes ses créations; mais ce qu'il en reste encore suffit pour en donner une idée : à Passy, deux rotondes simples presque égyptiennes, surmontées de colossales statues ; à l'Étoile, deux bâtiments de fantaisie, au centre, un portique grec, un arc de triomphe et au rond-point, un cirque peuplé de statues, rangées en cercle comme dans les places

publiques ou les hippodromes de la Grèce ou de l'Italie ; à Hooceaux, de petits temples façonnés en rotoode, eomme les chapelles domestiques élevées à Vénus, à Hars, à la Fortune, dans les rues d'Athènes ou de Rome ; ces temples se répétaient à chaque barrière jusqu'à celle du Trône, ornée de colonnes rostrates de la plus belle forme. À la barrière d'Italie, Ledoux construisait de vastes maisons à la manière des anciens, sur les modèles trouvés dans les fouilles de la villa Àdriane, de Tivoli et de Fompéia.

Ledouit, dans son imagination antique, n'avait oublié qu'une chose, l'usage auquel les barrières étaient destinées ; elles devaient, en effet, servir de bureaux aux employés pour la perception des droits, aux soldats du guet pour maintenir l'ordre; et chose bizarre, c'était ce dont l'ingénieux archîtectes'était le moins occupé; tout absorbé dans la forme, l'aspect et la perspective, il négligea ces détails, comme s'ils n'entraient pas dans son plan. Ainsi sont les artistes qui, trop épris de l'antiquité, délaissent l'art chrétien, protecteur des petits et des faibles; ce que le paganisme donnait aux larges voies, aux formes , il l'enlevait au bien-être de l'individu. L (5) 19

bvGooyk"

L'anUquité ne voyait de rhomme qub la pararej Ifl poIytéUiDtt élevait des monuments et flégligealt lé foyer; rien de misérable comme les habitations de la plèbe et des esclaves à Rome : l'air et le jour letir manquaient.

Les barrières de Paris et leur vaste enceinte furedt une des grandes causes de l'impopularité des fêrmiers^néraux ; ce n'était pas eux pourtant qui en avaient sollicité la construction. Le contrôleui>^énérat H. Bertin, dominé par leâ idéeb des éetfnolnistesi lé premier avait conçu la pensée de l'octroi; l'octroi n'avait aucune simiiitudfl avec l'impôt volontaire que les villes libres et municipales du moyen-âge s'imposaient pour leur propre gouvernement : l'octroi du xvin" siècle ne devait pas être exclusivfflnent appliqué aux besoins de la cité, il entrait pour une part dans les revenus de l'État, destiné au payement de . la dette, pensions, rentes de rHôtel-^de-Yilte créées par les édits du roi.

Une fois le revenu assuré, on le donna en ferme : c'était l'habitude du temps: les fermiers-généraux ne firent que mettre en valeur la pensée du contrôleur-général Bertin, expression des économistes : et contre eux cependant s'élevaient les clameurs des

multitudes ; od leut- &i ibème na orimé de la splen^ deur artistique qu'ils avaient déployée dans Is etw struetion monumetitalQ des bâtiiHehts qili serrBieDt de bureaux ; il y avait sept lieues de muraille pai^ faitement exécutée en moins de deux ans : Phris eé crut et se dit emprisonné. Après Avoir jeté ijuelqnet plaisant^es contre eette chemise de pierre, qui l'ebr laçait dans sa liberté et ses plaisirs, lé peliplé dh Paris se mit en eolère contre l'otitroi^ Les droits pourtant n'étaimt pas considérables I La pièce de vin payait 3 livres et la viande 1 Bols le qttintaL Les barrières devinrent désormais un prétexte et ub théâtre de séditions : dès que l'iastitution préf oyabte des greniers d'abondance, produit de l'achat des blée pour le compte du roi, eut été dénoncée comme ull pacte de famine et que Louis XVI y eut renoneét il se fit des accaparements sous le manteau de la liberté. Le prix du pain s'accrut considérablement ; les farines manquèrent sur les marchés. Les mécontents purent faire des disettes faetiees, et tes conspirateurs ne manquèrent pas d'employer le moyen d'affamer et de soulever le peuple. Les greniers pour le compte du roi étaient calqués sur le modèle des greniers (le Joseph en Egypte ! Après les sept ann^

graauB, les sept années maigres t Quoi de plus prévoyant?

Quand la sédition éclata violente, sa première irritation se porta contre les barrières, on tenta de les brûler, d'en chasser les gardes et les commis ; on prit en profonde haine les traitants et tes fermiersgénéraux ; et cependant ce n'était pas eux qui avaient établi les droits ! Ils étaient même intéressés à ce qu'on n'en créât pas de nouveaux, afin de mieux ex-* ploiter les anciens qui leur étaient concédés.

Tel est Tesprit habile et actif de la spéculation dans de hautes intelligences, que malgré les dépenses considérables que les financiers avaient faites pour lacon- Btruotion des barrières et du nouveau mur d'enceinte, Us gagnèrent des sommes immense par la hausse du prix des terrains. J'ai dit que Bourret et Beaujon élevèrent la plupart des hôtels du faubourg Saint- Honoré. Laborde acquit tous les terrains vagues et mal habités des Porcherons et la rue Basse-du-Rem' part. Paulze et Saint-Amand firent de belles constructions vers la rue Bergère, la demeure d'un certain nombre de financiers. La spéculation s'étendit même à la rue Charonne et au faubourg Saint- Antoine pour la construction de vastes fabri-

ques et usines. La puissance active et féconde de l'argent est si grande qu'il trouve une source de richesses dans les dépenses même. La véritable science du financier consiste à combiner une opération de manière à la faire toujours produire, alors même que son principe exige une mise de fonds considérable : il n'y a pas de mérite à gagner de l'argent dans une opération régulière ; te talent consiste à faire des bénéfices dans une mauvaise affaire et de tirer l'argent de l'abîme profond où on l'a jeté à plei-

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